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Critiques littéraires, cinématographiques et musicales

Qui ? – Jacques Expert

Classé dans : Livres,Polar / thriller — 30 juillet, 2013 @ 11:10

Qui ? - Jacques Expert dans Livres qui1-190x300Quatrième de couverture :

1994, Carpentras, résidence pavillonnaire du Grand Chêne. Un lotissement où tout le monde connaît tout le monde, calme et sans histoires. Jusqu’à ce jour de mars, où la petite Laetitia Doussaint, est retrouvée violée et assassinée dans les bois alentours. Crime crapuleux dont l’auteur ne sera jamais identifié.

2013 : Quatre hommes s’apprêtent à regarder à la télé l’émission « Affaires non résolues », dont le thème, ce soir là, est le meurtre de Carpentras. Quatre hommes hantés par l’affaire depuis ce jour où ils ont retrouvé le corps de Laetitia. Tous étaient voisins à cette époque, tous habitaient la résidence du Grand Chêne. Durant l’heure que va durer l’émission, avec son lot de questions et de révélations, ceux-ci se souviennent. Leurs épouses également. Certains secrets reviennent à la surface, des suspicions anciennes, des non-dits. Au terme de l’heure que dure l’émission, le voile sera levé. L’un de nos quatre hommes est en effet bel et bien le coupable du viol et du meurtre de Laetitia. Mais qui ?

Ma critique :

Il est très difficile d’évoquer Qui ? devant d’éventuels futurs lecteurs sans en dire trop. C’est le cas de la plupart des romans de ce genre, mais dans ce cas précis l’opération est rendue particulièrement périlleuse par l’option choisie par son auteur :  du tout début jusqu’à la fin de l’histoire, c’est lui-même qui « en dit trop », révélant une somme d’informations excessive en apparence, si bien que le lecteur pense avoir découvert le coupable dès le deuxième chapitre. Puis, au troisième, pense s’être trompé : le coupable, c’est le protagoniste de ce chapitre… Ah non, en fait c’est celui du chapitre suivant !

La construction du roman est assez limpide, on la comprend dès les tous premiers chapitres : tout au long de cette soirée de 2013 où la télévision diffuse un numéro de « Affaires résolues » consacré à l’affaire Carpentras, on suit chacun des quatre suspects principaux au moyen de courts chapitres qui leur sont consacrés un par un. Chacun d’eux réagit d’une façon qui peut sembler « anormale » – voire suspecte – mais quoi de plus naturel ? Le drame qui a frappé la communauté presque 20 ans plus tôt continue encore de leur pourrir la vie.

En-dehors des chapitres consacrés à ces quatre personnages bien identifiés – ou huit si on compte leurs épouses respectives, beaucoup plus en retrait – il y a aussi les chapitres « Lui » et les chapitres « Elle », respectivement l’assassin et sa femme, qui eux ne sont jamais nommés. « Lui » est un des quatre protagonistes identifiés, et « Elle » a compris que son mari est le monstre qui a assassiné la petite fille. Les chapitres mêlant personnages nommés et anonymes se succèdent et tournent en boucle, donnant le vertige au pauvre lecteur qui essaye de recueillir des indices par lui-même mais se perd en route, confond les personnages, les anecdotes, ne sait plus qui a fait quoi et quand…

Bien que chaque nouvel indice semble apporter la révélation finale, il est bien sûr impossible de deviner l’identité du coupable avant que l’auteur nous l’ait désigné explicitement. Jacques Expert se livre à un petit jeu sadique avec son lecteur, en agitant la solution sous son nez (ou plutôt ses yeux écarquillés), puis en la lui retirant dès que sa victime croit l’avoir entraperçue ! Sadique, mais efficace : l’effet addictif est garanti, il semble humainement impossible de reposer ce livre avant d’en avoir fini la lecture ! C’est du grand art.

Je dois préciser que depuis que j’ai découvert les Éditions Sonatine, assez spécialisées dans le polar / thriller, je dévore leurs romans les uns après les autres et je suis très rarement déçue. Le Qui ? de Jacques Expert est pour le moment un de mes tout préférés, c’est dire !

