Lire, Voir, Ecouter…

Critiques littéraires, cinématographiques et musicales

Archive pour la catégorie 'Polar / thriller'

Chance – Kem Nunn

Posté : 9 février, 2017 @ 10:21 dans Livres, Polar / thriller | Pas de commentaires »

chanceQuatrième de couverture :

À San Francisco, la vie bien ordonnée du docteur Eldon Chance est en train de partir à vau-l’eau. À bientôt cinquante ans, le brillant neuropsychiatre récemment divorcé commence à trouver son quotidien ennuyeux. Ce vide est bientôt comblé par la soudaine fascination qu’il éprouve pour une de ses patientes, la très séduisante mais très instable Jaclyn Blackstone. Hélas pour lui, le mari de celle-ci, un flic corrompu et dangereux de la brigade criminelle, est d’une jalousie féroce et personne ne souhaite l’avoir pour ennemi. Peu à peu, l’obsession que Chance nourrit pour Jaclyn va l’entraîner dans une histoire autrement plus sombre et complexe que ce qu’il avait imaginé…
 
Hommage à Sueurs froides d’Alfred Hitchcock, le nouveau thriller de Kem Nunn pousse le suspense à son paroxysme. On retrouve avec bonheur son style fait d’humour et de lyrisme, ainsi que son exceptionnelle acuité psychologique dans un récit dérangeant et obsédant.

« Don’t judge a book by its cover », conseille un proverbe anglais, littéralement : « Ne juge pas un livre à sa couverture », l’équivalent de notre expression « Les apparences sont trompeuses ». Et en effet, à en juger par sa couverture ce roman avait tout pour me plaire : je suis une adoratrice de San Francisco en général et du Golden Gate en particulier, qui évoque pour moi de merveilleux souvenirs touristiques. Le fait que Chance soit publié chez Sonatine m’a fortement influencée aussi : j’ai dû lire une vingtaine de romans de cette maison d’édition, et j’en ai adoré la grande majorité. J’aime les polars et les thrillers, et plus encore les polars psychologiques. Un roman dont le personnage principal est un psy ne pouvait que m’attirer.

Pourtant je n’ai jamais réussi à m’intéresser vraiment à l’histoire de Chance, le héros mal nommé qui donne son titre au roman. Sa personnalité en est sûrement la cause principale : d’une mollesse et d’une indécision incroyables, il reçoit sur la tête un déluge de calamités de toutes sortes qui obligerait toute personne « normale » à réagir.  Lui semble attendre que les tuiles lui tombent sur la tête en espérant qu’elles ne lui feront pas trop mal ! Les anti-héros complètement dépassés par les événements provoquent souvent la sympathie du lecteur, et ils ont leur dynamique propre. Un personnage dépressif peut inspirer la compassion, et on lui souhaite de trouver de l’aide dans son entourage. Chance, lui, suscite plutôt l’irritation par sa façon d’hésiter toujours entre deux (mauvaises) solutions, de choisir la pire, puis de la regretter aussitôt. Un comble pour un psychiatre, censé aider ses patients à surmonter leurs propres démons intérieurs. En même temps, comment lui reprocher son manque de dynamisme, dans la mesure où chacune de ses initiatives se solde par une catastrophe supplémentaire ?

Les personnages secondaires sont plus intéressants : Carl, le vieil antiquaire noir et gay, qui semble très doué aussi pour s’attirer des ennuis ; D, le colosse au passé trouble qui inspire autant de crainte que de pitié ; Jean-Baptiste, le concierge‑photographe qui fait des portraits de grands malades mentaux et les expose dans le cabinet de Chance (qui les accepte avec son fatalisme habituel) ; Jaclyn / Jackie, la patiente à la double personnalité, à l’origine de bien des problèmes ; Blackstone, son mari, le flic supposé ripou, pervers et sadique… Eux ont des personnalités beaucoup plus marquées, et de ce fait on peut regretter qu’ils ne soient pas plus fouillés : on aimerait en apprendre davantage sur eux.

