Lire, Voir, Ecouter…

Critiques littéraires, cinématographiques et musicales

Archive pour la catégorie 'Polar / thriller'

Echo Park – Michael Connelly

Posté : 21 juillet, 2008 @ 11:02 dans Livres, Polar / thriller | 2 commentaires »

Echo Park - Michael ConnellyParmi toutes les enquêtes – résolues ou non – qu’il a effectuées, il en est une qui obsède particulièrement Harry Bosch : celle qui concerne la jeune Marie Gesto, disparue en 1993 à l’âge de 22 ans. L’inspecteur et son adjoint de l’époque, Jerry Edgar, n’ont retrouvé que sa voiture, abandonnée dans le box du garage d’un building. Sur le siège avant, ses vêtements, soigneusement pliés et empilés, renforcent encore le pessimisme des enquêteurs quant à leurs chances de retrouver la jeune fille saine et sauve…

Pour Harry, une seule évidence : la personne responsable de la disparition de Marie n’a pas choisi ce box au hasard. Le criminel savait qu’il correspondait à un appartement libre, et qu’ainsi la voiture ne serait pas retrouvée immédiatement. L’inspecteur a donc cherché en priorité parmi les gens qui pouvaient avoir connaissance de ce détail, et ses soupçons se sont assez vite portés sur un jeune homme d’une riche famille, ex-fiancé de la dernière locataire. Mais malgré tous ses efforts, Harry n’a jamais trouvé quoi que ce soit de probant à son encontre.

Treize ans plus tard, Bosch n’a pas baissé les bras au sujet de l’affaire Gesto, et ressort régulièrement son dossier pour le compulser en détail, espérant toujours y trouver l’indice qui lui aurait échappé les fois précédentes. Un appel téléphonique d’un de ses confrères fait renaître cet espoir : il a besoin de ce dossier pour le procureur Rick O’Shea, qui travaille sur le cas de Raynard Waits, un serial killer coupable de la mort de neuf personnes, dont sûrement celle de Marie Gesto. Le criminel est prêt à faire des aveux complets et à indiquer l’emplacement où il a enterré ses victimes, en échange d’une peine à perpétuité au lieu de la peine de mort.

Harry assiste à ces aveux qui ne le convainquent qu’à moitié, même quand Waits leur fournit des détails que seule la police connaissait. Même quand il leur propose de les conduire au lieu où il l’a enterrée treize ans plus tôt. Mais l’inspecteur ne s’abuse-t-il pas lui-même ? N’est-il pas aveuglé par le dépit de s’être focalisé pendant toutes ces années sur un seul suspect, au point d’avoir peut-être négligé des indices qu’il avait sous les yeux ?

Echo Park est un polar comme on les aime, avec tous les ingrédients qui nous scotchent à un livre jusqu’à la dernière page : l’enquête est parfaitement construite, avec des rebondissements nombreux mais qui semblent néanmoins réalistes (pas de Deus ex machina chez Connelly), et des personnages principaux auxquels on s’attache de plus en plus à mesure qu’on découvre leur personnalité, ainsi que des bribes de leur passé. Harry Bosch gagne encore en humanité dans ce roman, par son obsession pour ce dossier dont la résolution n’ajouterait rien à sa gloire. S’il s’acharne depuis treize ans à chercher l’assassin de la jeune Marie Gesto, c’est d’abord par empathie pour la jeune fille, mais aussi et surtout pour pouvoir un jour révéler la vérité à ses parents, quelle qu’elle soit, et leur permettre, le cas échéant, de commencer leur travail de deuil.

L’enfance de l’inspecteur est évoquée à plusieurs reprises au cours de l’histoire, procédé qui contribue aussi à humaniser un personnage tout en attendrissant le lecteur – surtout quand cette enfance est aussi peu réjouissante : fils d’une prostituée, Harry a été placé en foyer dès son plus jeune âge ; au moment où sa mère avait enfin décidé de le récupérer, elle s’est fait assassiner. On n’avait pas retrouvé le coupable, avant qu’Harry Bosch lui-même, devenu adulte et policier, reprenne le dossier et résolve le mystère.