Oh, my dear ! – T. J. Middleton

Classé dans : Humour,Livres,Polar / thriller — 26 juillet, 2013 @ 8:36

Oh, my dear ! - T. J. Middleton dans Humour oh_my_dear-188x300Quatrième de couverture :

Al Greenwood, 50 ans, est taxi dans un paisible petit village côtier d’Angleterre. C’est un homme qui a tout pour être heureux, et qui le serait certainement s’il n’était pas marié à l’encombrante Audrey. Aussi décide-t-il tout simplement un jour de s’en débarrasser en commettant le crime parfait. Le scénario est vite trouvé : profitant d’une des promenades quotidiennes de sa femme, il la précipitera du haut d’une falaise. Aussitôt dit, aussitôt fait, Al s’embusque sur le parcours habituel d’Audrey, surgit à son passage et la précipite dans le vide. Tout se passe comme prévu sauf… sauf qu’en rentrant chez lui, il tombe nez à nez avec sa femme qui lui annonce avoir exceptionnellement renoncé à sa petite ballade.

Si il n’a pas tué Audrey, qui est donc sa victime ? Et comment va-t-il déjouer la perspicacité des enquêteurs, dans cette petite communauté où tout le monde se connaît ? Quant à sa femme, qui commence à trouver son comportement étrange, ne faut-il pas qu’il s’en débarrasse très vite, avant qu’elle ne nourrisse trop de soupçons ? Mais cela ne fera-t-il pas de lui un tueur en série ? Commence alors pour Al un long cauchemar, dont il est encore très loin de soupçonner l’issue.  

Avec ce premier roman jubilatoire, T. J. Middleton nous propose un condensé d’humour noir très british doublé d’une intrigue palpitante.

Ma critique :

Crime (presque) parfait, humour noir, contexte anglais… Les promesses contenues dans le quatrième de couverture ne pouvaient que me tenter, en réunissant quelques unes des caractéristiques qui m’attirent le plus. La couverture est déjà tout un programme dans les genres humour noir et ambiance « so british » ! Sans même parler de la situation de départ, plus burlesque que terrifiante, malgré un aspect un peu hitchcockien…

Je dois dire que l’aspect humoristique du roman m’a un peu déçue : en partant d’une idée très percutante, l’auteur semble avoir hésité entre la parodie de polar et le polar tout court, avec une enquête criminelle plus ou moins sérieuse, et un personnage moins cynique qu’il n’y paraît au début.

Car Al va réagir fortement au semi-échec de son crime puisque, s’il s’est trompé de cible, il a bel et bien assassiné quelqu’un, une femme selon toute apparence. Il va suivre l’enquête de près, ne serait-ce que parce qu’il n’a pas le choix : il sera interrogé et sans doute soupçonné, à l’instar de ses concitoyens ; mais aussi parce qu’il est torturé par la crainte d’avoir tué une personne précise, qui a disparu depuis la nuit du drame, et à laquelle il était très attaché.

Dès lors, le roman prend une tournure plus psychologique : les craintes et remords de Al le poussent à évoluer quant à sa perception de son entourage, notamment en ce qui concerne son épouse rescapée.

Un des intérêts du roman réside d’ailleurs en la personnalité de son « héros », très difficile à cerner : Al se révèle parfois plus sensible qu’on ne l’aurait pensé puis, sans crier gare, commet des actes qui rappellent brusquement au lecteur sa véritable nature : il s’agit bien d’un être suffisamment cynique pour être capable de pousser sa femme du haut d’une falaise, juste pour « avoir la paix » – sans qu’on comprenne bien d’ailleurs ce que la pauvre Audrey a fait pour « mériter » une telle haine.

Autour du couple vedette, les voisins ne sont pas en reste : aucun d’eux n’a l’air « normal », et certains sembleraient plus à leur place dans un hôpital psychiatrique que dans un petit village anglais, si paisible en apparence ! Les connexions entre ces personnages hauts en couleur constituent un des meilleurs aspects du roman.

L’intrigue elle-même est bien faite, traînant un peu en longueur, mais pas au point de s’ennuyer et encore moins de se désintéresser de la révélation finale. Celle-ci est vraiment inattendue, et à mon avis très réussie : on y retrouve enfin le cynisme qu’on avait apprécié au début de l’histoire.

Oh, my dear ! est le premier roman de T. J. Middleton. On lui pardonnera donc ces quelques imperfections, d’autant que le résultat d’ensemble est suffisamment convaincant pour donner envie de suivre cet auteur qui semble très prometteur.

