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Critiques littéraires, cinématographiques et musicales

Archive pour la catégorie 'Non classé'

Terrienne – Jean-Claude Mourlevat

Posté : 9 janvier, 2012 @ 9:45 dans Non classé | 1 commentaire »

TerrienneQuatrième de couverture :

Tout commence sur une route de campagne…

Après avoir reçu un message de sa sœur, disparue depuis un an, Anne se lance à sa recherche et passe… de « l’autre côté ». Elle se retrouve dans un monde parallèle, un ailleurs dépourvu d’humanité, mais où elle rencontrera cependant des alliés inoubliables. Pour arracher sa sœur à ce monde terrifiant, Anne ira jusqu’au bout, au péril de sa vie.

Elle se découvrira elle-même : Terrienne.

Vous ne respirerez plus jamais de la même manière.

Ma critique :

Superbe roman, publié dans une collection jeunesse, mais qui intéressera tout autant les lecteurs adultes friands d’un genre à mi-chemin entre le fantastique et la science-fiction. Les personnages sont crédibles, on ressent tout de suite beaucoup d’empathie pour eux : on a l’impression de marcher aux côtés d’Anne, la jeune héroïne – 17 ans – et de chercher sa sœur avec elle tout en luttant désespérément pour ne pas finir ses jours dans ce monde parallèle cauchemardesque.

Cet « autre côté » est en effet aseptisé dans tous les sens du terme, aussi bien physique que psychologique : ni la saleté, ni les microbes, ni le doute ou les sentiments en général n’y ont une place, dans leur recherche d’un monde parfait cette société s’est robotisée à l’extrême, nous faisant apprécier par comparaison odeurs pestilentielles, bruits horripilants et incivilités de toutes sortes. Il y a chez l’auteur une volonté évidente de mettre en garde contre la tentation d’un « monde parfait » susceptible d’évoluer en dystopie.

Si ce roman vous plaît, je ne saurais trop vous recommander la lecture du Combat d’hiver, ainsi que de La rivière à l’envers – en deux tomes – toujours de Jean-Claude Mourlevat.

Et c’est reparti…

Posté : 7 janvier, 2012 @ 9:56 dans Non classé | Pas de commentaires »

Après une légère interruption de… voyons… trois ans, tout au plus, je poursuis l’édition de ce blog. Eh oui, cela faisait partie de mes bonnes résolutions pour 2012 (sûrement la seule que je tiendrai d’ailleurs) ! N’hésitez pas à laisser vos commentaires sur nos lectures communes !

Infréquentable – Bénabar

Posté : 4 janvier, 2009 @ 1:38 dans Non classé | 8 commentaires »

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L’effet papillon
Allez !
Les numéros
Malgré tout
Tout vu, tout lu
Pas du tout
Où t’étais passé ?
Voir sans être vu
A la campagne
Les reflets verts
Si j’avais su
Infréquentable

Sorti le 13 octobre de cette année, Infréquentable est le cinquième album de Bénabar, après La p’tite monnaie (1997), Bénabar (2001), Les risques du métier (2003) et Reprise des négociations (2005). Très attendu, ce dernier opus a suscité beaucoup de critiques, des plus élogieuses aux plus négatives. Ces dernières reprochaient surtout à l’album d’être « différent », et à son auteur d’avoir « changé ». Bénabar avait pourtant prévenu : il voulait éviter de « faire du Bénabar », de réutiliser les vieilles recettes qui avaient fait leurs preuves ; son nouveau disque serait plus orienté que les précédents vers la variété, la pop… Autant d’avertissements qui, tout en rassurant peut-être le grand public, pouvaient légitimement inquiéter les plus puristes des « bénabarges », selon l’expression consacrée. Et avouons-le, la découverte du premier single, L’effet papillon, a plutôt renforcé notre inquiétude…

L’effet papillon évoque pêle-mêle les grands problèmes qui secouent notre planète – effet de serre, crise financière, mondialisation à outrance - et ceux qui, d’une portée bien moindre, atteignent certains individus dans leur vie de tous les jours : « aventure extra-conjugale« , coup de soleil, retrait de permis après une nuit de beuverie… Tous ces maux, graves ou bénins, sont le produit de cet effet papillon qui, pris dans son acception la plus courante – « petites causes, grandes conséquences » - nous confronte à notre sens des responsabilités. Le texte est bon, comme on peut l’attendre de son auteur, et exprime des idées fortes parfois sur un ton grave :

Le choix de quelques uns
Dans un bureau occidental
Bouleverse des millions de destins
Surtout si le bureau est ovale