Cet opus nous fait le plaisir d’accueillir un personnage déjà connu  – et particulièrement charismatique, qui viendra aider Harry à s’y retrouver dans les méandres du dossier Gesto. On n’en dira pas plus, pour préserver la surprise…

La mort leur va si bien – Peter James

Posté : 12 juillet, 2008 @ 12:09 dans Livres, Polar / thriller | 164 commentaires »

La mort leur va si bien - Peter James

Janie Stretton, jeune stagiaire dans un cabinet d’avocat, sort du travail particulièrement stressée : elle doit amener son chat chez le vétérinaire, et être prête pour son rendez-vous de 20h30, avec un homme qu’elle connaît depuis peu de temps mais qui a beaucoup d’exigences…

Tom Bryce est un chef d’entreprise de 36 ans, marié avec deux petits enfants, dont la vie privée et professionnelle périclite un peu depuis quelque temps. En rentrant en train du travail, comme il le fait tous les jours, il est importuné par son voisin de banquette qui hurle dans son téléphone portable. A l’arrivée du train, le voyageur peu discret quitte les lieux rapidement, et oublie sur place un CD. Tom récupère le disque, et plus tard le visionne chez lui dans l’espoir de retrouver son propriétaire pour le lui rendre. Il va tomber sur un site web qui lui projette une vidéo d’une violence insoutenable. Tom veut croire qu’il ne s’agit que d’une bande-annonce d’un film particulièrement gore, mais il n’arrive pas à s’en convaincre tout à fait.

Le lendemain, au cours d’une promenade matinale, une dame reçoit de son chien une offrande dont elle se serait bien passée : l’animal lui rapporte, bien serrée dans sa gueule… une main. Plus tard, la police trouvera dans le même champ le reste du corps, en pièces détachées, dans un sac poubelle. Presque tout y est : il ne manque que la tête du cadavre. C’est le commissaire Roy Grace qui va mener l’enquête, un commissaire un peu sur la sellette, à la suite de quelques incidents dont la presse a fait ses choux gras. Il n’a désormais plus droit à l’erreur, sous peine de mise au placard…

« La mort leur va si bien » est un excellent thriller, dans la mesure où il remplit parfaitement le « cahier des charges » de ce genre de littérature : on lit le roman d’une traite avec une certaine avidité et beaucoup de plaisir, et il est très difficile de reposer le livre avant de l’avoir fini. Il a aussi les défauts de ce genre : les personnages sont assez superficiels, au point qu’on n’arrive jamais vraiment à ressentir de l’empathie pour le « héros » de l’histoire, Roy Grace, pourtant mis à rude épreuve tout au long du récit. Les personnages secondaires sont aussi trop esquissés et un peu clichés, à l’image de son collègue et ami Glenn Branson, un Noir décontracté et rigolard qui écoute du rap à fond dans sa voiture tout en conduisant comme un fou… On peut aussi reprocher un final spectaculaire mais sans réelle surprise, à l’image de beaucoup de films d’action. L’ensemble du roman évoque d’ailleurs un scénario, sans doute à dessein : quel auteur ne rêve pas de voir son roman adapté au cinéma ?

Un bilan très positif dans l’ensemble pour ce roman, qui remplit parfaitement sa mission : captiver le lecteur de la première à la dernière page, quitte à ne pas laisser un souvenir impérissable par la suite.

Le contrat – Donald Westlake

Posté : 6 juillet, 2008 @ 12:44 dans Livres, Polar / thriller | 3 commentaires »

Le contrat - Donald WestlakeBryce Proctorr, auteur à succès riche et célèbre, fait des recherches en bibliothèque pour son prochain roman. Plus exactement, il sèche sur ce nouvel opus dont il n’a pas encore écrit une ligne, et pour lequel il n’a même pas une idée exploitable. La source de son inspiration s’est tarie à cause de ses problèmes personnels : il vit un divorce particulièrement pénible, par la faute de son épouse Lucie qui le harcelle par l’intermédiaire de son avocat, dans le but de récupérer un maximum de ses possessions.