Le livre de Joe – Jonathan Tropper

Classé dans : Littérature générale,Livres — 25 juillet, 2013 @ 9:33

Le livre de Joe - Jonathan Tropper dans Littérature générale livre_de_joe-183x300Quatrième de couverture :

Après dix-sept ans d’absence, Joe revient à Bush Falls, le patelin de son enfance. Couronné par le succès d’un livre qui ridiculisait ses voisins, il se heurte à l’hostilité d’une ville entière, bien décidée à lui faire payer ses écarts autobiographiques. Entre souvenirs et fantômes du passé, Joe va devoir affronter ses propres contradictions et peut-être enfin trouver sa place.

Ma critique :

Avant d’aborder la lecture du Livre de Joe, je ne connaissais de Jonathan Tropper que l’adaptation cinématographique de son roman Tout peut arriver, un film hilarant, merveilleusement servi par Jack Nicholson et Diane Keaton. Le souvenir que j’en garde et la réputation de l’auteur m’ont donné à penser que ce roman serait aussi une comédie, impression encore renforcée par la citation du quatrième de couverture : « Mélanger ainsi humour et nostalgie est une prouesse rare, un vrai délice ! » (Charlotte Roux).

Or, si l’humour est bien présent dans ce roman, il n’en est pas l’aspect principal, loin s’en faut. Les raisons du retour de Joe, déjà, n’incitent pas à la franche rigolade : son père vient d’être victime d’une attaque et se trouve plongé dans le coma. Dès son arrivée à Bush Falls, l’hostilité de ses habitants, durement malmenés dans son « roman » autobiographique, se manifeste sous une forme plus qu’agressive avant de tourner à la violence physique. Entre son frère Brad et lui, les relations sont tout aussi tendues, quoique d’une façon plus civile en apparence. On peut comprendre la rancoeur de Brad, « héros » involontaire de l’incipit du roman :

« Quelques mois seulement après le suicide de ma mère, je suis entré dans le garage à la recherche de mon gant de baseball et j’ai découvert Cindy Posner à genoux en train de pratiquer avec ardeur une fellation sur mon frère aîné, Brad, appuyé contre l’établi de notre père. »

En apercevant le narrateur alors âgé de treize ans, la jeune fille pique une crise d’hystérie avec injures à l’appui, sobrement commentée par Joe un peu plus loin :

« Peut-être Cindy aurait-elle fait l’effort de mieux se maîtriser si elle avait su que, des années plus tard, cet incident se verrait immortalisé dans le premier chapitre de mon roman autobiographique à succès ainsi que dans l’inévitable adaptation cinématographique qui [...] suivit peu après. »

Situation d’autant plus gênante que l’ex jeune couple est aujourd’hui marié et parents d’un jeune homme…

Si les premiers chapitres font ressortir l’aspect comique de la situation, la suite devient plus grave : l’hostilité de son entourage oblige Joe, d’abord indigné, à se remettre en questions et à prendre conscience des vraies conséquences de ses écrits. Ce roman « vieux » d’une dizaine d’années aborde ainsi un sujet très actuel, en tout cas en France : celui de la liberté d’expression des romanciers par rapport à leurs personnages, quand ceux-ci existent vraiment.

Mais Le livre de Joe traite aussi de thèmes plus universels tels que les liens familiaux, l’amitié, l’amour, l’adolescence, l’homosexualité, la maladie et la mort, omniprésente tout au long de l’histoire. Ainsi que la nostalgie, en effet, ou plus généralement la mémoire qui est forcément subjective, sélective et fluctuante, surtout quand certains événements du présent nous obligent à regarder en arrière. L’écrivain, qui est resté un peu « adulescent » dans son esprit et sa façon de vivre, sera amené à considérer sous un autre angle les épisodes les plus marquants de sa jeunesse, et à relativiser l’opinion qu’il s’était forgée sur certaines personnes de son entourage.

Bien qu’il soit très différent de ce que j’imaginais, j’ai adoré ce roman que j’ai lu d’une traite, comme on le fait avec un thriller. Pour moi il constitue une excellente première approche de cet auteur, que vous retrouverez sûrement bientôt dans ce blog !