Souvent malicieusement :

Quand le financier s’enrhume
Ce sont les ouvriers qui toussent
C’est très loin la couche d’ozone
Mais c’est d’ici qu’on la perce (…)

Avec les baleines on fabrique
Du rouge à lèvres, des crèmes pour filles
Quand on achète ces cosmétiques
C’est au harpon qu’on se maquille

Mais la musique et les arrangements lorgnent trop du côté de la « variét’ » des années 70, avec un refrain qu’on retient par coeur après quelques écoutes à peine. Le rythme un peu disco évoque d’ailleurs la chanson Maritie et Gilbert Carpentier de l’album Reprise des négociations, bel hommage de Bénabar aux chanteurs et à la télévision des seventies ; dans ce cas précis, l’arrangement s’accordait parfaitement avec le contenu. Sans être désagréable à écouter, la version studio de L’effet papillon sonne un peu trop comme un morceau « efficace », c’est-à-dire calibré pour la radio. La version live à la télévision est déjà beaucoup plus intéressante, et on peut imaginer qu’elle le sera encore plus sur scène.

Bénabar évoque d’autres travers de notre société, graves ou plus légers : dans Les numéros, il dénonce la place omniprésente des chiffres dans notre vie de tous les jours et la quasi-obligation pour nous de retenir un grand nombre d’entre eux :

Une fois retenu
Le numéro de la rue
Le numéro de portable
Et de Sécu (…)

Y en a des faux, y en a des verts
Des numéros, y en a tant

Au détriment de notre équilibre psychologique et de notre sens du jugement :

On en oublierait presque
Le numéro d’équilibriste
Le seul qui compte
Et qui consiste
A pas tomber

Le texte, sur un ton très ironique, joue beaucoup sur notre mémoire collective et les associations d’idées qui s’y rattachent, mêlant entre autres « le numéro du roi qui s’est fait couper la tête« , « les sonates et les huitres« , et une célèbre maxime liée à l’amour… La musique s’accorde parfaitement bien aux paroles, avec une belle mélodie et un arrangement « sautillant », à base de piano et de batterie. Une réussite, très agréable dès la première écoute et qui se révèle encore plus intéressante par la suite.

Notre société un peu factice engendre des personnages au comportement parfois extrême, à l’image du « héros » de Tout vu, tout lu, « beau parleur » et « menteur » qui se raconte sans complaisance. Son but :

Je veux pouvoir briller
Qu’on m’écoute, qu’on m’accepte
Qu’on voie que moi

Mais il ne se fait pas la moindre illusion sur l’effet que produisent ses fanfaronnades :

J’y étais, j’ai tout vu
J’ai tout lu et j’ai tout fait
J’étouffe encore parfois
Mes mensonges trompent que moi

Il se justifie en invoquant la loi de l’offre et de la demande :

Je donne aux gens ce qu’ils veulent
Du croustillant, du people

Et sa propre condition, peu attirante « au naturel » :

Mon agenda est vide, si c’est la vie qu’j'mérite
J’en veux pas

La chanson Tout vu, tout lu décrit le narrateur sous un jour plutôt défavorable, avant de nous révéler son vrai problème : sa mythomanie n’est qu’un moyen de combattre la solitude qui menace tout anonyme dans notre société. La mélodie et le rythme plutôt joyeux compensent le sérieux du propos, et font de cette chanson une excellente « comédie dramatique » proche des films de Claude Sautet – le réalisateur préféré de Bénabar – avec le même genre d’humour et d’émotion qu’on peut retrouver dans César et Rosalie, par exemple. On imaginerait presque Yves Montand dans le rôle principal !

Le personnage central de Voir sans être vu, plus timide, ne sait pas gérer sa solitude : il se contente de rêver d’un contact avec un de ses voisins, qu’il croise pourtant régulièrement dans l’escalier :

Mon courage à deux mains
J’aimerais serrer la sienne
Lui dire « nous sommes voisins
Et j’habite au cinquième »

Mais faute de trouver ce courage, il choisit de « quitter » ses semblables, ne leur laissant qu’un vague remords :

« Ah bon, tu ne le connaissais pas non plus
Faut dire qu’il était discret, si on avait su »

Pourtant il ne leur en veut pas, conscient de n’avoir rien fait lui-même pour aller à leur rencontre :

Je ne reproche rien à personne
A aucune femme, à aucun homme
Je suis un figurant, c’est tout
Pas transparent, juste un peu flou

Voir sans être vu traite bien sûr de la solitude que subissent certains de nos concitoyens alors qu’ils vivent en immeuble et dans de grandes villes, mais dans un anonymat qui leur devient peu à peu insupportable, jusqu’à tomber dans la dépression. Malgré un thème délicat à traiter et une fin particulièrement pessimiste, la chanson ne sombre jamais dans le mélo, grâce à un texte simple au niveau formel mais percutant, et à une musique assez dépouillée – guitare et batterie essentiellement. L’interprétation de Bénabar, sobre et intense à la fois, s’accorde parfaitement avec la personnalité discrète et tourmentée du narrateur.