Il rencontre Wayne Prentice, lui aussi romancier, mais qui n’a pas connu la même réussite : après avoir publié quelques livres qui se sont vendus modérément, il est en train de couler au niveau commercial. Les deux hommes se sont bien connus vingt ans auparavant, quand tous deux se lançaient dans l’écriture professionnelle. Puis leurs carrières respectives ont tant divergé qu’ils se sont perdus de vue.

Pourtant, les retrouvailles donnent lieu à des confidences réciproques sur leur situation actuelle, peu brillante : Bryce a un éditeur mais pas de manuscrit, Wayne a un manuscrit mais sait qu’il ne trouvera plus d’éditeur, étant donnés ses échecs commerciaux précédents. C’est Bryce qui proposera d’établir le « contrat » suivant : il récupèrera le manuscrit de Wayne et, après l’avoir adapté « à sa sauce » pour ne pas éveiller les soupçons, il le proposera à son propre éditeur, puis partagera avec Wayne l’à-valoir et les droits d’auteur – mirobolants. Seule petite condition supplémentaire, précise Bryce quand Wayne se déclare intéressé par la tractation : son épouse Lucie doit mourir, sinon les deux homme perdront à son profit la moitié des revenus engendrés par « leur » livre. Comment, par qui, quand, il ne veut pas le savoir. Ni intervenir. Mais c’est la condition sine qua non pour que la proposition de Bryce tienne.

Wayne, paisible romancier menant une vie bien calme avec son épouse, va-t-il accepter un marché aussi morbide ? Qu’en penserait sa propre femme – ou qu’en pensera-t-elle, s’il lui en parle ? Et, en admettant qu’il passe à l’acte, quelles seraient les conséquences pour les deux complices ? Notamment sur le plan psychologique ? Et dans quelle mesure cela affecterait-il leur créativité respective ?

Donald Westlake, connu pour son humour noir, traite ces questions d’une manière originale, avec beaucoup de cynisme la plupart du temps : aucun des personnages ne réagit comme on s’y attendrait en se basant sur son mode de vie antérieur, sa position sociale, son honnêteté apparente… La notion de « gentils » et de « méchants » n’existe pas chez cet auteur, chacun de ses personnages se révèlant beaucoup plus complexe qu’il n’y paraissait, et rarement à son avantage du point de vue de la morale… Ce parti pris donne lieu à des scènes étranges, très décalées, qui suscitent souvent un mélange de fou-rire et de malaise assez troublant.

L’immersion dans le monde peu connu des écrivains, des éditeurs et de la création littéraire constitue un autre aspect très intéressant de ce roman : là encore, rien n’est acquis, toute situation peut évoluer en très peu de temps, en bien ou en mal pour l’auteur qui, simple rouage dans un engrenage qu’il ne maîtrise pas, ne peut jamais se reposer sur ses lauriers. Quels que soient les rapports qui l’unissent à son éditeur, il doit produire, et « marcher » au niveau commercial, notion de moins en moins subjective dans un monde où l’ordinateur est devenu la référence suprême – et la plus dénuée d’états d’âme, naturellement. Et dans ce cadre, il doit faire abstraction des aléas de sa vie privée, aussi tragiques soient-ils, et rester créatif coûte que coûte.

Le contrat est un roman troublant, dont on a du mal à dire, une fois les dernière pages lues – et surtout les dernières lignes ! – s’il est humoristique ou angoissant, tant on est partagé entre rire et malaise tout au long de sa lecture. Un excellent roman, en tout cas, qui donne envie de découvrir les différentes facettes de Donald Westlake, surtout connu pour sa série avec John Dortmunder, un cambrioleur plus proche de Pierre Richard que d’Arsène Lupin, et « aidé » par des complices tout aussi peu dégourdis… Mais dans un registre plus cynique, rappelons que Westlake est aussi l’auteur du Couperet, adapté au cinéma avec José Garcia dans le rôle principal. Quant au Contrat, il a changé de titre dans sa version cinématographique, pour devenir Je suis un assassin, avec François Cluzet et Bernard Giraudeau dans les rôles principaux.