Les nymphéas noirs – Michel Bussi

Classé dans : Livres,Polar / thriller — 21 juillet, 2013 @ 1:53

Les nymphéas noirs - Michel Bussi dans Livres nympheas_noirs-186x300Quatrième de couverture :

Tout n’est qu’illusion, surtout quand un jeu de miroirs multiplie les indices et brouille les pistes. Pourtant les meurtres qui troublent la quiétude de Giverny, le village cher à Claude Monet, sont bien réels. Au cœur de l’intrigue, trois femmes : une fillette de onze ans douée pour la peinture, une institutrice redoutablement séduisante et une vieille femme aux yeux de hibou qui voit et sait tout. Et puis, bien sûr, une passion dévastatrice. Le tout sur fond de rumeur de toiles perdues ou volées, dont les fameux « Nymphéas noirs ». Perdues ou volées, telles les illusions quand passé et présent se confondent et que jeunesse et mort défient le temps. Un étonnant roman policier dont chaque personnage est une énigme.

Ma critique :

J’ai abordé la lecture de ce roman avec deux a priori très positifs : de Michel Bussi, son auteur, je n’avais lu qu’un roman - Un avion sans elle – qui m’avait fortement marquée. Ma seule crainte était que cet opus ne soit pas à la hauteur du précédent. Ensuite, j’aime beaucoup Monet,  l’impressionnisme, et plus généralement encore les romans centrés sur la peinture. J’avais donc toutes les chances d’apprécier Les nymphéas noirs.

J’étais encore loin du compte : j’ai adoré ce roman, au point de relire les premiers chapitres tout de suite après en avoir fini la lecture, pour rester encore un peu dans cette ambiance si particulière. Et un peu aussi pour aborder en connaissance de cause ce prologue assez mystérieux :

« Trois femmes vivaient dans un village. La première était méchante, la deuxième était menteuse, la troisième était égoïste. Elles possédaient pourtant un point commun, un secret en quelque sorte : toutes les trois rêvaient de fuir… »

Il s’agit d’une fillette de onze ans, d’une jolie institutrice et d’une vieille dame aux « yeux de hibou » qui voit tout, entend tout et raconte en partie le déroulement de l’intrigue. On se doute que toutes trois ont un lien avec le meurtre de Jérôme Morval, qui attire au village l’inspecteur Laurenç Salignac et son collègue Sylvio Bénavides. Mais il est particulièrement difficile d’en déterminer la nature, tant les informations sont distillées au compte-gouttes, ou plutôt par petites touches… impressionnistes.

Car l’impressionnisme est bien le fil rouge de ce roman, à plus d’un titre : la petite fille, Fanette, est obnubilée par Monet, l’institutrice encourage ses élèves à participer à un concours de peinture, et la vieille dame possède un tableau dont l’origine demeure mystérieuse. La victime elle-même était un collectionneur de tableaux, et rêvait de posséder un Monet. Dans ce village emblématique, la vie de chaque habitant semble conditionnée par l’ombre du grand peintre qui persiste à planer au-dessus de Giverny. De ce fait, il n’est pas surprenant que même le rythme de l’intrigue soit influencé par la peinture impressionniste…

Au cours du roman, on apprendra en outre bon nombre d’anecdotes sur Claude Monet et sur quelques autres peintres, notamment américains. L’auteur assure qu’elles sont toutes authentiques, seuls ses personnages sont fictionnels.

Il est impossible d’en dire plus sans déflorer la fin de l’histoire, ce qui constituerait un sacrilège ! Mais je ne peux que recommander la lecture de ce roman, et peut-être même sa relecture, pour des raisons que le lecteur ne comprendra qu’après avoir refermé son livre…

Multiversum – Leonardo Patrignani

Classé dans : Fantastique,Jeunesse,Livres — 20 juillet, 2013 @ 6:35

Multiversum - Leonardo Patrignani dans Fantastique multiversum-207x300Quatrième de couverture :

Alex vit en italie, Jenny en Australie. Ils ne se sont jamais vus pourtant ils se connaissent depuis toujours, unis par un lien télépathique très fort. Le jour où ils cherchent à se rencontrer, ils découvrent qu’il existe une infinité d’univers parallèles et que la réalité qui les entoure n’est qu’une de ces multiples dimensions.

Parviendront-ils à se rejoindre tandis que leur destin semble lié à celui, inéluctable, de la Terre ? Existe-t-il un monde où vivre leur amour ?