Allez ! traite aussi de la dépression, mais sous une forme plus légère – si on peut dire. Pourtant le sujet ne l’est pas : le narrateur tente de consoler un ami victime d’ »une bonne petite dépression« , sur un ton dans l’ensemble assez décalé. La chanson marque le grand retour de la célèbre Muriel – si, si, celle du Psychopathe et de Dis-lui oui ! – très inquiète du comportement de son copain :

Au début ça l’a fait marrer
Que t’apprivoises une mouche
Mais pourquoi t’as décidé
De la baptiser « balle dans la bouche » ?

L’auteur est passé maître dans l’art de jouer le chaud et le froid, et réussit à nous émouvoir entre deux gags absurdes :

Je ne demande qu’à te croire
Tu dis que tout va parfaitement
Ce serait plus convaincant encore
Si tu l’disais pas en pleurant

L’histoire évoque irrésistiblement le Jef de Jacques Brel (1964) et le Manu de Renaud (1981), deux chanteurs dont Bénabar connaît très bien le répertoire. Il ajoute à sa version un humour qu’on n’attend pas sur un tel sujet, sans sacrifier l’émotion pour autant. Il est à peu près impossible de déterminer si cette chanson est drôle ou triste, tant l’auteur réussit à brouiller les pistes !

L’amitié est aussi au centre de la chanson Où t’étais passé ?, bien que ce ne soit pas évident au début :

Je sais que t’étais avec lui (…)

Tu le connais à peine
Et tout nouveau, tout beau
Je ne te fais pas de scène
Qu’est-ce que tu trouves à ce blaireau ?

Avant que le personnage auquel s’adresse le narrateur soit identifié clairement :

Maintenant tu dois choisir
C’est moi ou c’est lui
Il est grand temps de nous dire
Qui c’est ton meilleur ami ?

La chanson joue beaucoup sur les mots, empruntant à la fois au vocabulaire amoureux (« Qu’est-ce qu’il a de plus que moi ?« ) et aux expressions viriles, voire un peu vulgaires, pour faire de l’histoire un sketch savoureux sur l’aspect possessif que peut revêtir l’amitié. Là encore, on hésite entre plusieurs sentiments pour le personnage principal, qui apparaît à la fois comme horripilant et attendrissant, avec sa peur d’être supplanté par « le mec d’un soir » dans le coeur de son meilleur ami… Bénabar joue avec nous jusqu’au bout, nous assenant une chute qui ne sera pas dévoilée ici… A découvrir d’urgence !

Le thème de l’amour est présent aussi dans l’album, quoique sous une forme plutôt pessimiste : deux des trois chansons qui s’y rapportent traitent de rupture. Dans Les reflets verts, un témoin extérieur parle à un homme en cours de séparation, et constate que le regard de sa compagne a bien changé depuis que rien ne va plus entre eux :

Tes quelques kilos en trop
Qu’elle appelait des « poignées d’amour »
Maintenant elle appelle ça « être gros »
En général, elle te trouve très lourd

Et en conclut tristement que :

Le jour où elles reprennent tout
Plus de reflets verts, c’est tant pis pour nous
Nos défauts redeviennent des défauts
Nos poignées d’amour, des kilos en trop

Le texte est beau, bien écrit et bien construit, mais il souffre d’un arrangement un peu mou, qui se marie mal avec l’ironie omniprésente dans ce constat amer. Car l’homme ne s’est jamais fait la moindre illusion sur lui-même : « Nous, on savait avant« …

On ne peut pas en dire autant de Si j’avais su, l’autre histoire de rupture de l’album : l’intro musicale, très rock, surprend quelque peu de la part de son auteur ! Le reste est à l’avenant : du rock, on passe à un arrangement évoquant vaguement les séries américaines (et plus précisément La croisière s’amuse !), pour accompagner un texte honnête mais d’un niveau nettement inférieur aux productions habituelles de Bénabar. A oublier… d’autant que Si j’avais su précède directement Infréquentable, dernière chanson de l’album qui lui donne son titre, et sûrement la meilleure de l’ensemble !