Los Angeles River – Michael Connelly

Posté : 4 juillet, 2008 @ 1:55 dans Livres, Polar / thriller | Pas de commentaires »

Los Angeles RiverAvertissement :

Los Angeles River fait suite à trois autres romans de Michael Connelly : Le poèteCréance de sang et L’oiseau des ténèbres. Bien que l’histoire soit compréhensible indépendamment grâce aux fréquents retours en arrière distillés tout au long du récit, il est vivement conseillé d’avoir lu au moins Le poète avant d’entamer la lecture de Los Angeles River

D’autre part, ce billet s’adresse aux lecteurs qui connaissent déjà l’identité du Poète, révélée à la fin du roman éponyme. Si vous n’en faites pas partie, ne lisez surtout pas ce qui suit ! Pour vous informer sur les romans de Michael Connelly, je vous recommande les pages consacrées à cet auteur sur l’excellent site Pol’Art noir.

Terry McCaleb, le héros de Créance de sang et de L’oiseau des ténèbres, a succombé à une crise cardiaque. Rien de foncièrement étonnant pour cet ancien agent du FBI, qui vivait avec un coeur greffé depuis six ans. Mais Graciela, sa veuve, ne croit pas à la thèse de la mort naturelle : elle s’est aperçue que deux des médicaments indispensables à la survie de son mari avaient été remplacés par des placébos, à l’insu du malade qui bien malgré lui avait cessé de se soigner dans les jours précédant sa mort. Craignant l’interprétation que la police pourrait faire d’une telle révélation – en tant que veuve au bénéfice d’une assurance-vie, elle serait la suspecte idéale – elle demande à Harry Bosch, devenu détective privé, d’enquêter sur le décès de son ex-collègue et ami .

Parallèlement, Rachel Walling, une agente du FBI exilée dans le Dakota du Sud, reçoit l’appel téléphonique qu’elle redoute depuis des années : le Poète, le célèbre serial killer, est de retour. Pire encore, il s’est adressé à elle d’une façon particulièrement macabre, en envoyant au FBI un lecteur GPS qui indiquait l’emplacement d’un charnier en plein désert de Mojave, sur la frontière entre la Californie et le Névada. Sur l’écran de l’appareil, un message laconique : « Hello Rachel ». Comme si Robert Backus, son ancien mentor au Bureau, celui qui l’avait formée au dur métier d’agente du FBI, voulait lui montrer qu’il était non seulement bien vivant, mais en pleine forme… Et qu’il ne l’avait pas oubliée depuis cette fameuse nuit où la jeune femme, aidée du journaliste Jack McEvoy, avait reconnu en lui ce Poète que le FBI traquait sans relâche, et lui avait tiré dessus, le laissant pour mort dans les égoûts de Los Angeles.

Ce roman célèbre la rencontre de plusieurs « héros » particulièrement marquants de l’oeuvre de Michael Connelly : le Poète, ex-agent du FBI menant une double vie de serial killer ; Harry Bosch, ex-flic tête brûlée devenu détective privé ; Rachel Walling, jeune agente du FBI promise à une brillante carrière et placée sur une voie de garage pour avoir fauté avec un journaliste ; et l’ombre de Terry McCaleb, ex-agent du FBI forcé d’arrêter ses activités professionnelles pour raisons de santé, jusqu’à ce cette dernière le trahisse une dernière fois. Ces personnages aux multiples facettes vont se télescoper avec une intensité proportionnelle à leur caractère respectif « bien trempé » – et c’est un doux euphémisme…