Mon avis :

J’avoue avoir abordé ce roman avec une certaine méfiance : son quatrième de couverture suggère une histoire d’un romantisme échevelé, impression encore renforcée par la couverture, jolie mais un peu kitsch. Or, autant j’adore les littératures de l’imaginaire – et particulièrement le thème des univers parallèles – autant j’ai une sainte horreur des histoires d’amour à l’eau de rose.

Je rassure tout de suite les lecteurs qui partageraient cette inclination : si la romance entre Alex et Jenny tient une place non négligeable dans l’histoire, la notion d’univers parallèles en est bien le thème principal, et elle est très bien exploitée. Ce multivers est vraiment… multiple, les univers se succèdent, se croisent, se ressemblent souvent, s’enchevêtrent parfois, ce qui rend le périple des deux adolescents d’autant plus angoissant pour eux… et pour le lecteur, à qui il arrivera parfois de se perdre un peu en route ! Mais il retombera toujours sur ses pattes quelques chapitres plus loin : le roman est solidement construit, l’auteur ne laisse rien au hasard. Chaque détail a son importance, y compris ceux qui semblent inutiles à première vue et ralentissent l’action.

Les personnages secondaires sont parfois un peu flous – surtout les parents des deux jeunes gens, dont on devine pourtant que leur rôle se révélera plus important qu’il n’y paraît. Mais le troisième protagoniste, Marco, est particulièrement intéressant : ce serait un de ces geeks désormais « classiques » auquel la littérature jeunesse nous a habitués depuis une dizaine d’années, si les aléas de la vie n’avaient pas contribué à le maintenir cloîtré chez lui, entouré de ses seuls ordinateurs. Je n’en dirai pas plus, dans la mesure où son histoire personnelle a des implications importantes dans l’intrigue.

Tout ne s’explique pas à la fin de cet ouvrage, qui n’est que le premier tome d’une trilogie. Mais l’histoire ne finit pas sur un cliffhanger artificiel, elle constitue vraiment une première partie qui comporte sa propre conclusion – assez spectaculaire, il faut bien le dire !

Je recommande donc ce roman jeunesse aussi bien aux « vrais » jeunes qu’aux adultes de tous âges, pour qui il est tout à fait lisible aussi. Je pense même que seul l’âge des protagonistes en fait une œuvre jeunesse.

Black-out – Connie Willis

Classé dans : Livres,Science-fiction — 25 novembre, 2012 @ 12:20

Black-out - Connie Willis dans Livres black_out_cover-192x300Quatrième de couverture :

Oxford, futur proche. L’université est définitivement dépoussiérée : historien est devenu un métier à haut risque. Car désormais, pour étudier le passé, il faut le vivre. Littéralement. Michael Davies se prépare pour Pearl Harbor, Merope Ward est aux prises avec une volée d’enfants évacués en 1940, Polly Churchill sera vendeuse en plein cœur du Blitz, et le jeune Colin Templer irait n’importe où, n’importe quand, pour Polly… Ils seront aux premières loges pour les épisodes les plus fascinants de la Seconde Guerre mondiale. Une aubaine pour des historiens, sauf que les bombes qui tombent sont bien réelles et une mort soudaine les guette à tout moment. Sans parler de ce sentiment grandissant que l’Histoire elle-même est en train de dérailler. Et si, finalement, il était possible de changer le passé ?

Ma critique :

Dès le départ, ce roman avait tout pour me plaire avant même d’en avoir lu la première ligne : j’aime la science-fiction avec une prédilection particulière pour les voyages dans le temps, et j’adore Connie Willis, dont j’ai lu tous les livres traduits en français. Ma seule crainte était d’être déçue par rapport à mes énormes attentes, d’autant que les critiques semblaient mitigées. Dans l’ensemble, les détracteurs reprochaient à l’auteur d’avoir écrit plus un roman historique que de science-fiction.