Dans Infréquentable, il s’agit aussi d’amour : la chanson est constituée d’une déclaration enflammée et constituée à 100% d’arguments… négatifs pour l’amoureux transi ! En effet, le soupirant est fier de ses défauts :

Au lieu d’rougir de tous mes vices
J’voudrais en plus qu’ils soient versa

Dans la mesure où il sait qu’ils sont tous focalisés sur l’amour (presque) sans espoir qu’il porte à l’élue de son coeur :

Je suis un félon et un traître
Pour que tu me prennes la main
Je pourrais même peut-être
Donner l’adresse de Jean Moulin

Je suis égoïste et avare
Ça non, je ne te partagerai pas

Et pour le cas où l’objet de tant d’amour n’aurait pas compris le message, il lui précise :

Moi, l’impatient compulsif
Je t’aime bordel, c’est clair et net
Je suis grossier et agressif

L’originalité de la démarche mériterait à elle seule qu’on la salue, mais la réalisation dépasse encore l’idée initiale : le texte est un brillant exercice de style, qui réussit l’exploit de rester toujours cohérent malgré la contradiction de départ. Soutenu par une musique dynamique et rythmée, il bénéficie en outre d’une interprétation pour le moins énergique de la part de son auteur, qui « se lâche » particulièrement dans ce morceau. On attend avec impatience la version live

Bénabar l’a assez répété au cours de sa promotion : non, il n’est pas vraiment infréquentable, beaucoup moins en tout cas que le personnage de sa chanson. Mais, bien conscient de ses tares et défauts, il n’hésite pas à pratiquer l’auto-dérision. Dans A la campagne, fort de son expérience de Parisien propriétaire d’une maison de campagne, il répertorie les clichés qu’entretiennent les citadins à l’égard du monde paysan. Notamment sur cet instinct inné de l’homme de la terre par rapport à son environnement naturel :

A la campagne
Quand on est citadin
A la campagne
On demande au paysan
Le temps qu’il fera demain.

… qui, comme chacun le sait, lui permet de vivre en parfaite harmonie avec son milieu :

A la campagne
C’est la fête aux clichés
La qualité de vie
Et le rythme des saisons

L’homme de la ville, lui, se sent beaucoup moins à l’aise dans cet élément qu’il perçoit parfois comme hostile, particulièrement la nuit avec tous ces « bruits dans la maison / Et dehors dans la forêt » qui le font « flipper« . Pourtant, il rêverait de ressembler au modèle paysan tel qu’il le conçoit naïvement, à travers la télévision entre autres :

Ça me donne envie
D’être robuste et taiseux
Le patriarche bourru
D’une série de l’été de France 2

A l’instar de beaucoup de chansons de Bénabar, A la campagne démarre « en douceur », avec des clichés tout à fait raisonnables – ceux que n’importe quel citadin pourrait exprimer spontanément – pour finir d’une façon beaucoup plus caricaturale, avec un Parisien qui tente même de  »parler terroir » dans un patois régional… très personnel ! Le rythme accélère à mesure que le texte gagne en loufoquerie, et le tout est soutenu par un arrangement à base de piano, guitare et accordéon aux résonnances assez « folkloriques », parfaitement adapté au contexte. Drôle, entraînant et « réaliste » à sa façon, A la campagne est particulièrement réussie. Cette chanson a d’ailleurs été choisie comme deuxième single de l’album, après L’effet papillon.

Dans Pas du tout, Bénabar se met en scène d’une façon plus explicite encore, en nous apprenant dès le début de la chanson que son personnage est connu ; il est surtout plein de certitudes, notamment au sujet d’une fille croisée dans un lieu public :

A tous les coups elle m’a vu
Elle fait genre je l’ai pas reconnu

La pauvre n’ose pas m’aborder
Elle doit être intimidée

Tout au long de la chanson, ses certitudes sont systématiquement démenties par la foule qui lui assène en choeur après chaque affirmation péremptoire : « Pas du tout !« . Y compris dans la dernière partie, où l’identification à l’auteur devient évidente :

J’ai des raisons d’être fier
Ma chanson elle est super

Pas du tout ! est le seul morceau de l’album dont la musique n’ait pas été composée par Bénabar, mais par Louis Chédid. Les deux hommes se sont rencontrés à l’occasion de la comédie musicale Le soldat rose, dans laquelle Bénabar jouait le rôle d’un chimiste légèrement… décalé ! A l’image de cette chanson en forme de clin d’oeil, qui brocarde nos préjugés les plus tenaces – qui n’a jamais attribué à une connaissance des sentiments qu’elle n’a jamais eus ? – tout en donnant l’occasion à son auteur de se caricaturer en tant que vedette de la chanson. Le résultat est drôle, très dynamique, et devrait donner lieu à des moments particulièrement « interactifs » dans sa version publique !