Heureusement, ce déferlement de « stars » n’apauvrit pas l’histoire elle-même : l’intrigue est riche, parfaitement construite – à partir de deux points de départ en apprence très éloignés l’un de l’autre – et le rythme est rapide, presque à l’excès parfois : ce roman évoque peut-être un peu trop un scénario de film, d’autant que l’auteur s’amuse beaucoup avec son personnage de Terry McCaleb incarné par Clint Eastwood dans la version cinématographique de Créance de sang. Entre deux évocations morbides, les commentaires des protagonistes sur leur personnage respectif constituent une bouffée d’oxygène : « Je suis infirmière, dit [Graciela]. Je ne sais pas si vous l’avez vu, mais dans le film ils m’ont transformée en serveuse. Ce n’est pas bien. » Buddy, l’associé de Terry, n’apprécie pas plus son alter ego, et se plaint « de la façon dont on l’avait représenté dans le film ». Clint Eastwood lui-même n’est pas épargné, lui qui « avait joué le rôle de Terry bien qu’il eût quelques dizaines d’années de plus que lui. » Mais de toute façon, « le film n’avait connu qu’un succès relatif », comme le souligne malicieusement le narrateur Harry Bosch, qui présente le long-métrage comme l’adaptation d’un fait divers et non d’un roman.

Un roman qui se dévore comme un excellent thriller, sans doute moins subtil au niveau psychologique que ses prédécesseurs Le poète ou Créance de sang, mais tout aussi haletant et jubilatoire.

Une histoire de fous – John Katzenbach

Posté : 20 juin, 2008 @ 4:39 dans Livres, Polar / thriller | 2 commentaires »

Couverture Une histoire de fousA l’âge de 21 ans, Francis Petrel a été interné dans un hôpital psychiatrique, après avoir menacé physiquement sa famille au cours d’une crise d’hystérie sans doute inspirée par les voix qu’il entend depuis sa naissance.

L’hôpital « Western State » est un établissement à l’ancienne, avec des dortoirs de plusieurs dizaines de lits qui ne laissent aucune place à l’intimité, et dans lequel chaque malade doit supporter les névroses et psychoses de ses congénères en plus des siennes propres. C’est dans ce contexte angoissant que Francis, très vite rebaptisé C-Bird, a rencontré Peter le Pompier – ancien pompier pyromane – Napoléon et Cléo, qui se prennent respectivement pour l’empereur français et la reine d’Egypte Cléopatre, les aides-soignants Big Black et Little Black, et quelques médecins qui ne semblaient pas beaucoup plus « nets » que certains de leurs patients.

Et c’est dans ce contexte déjà très trouble qu’un meurtre particulièrement horrible a été commis, sur une élève infirmière. Un des patients, surnommé l’Efflanqué, a immédiatement été reconnu coupable et arrêté. Mais l’intervention d’une jeune adjointe du procureur de l’Etat, Lucy Jones, a relancé l’enquête : peu convaincue par la culpabilité de l’Efflanqué, elle a tout repris a zéro avec l’aide, entre autres, de Francis et Peter le Pompier. Cette collaboration improbable a donné lieu à des événements qui ont marqué en profondeur chacun des protagonistes – « fou » ou « sain d’esprit »…

Vingt ans après, Francis vit seul dans un appartement, libre. Officiellement, du moins : en fait, il est étroitement surveillé par les services sociaux, et contraint de prendre quotidiennement une quantité impressionnante de médicaments. Mais il n’entend plus de voix, et il semble dans l’ensemble aller beaucoup mieux. Pourtant, une courte visite à l’hôpital « Western State », fermé depuis plusieurs années, va réveiller des démons qu’il croyait soigneusement enfouis…

Ce roman de John Katzenbach n’est pas le premier qui ait pour cadre un hôpital psychiatrique, loin de là : tout le monde a lu ou vu, entre autres,  »Vol au-dessus d’un nid de coucous », peut-être l’oeuvre la plus célèbre sur ce thème délicat. Mais l’originalité d’ »Une histoire de fous » réside dans le fait qu’elle est racontée par un « fou » parfaitement conscient de son état, mais doté d’une intelligence et d’un sens de l’observation qui lui seront bien utiles au cours de l’enquête qu’il va mener avec des gens « normaux ». Tout au long du roman, il y aura un aller-retour constant entre les agissements finalement assez sains du narrateur, et sa lutte intérieure pour ne pas sombrer dans une folie totale, malgré les agressions de toutes sortes dont il est victime. De même, on assistera à un aller-retour entre le Francis de 21 ans qui vit ces événements « en direct » et le quadragénaire dont le quotidien semble bien calme en comparaison. Mais les souvenirs sont vivaces, et comportent peut-être plus de dangers pour sa santé que ceux, beaucoup plus concrets, contre lesquels il a lutté vingt ans auparavant…