Je dois reconnaître qu’ils n’ont pas tort sur ce point : l’aspect science-fictionnel n’est au premier plan que dans les tous premiers chapitres, qui décrivent la préparation des historiens avant leur grand départ. Puis ils se retrouvent immergés dans la période qu’ils ont choisie, et le lecteur avec. Cependant, celui-ci n’oubliera jamais le contexte… particulier de leur présence à cette époque qui n’est pas la leur, dans la mesure où les protagonistes ont préparé leur voyage, se sont documentés avec une certaine précision et savent ce qui va se passer, dans l’ensemble (victoire des Alliés, date de la fin de la Deuxième Guerre Mondiale) et dans les « détails », les plus importants pour eux. Ainsi, Polly, qui a choisi de vivre la rude vie des habitants de Londres pendant le Blitz, connait par cœur la date, l’heure et le lieu précis où vont tomber les bombes larguées par la Luftwaffe. Elle sait donc exactement où elle ne doit surtout pas aller, dans quel magasin d’Oxford Street il est inutile de postuler parce qu’il sera détruit prochainement, etc.

D’autres personnages auront moins de « chance » : le déplacement spatio-temporel n’est pas toujours aussi précis que les personnages le souhaiteraient, surtout au niveau spatial… De plus, sur place, d’autres personnages seront confrontés à des imprévus liés à la situation instable engendrée par la guerre, et dont la documentation de leur époque ne les avait pas avertis. Ces contretemps – si j’ose dire – leur feront craindre ce qu’un voyageur temporel redoute le plus : théoriquement leur présence ne peut pas changer le cours de l’Histoire, puisqu’elle est déjà passée ; mais dans la mesure où la science qui les a projetés dans le passé est relativement récente, peuvent-ils en être absolument certains ? Notamment quand les événements les obligent à agir de façon plus intrusive que prévu – et souhaité ? Leurs inquiétudes prendront une dimension particulière quand ils tenteront de regagner leur époque…

Je n’en écrirai pas plus, bien sûr pour ne pas gâcher le plaisir du lecteur, mais aussi parce que je ne connais pas encore la fin de l’histoire : je n’en ai lu que le premier tome, qui constitue un roman entier avec le deuxième, All Clear. Mais à ce stade, après la 621ème page, je peux d’ores et déjà me ranger dans les rangs des « fans » de ce livre. On ne s’y ennuie jamais, malgré quelques passages qui auraient éventuellement pu être raccourcis, tant l’histoire des civils britanniques pendant la Bataille d’Angleterre est passionnante et merveilleusement racontée. On sait que Connie Willis, très portée sur l’Histoire, se documente abondamment et avec beaucoup de précision, on peut donc lui faire confiance quant aux fait historiques évoqués dans le cadre de son roman. D’autre part, son style simple en apparence mais particulièrement efficace donne l’impression au lecteur de suivre un documentaire tourné caméra sur l’épaule plutôt qu’une histoire fictionnelle. Enfin, les personnages du XXe et du XXIe siècles sont si naturels et attachants qu’on est immédiatement immergés dans leur quotidien difficile, et l’empathie qu’on ressent pour eux est totale : dans certaines scènes du Blitz on en viendrait presque à sursauter avec eux quand l’intensité des bombardements se fait trop éprouvante.

Dans la version française du roman, un glossaire très fourni permet au lecteur peu féru en Histoire contemporaine – dont je fais partie – de mieux comprendre les événements qui servent de cadre au roman. La lecture de quelques articles supplémentaires sur le Blitz ou la Bataille d’Angleterre pourra aider aussi à suivre l’histoire avec un petit h, fortement dépendante de la grande Histoire !

Pour moi c’est donc une excellente expérience de lecture, que je prévois de prolonger en lisant la suite, All clear, en version originale, dans mon impatience de découvrir le destin des héros. La traduction française de ce deuxième tome devrait paraître en avril 2013… une éternité pour un roman aussi passionnant !

Ce billet a été rédigé dans le cadre d’une lecture commune pour le forum Livraddict. Les autres participants sont :

La cabane de l’aiguilleur – Robert Charles Wilson

Classé dans : Livres,Science-fiction — 12 février, 2012 @ 11:15

La cabane de l'aiguilleur - Robert Charles Wilson dans Livres 9782070441242Quatrième de couverture :

A la mort de sa mère, Travis Fisher est recueilli par sa tante, Liza Burack, à Haute Montagne. Malgré la Grande Dépression, la vie y est simple, rythmée par le travail à la fabrique de glace, les sermons à l’église baptiste et les sorties avec Nancy Wilcox. Travis en viendrait presque à oublier son statut d’inadapté.