Pourtant, ce n’est pas à titre personnel que Bénabar se soucie de son image pour la postérité, mais à l’échelle de sa génération tout entière. Dans Malgré tout, il admet que ses contemporains et lui-même sont moins « glorieux » que ceux du « siècle des Lumières » ou de la Révolution et, crise de la quarantaine aidant, il dresse un bilan qui semble plutôt négatif :

Moi qui frôle les quarante ans
J’ai pas fait progresser la science
J’découvrirai pas de continent
Faut voir les choses en face

C’est pareil pour mes copains
A nous tous on a inventé rien

Pourtant, il considère qu’ils ne sont « pas si mal » et méritent de laisser une trace de leur passage sur Terre :

Malgré tout,
J’aimerais qu’on se souvienne de nous

Le texte assez intemporel permettra à tout adulte, quel que soit son âge, de se reconnaître en ce quadragénaire qui souhaite pour lui et les siens « Une petite place dans un livre d’Histoire« . L’arrangement, composé essentiellement de cordes, est relativement dépouillé si on excepte quelques passages où les violons se montrent un peu envahissants. Mais la chanson dans son ensemble est très forte, émouvante sans sombrer dans le pathos, et plutôt optimiste malgré les inquiétudes que reflètent les premiers couplets.

Amour, amitié, solitude, dépression, identité collective, écologie, politique, travers de notre société en tous genres… l’album Infréquentable aborde une palette de thèmes très étendue et sous des formes très diverses – de l’humour un rien potache à la tragédie, en passant par le ton doux-amer typique de son auteur. Peut-on alors considérer ce nouvel opus comme résolument « différent » du reste de sa production ?

Personnellement je ne le pense pas : en dépit du cliché qui le poursuit, Bénabar ne s’est jamais contenté de raconter des scènes plus ou moins amusantes du quotidien - Le dîner étant sans doute sa chanson la plus emblématique dans cette catégorie. Majorette et Je suis de celles traitaient à leur façon de la solitude due à l’exclusion sociale ; Dis-lui oui et Tu peux compter sur moi évoquaient, elles aussi sous une forme bien particulière, les devoirs et contraintes liées à l’amitié ; dans Saturne et Ali et Félix, l’auteur nous livrait ses inquiétudes sur une société où le danger vient des « grands qui mangent les petits« … De même, Bénabar n’a pas attendu de « frôle[r] les quarante ans » pour se poser des questions existentielles liées à son âge : dans Bon anniversaire, qui racontait un « week-end en Bretagne » entre potes pour fêter ses trente ans, il se montrait déjà plutôt angoissé par ce passage vers une nouvelle décennie, lui le « minuscule Terrien« …

De même, et contrairement à ce qu’on a pu lire ici ou là, je ne trouve pas cet album plus « sombre » que les précédents, en tout cas pas plus que l’avant-dernier, Reprise des négociations, qui comportait déjà des titres aussi pessimistes que Qu’est-ce que tu voulais que je lui dise ? et Triste compagne, ou faussement légers comme Le méchant de James Bond et Le fou rire. Le cliché d’un Bénabar bondissant en souriant d’une oreille à l’autre, largement représenté à la télévision, entretient sans doute le mythe du chanteur qui traite avec humour de sujets légers, presque à l’exclusion d’une production plus « sérieuse ».

Ce sont sans doute les arrangements qui démarquent le plus Infréquentable de ses prédécesseurs : les cordes y sont beaucoup plus présentes, particulièrement les violons qui produisent un effet un peu (trop ?) mélancolique sur certaines chansons, comme dans Malgré tout. Les cuivres et l’accordéon, omniprésents dans tous les autres albums, se font nettement plus discrets sur celui-ci, au détriment de l’ambiance festive de type cirque ou fanfare grâce à laquelle habituellement on identifie très vite un disque de Bénabar. Et c’est justement contre cet aspect « marque de fabrique » que l’auteur voulait lutter, pour éviter, selon sa propre expression, de « faire du Bénabar ».

Cependant, dans Infréquentable comme dans ses autres albums, la richesse des thèmes abordés ainsi que la qualité des textes et des musiques ne permettent pas le moindre doute : c’est bien « du Bénabar ». Et on ne s’en plaindra pas.

 

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