Bizarrement, « Une histoire de fous » est à la fois palpitant et… un peu ennuyeux. Palpitant, grâce à l’histoire elle-même, mélange de roman à énigme et de thriller, avec bien sûr une composante psychologique très marquée. Le principe de la narration sur deux époques distantes de vingt ans crée des ruptures dans le récit qui aident le lecteur à rebondir d’un chapitre à l’autre. Mais le roman traîne en longueur : les 750 pages ne se justifient pas. La lenteur du récit est souvent décourageante, mais on continue parce qu’on a envie de savoir le fin mot de l’histoire ; d’autant que l’auteur, en bon page-turner, sait « scotcher » son lecteur. Mais il ne peut l’empêcher de s’impatienter, et à juste titre quand, arrivé à la fin, celui-ci constate que le roman pourrait aisément être réduit de moitié sans que l’histoire n’en patisse – bien au contraire.

Un bon roman donc, qu’on ne regrette pas d’avoir lu. Mais du même auteur, on préfèrera L’analyste, tout aussi long mais beaucoup plus dense, qui ne donne pas cette impression d’étirement un peu artificiel. Et on attendra avec impatience de lire Faux coupable, le dernier opus de John Katzenbach !

Le syndrôme Copernic – Henri Loevenbruck

Posté : 18 juin, 2008 @ 9:58 dans Livres, Polar / thriller | 3 commentaires »

syndromecopernic.jpg« Mon nom est Vigo Ravel, j’ai trente-six ans et je suis schizophrène. Du moins, c’est ce que j’ai toujours cru ».

Cette courte présentation du personnage principal par lui-même résume à elle seule l’essentiel du roman. Avant cette formule lapidaire, un prologue particulièrement mouvementé nous a fait entrer de plain-pied dans le vif du sujet : un attentat a eu lieu dans la tour SEAM de la Défense. Officiellement, le nombre de survivants, parmi ceux qui se trouvaient dans la tour ce matin-là, s’élève à… zéro.

Pourtant, Vigo Ravel a survécu. Quelques secondes avant l’impact, il attendait l’ascenseur qui devait le mener au 44ème étage de la tour, vers le centre médical où, comme tous les lundis, il avait rendez-vous avec son psychiatre, le docteur Guillaume. Mais les voix intérieures qui perturbent sa vie depuis des années l’ont averti qu’il devait quitter les lieux au plus vite. Il ne s’est pas fait prier, et s’en est tiré avec quelques blessures superficielles dues au souffle de l’explosion.

Le roman démarre comme un film d’action à gros budget, d’autant que l’attentat évoque irrésistiblement ceux du 11 septembre 2001. Après un prologue haletant, l’auto-présentation de Vigo intrigue, intéresse, puis passionne quand le lecteur prend conscience que son « cas » semble être (encore) plus complexe qu’une « simple » maladie mentale.

Mais le roman s’embourbe assez vite dans ses histoires secondaires – amour-passion, amitié virile, découverte de soi dans un contexte de crise – et dans des clichés cent fois rebattus dans tous les thrillers littéraires ou cinématographiques, au point qu’après une centaine de pages le lecteur a plus l’impression de voir défiler une série B du type « TF1-le-dimanche-en-prime-time » que de vivre vraiment les péripéties des personnages – sans même parler d’y croire…

Une impression mitigée, donc, pour ce roman dont l’intrigue devrait être haletante, et dont au contraire on se désintéresse progressivement, jusqu’à donner franchement à sourire à la fin – à l’insu de son auteur, sans doute.

12
 

Arcade |
valentine63 |
Le portrait de la femme en ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | mespetitsmotspourtoi
| جولة...
| Hédonisme et Existentialisme