Mais il y a la mystérieuse Anna Blaise, elle aussi hébergée par les Burack. Qui est-elle vraiment ? Quel secret cache-t-elle dans sa chambre systématiquement close ?

Ma critique :

Robert Charles Wilson est surtout connu du grand public pour son roman de science-fiction Spin, suivi de Axis. De ce fait, il est plutôt catalogué dans le genre SF avec les éléments qui y sont généralement associés : histoire qui se déroule dans le futur, espace, mise en pratique des théories scientifiques les plus pointues…

Rien de tel dans La cabane de l’aiguilleur : l’action se déroule à l’époque de la Grande Dépression, donc dans le passé, et la résolution du mystère qui entoure Anna Blaise se situe dans des contrées beaucoup plus abstraites, plus proches peut-être du fantastique, malgré le nom de la collection dans laquelle le roman est publié.

Il faut préciser que, malgré sa publication récente, il s’agit du premier roman de Wilson. On y décèle d’ailleurs des maladresses de débutant, y compris quelques longueurs et une certaine naïveté dans l’ensemble, mais aussi les qualités qui nous font aimer l’auteur : beaucoup de poésie et une grande finesse dans la description des personnages, auxquels on s’attache dès le début. Un roman un peu mineur, donc, mais à conseiller aux nombreux fans de Robert Charles Wilson.

Hiver arctique – Arnaldur Indridason

Classé dans : Livres,Polar / thriller — 8 février, 2012 @ 9:30

Hiver arctique - Arnaldur Indridason dans Livres Hiver_arctique-181x300Quatrième de couverture :

Comment peut-on poignarder un enfant ? Au cœur de l’hiver arctique, en Islande, un garçon d’origine thaïlandaise a été retrouvé assassiné. Il avait douze ans. Crime raciste ?

Le commissaire Erlendur mène l’enquête, s’acharne et s’embourbe. Il ne comprend plus ce peuple dur et égoïste qui s’obstine à survivre dans une nature hostile. L’absurdité du mal ordinaire lui échappe…

Ma critique :

Le titre de ce roman constitue déjà tout un programme : on ne s’attend pas à ce qu’il y règne chaleur, clarté et joie de vivre ! Et on n’est pas déçu : dans un contexte climatique extrême – un mois de janvier à Reykjavík, dans l’attente d’une tempête de neige – Erlendur tente de trouver le ou les meurtrier(s) d’un enfant de 10 ans que tout le monde semblait apprécier beaucoup. La seule caractéristique que l’on puisse « reprocher » au petit garçon est…  son origine : c’est un « étranger », en l’occurrence le fils d’un Islandais et d’une Thaïlandaise né en Islande.

Dès lors, l’enquête va s’orienter sur le crime raciste. En effet, dans l’entourage de la famille, certains voient d’un mauvais oeil la présence de tant de Thaïlandais. Parmi eux, un professeur de l’enfant assassiné, et certains élèves de son école.

Comme tout bon auteur de polar qui se respecte, Arnaldur Indridasson se sert de l’enquête fictive pour décrire son pays d’une façon particulièrement fine, aussi bien au niveau climatique que sociologique et politique. Tout en se sentant dépaysé, le lecteur du « continent » ne pourra s’empêcher de faire le lien avec son propre pays, quel qu’il soit, et reconnaîtra dans les réactions racistes de certains personnages des relents malheureusement tout aussi présents chez lui…

Freedom – Jonathan Franzen

Classé dans : Littérature générale,Livres — 7 février, 2012 @ 9:10

Freedom - Jonathan Franzen dans Littérature générale Freedom-198x300Quatrième de couverture :

Patty sera la femme idéale, c’est décidé. Mère parfaite, épouse aimante et dévouée, cette ex-basketteuse a fait, en l’épousant, le bonheur de Walter Berglund, de St. Paul (Minnesota). En devenant madame Berglund, Patty a renoncé à son goût pour les bad boys, à commencer par Richard Katz, un rocker dylanien qui se trouve être aussi le meilleur ami de Walter.

Freedom raconte l’histoire de ce trio amoureux et capture le climat émotionnel, moral et politique des États-Unis entre entre 1970 et 2010 avec une incroyable virtuosité. Anatomie d’un mariage, ce livre propose une méditation sur les déceptions et les compromis auxquels se trouvent confrontés ces baby-boomers qui avaient voulu changer le monde. C’est aussi l’acte d’accusation le plus féroce qu’on ait vu depuis longtemps sur ce qu’est devenue l’Amérique.

Ma critique :

Ce roman se lit facilement et avec beaucoup de plaisir, malgré deux aspects qui peuvent intimider et rebuter : il est très long (719 pages !), et il ne s’y passe pas grand-chose… A ce stade certains sont déjà passés à la critique suivante ! Pour ceux qui restent : un peu bizarrement, on ne s’ennuie jamais : on entre tout naturellement dans cette famille et on s’intéresse à chacun de ses membres, qu’on finit par connaître beaucoup mieux qu’ils se connaissent entre eux. Ceci n’est d’ailleurs pas très difficile, tant règne le manque de communication entre mari et femme, parents et enfants, sans même parler des amis… et plus si affinités !

Au-delà de leur problèmes affectifs, les personnages s’inscrivent bien sûr dans un contexte historique, social et culturel et, dans la mesure où le roman se déroule sur une trentaine d’années, ils composeront avec l’opposition républicains-démocrates typique de la politique américaine, l’écologie, la libération sexuelle, et des événements historiques comme, entre autres, la guerre d’Irak.

Mais le roman reste avant tout focalisé sur une famille qui se débat avec les caractéristiques de son époque, et non sur l’histoire d’un pays à travers une famille qui servirait de prétexte. C’est sans doute la raison pour laquelle on suit avec beaucoup d’intérêt le moindre rebondissement de la vie de ces personnages qui sont tout sauf des héros ou des salauds : ce sont juste des gens comme vous et moi qui affrontent des problèmes similaires à ceux que nous vivons tous les jours.

No et moi – Delphine de Vigan

Classé dans : Littérature générale,Livres — 21 janvier, 2012 @ 7:18

No et moi - Delphine de Vigan dans Littérature générale No_et_moi-185x300Quatrième de couverture :

No et moi, c’est une rencontre merveilleuse avec Lou, adolescente surdouée de 13 ans. Coincée entre une mère à la dérive et un père qui force la bonne humeur, elle aborde sa 1ère année de lycée avec réticence et timidité jusqu’à sa rencontre avec No…

Un regard nouveau sur le monde des SDF, un mélange de clairvoyance et de naïveté sur la pauvreté. Une bulle de douceur.

Ma critique :

On s’attache immédiatement à Lou, cette petite fille surdouée mais trop intelligente pour entretenir de bonnes relations avec les enfants de son âge. Et on ne peut que compatir au malheur de No qui, à peine plus âgée que Lou, vit au jour le jour la dure réalité de la rue. Enfin, il y a Lucas, le camarade de classe de Lou, l’adolescent presque adulte qui connaît aussi un certain manque affectif, même si son isolement semble moins tragique que celui de No. Ces trois-là sont amis pour… la vie ? C’est du moins ce qu’ils pensent. Mais qu’est-ce que l’amitié à leur âge ? Ils le découvriront au cours de leur expérience commune.

En arrière-plan, il y a les parents de Lou : après le drame qui a frappé leur famille quelques années avant que ne démarre l’histoire, ils tentent laborieusement de surmonter leur chagrin, avec plus de réussite pour le père que pour son épouse. La rencontre avec No sera déterminante pour la cohésion de leur famille.

Le principal intérêt de ce roman réside en la relation complexe qui va se développer entre les cinq protagonistes principaux : amitié, amourette, désir, amour conjugal, parental et filial, voire empathie et / ou pitié… Chacun va découvrir les autres et se découvrir des sentiments et des ressources insoupçonnés jusqu’alors. Ces interactions vont permettre à chacun d’évoluer individuellement et collectivement.

On a beaucoup comparé ce roman à L’élégance du hérisson de Muriel Barbery, sans doute en référence au personnage principal : une surdouée d’une douzaine d’années et mal dans sa peau dans les deux cas. Mais No et moi fait plus enfantin, voire naïf, et pour tout dire on croit moins aux personnages qui, à l’exception de Lou, paraissent un peu transparents. Les différentes péripéties (dont on ne dévoilera rien) semblent parfois assez tirées par les cheveux, à la limite du crédible. Mais la lecture de ce roman reste agréable et sympathique, et donne à réfléchir sur divers sujets de société – dont bien sûr celui des sans-abris.

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