L’intrigue elle-même est riche et bien construite : il y a plusieurs histoires dans l’histoire, ne serait-ce que parce que chacun des personnages a le don de créer des problèmes apocalyptiques pour soi-même et pour son entourage ! C’est le meilleur aspect du roman, qui fait souvent sourire ou même éclater de rire : on a droit soudain à des scènes un peu too much qui évoquent presque la bande dessinée, et qui, en formant un contraste saisissant avec une narration trop morne, relancent joyeusement l’intérêt du roman. La scène finale est très dynamique, mais elle clôt un peu trop rapidement le roman : la fin est assez elliptique et laisse un goût d’inachevé.

Mon impression est donc mitigée : Chance est typiquement le genre de romans que je lis sans passion, mais avec un certain plaisir et sans jamais avoir la tentation d’en interrompre la lecture. Il s’agit quand même d’un polar bien ficelé, avec une intrigue et des personnages originaux et qui donne envie de connaître le fin mot de l’histoire. Mais il manque un peu d’âme pour que celle-ci soit vraiment palpitante.

Le jeu, t. 1 : Niveau 1 : Oserez-vous entrer ? – Anders De La Motte

Posté : 1 août, 2013 @ 12:22 dans Livres, Polar / thriller | 1 commentaire »

Le jeu, t. 1 : Niveau 1 : Oserez-vous entrer ?  - Anders De La Motte dans Livres jeu1-186x300Quatrième de couverture :

Henrik Pettersson, dit HP, la trentaine, vit de petits larcins en marge de la société suédoise. Lorsqu’il trouve dans le métro un portable dernier cri, son premier réflexe est de le revendre. Mais l’appareil affiche obstinément un message : « Tu veux jouer? » En cliquant sur « oui », Henrik ne se doute pas que ce « jeu » aux apparences innocentes va l’entrainer dans une escalade dont l’enjeu ultime pourrait être sa propre vie…

Rebecca Normén est l’exacte opposée de HP : sérieuse et rationnelle, elle a récemment été promue garde du corps. Tout irait pour le mieux dans sa vie si elle ne trouvait pas régulièrement des petits mots menaçants dans son casier. L’expéditeur en sait beaucoup trop long sur son passé. Mais que cherche-t-il? A jouer avec elle?

Les mondes de HP et Rebecca vont se rapprocher inexorablement. Mais si la réalité n’est qu’un jeu, qu’est ce qui est encore réel?

Ma critique :

J’aime bien les romans qui ont pour cadre un univers virtuel – jeu ou autre – parce qu’ils permettent souvent d’aborder des questions intéressantes sur la nature de la réalité : où commence-t-elle, où finit-elle, comment peut-on savoir si ce que l’on vit est bien réel ? Et surtout, quand on passe trop de temps dans un monde dit « irréel », ne finit-il pas par empiéter sur cette réalité ?

Ces questions ont été traitées abondamment dans la littérature de tous genres : un certain Platon évoquait déjà l’ambiguïté entre illusion et réalité dans son ouvrage La République (Ve s. av. J-C), avec son « allégorie de la caverne ». Beaucoup plus récemment, ce sujet a inspiré bon nombre d’auteurs de science-fiction, et ce bien avant que le monde virtuel devienne omniprésent dans notre quotidien au moyen d’outils de plus en plus sophistiqués. Philip K. Dick, décédé il y a plus de 30 ans, en était un grand spécialiste. Au cinéma, la trilogie Matrix abordait le même genre de questions.

En ce qui concerne Le jeu d’Anders De La Motte, la dernière phrase du quatrième de couverture suggère que cette ambiguïté est au centre de l’histoire. Or, il n’en est rien : elle se déroule entièrement dans un monde bien tangible, le téléphone ne servant que d’outil pour guider le jeune Henrik dans sa quête de reconnaissance. Car le jeune homme est un « adulescent » intelligent mais qui se cherche… mollement.

Rebecca a un caractère très différent mais ne semble pas plus apaisée : les deux personnages ont en effet vécu des événements pénibles au cours de leur enfance et de leur adolescence, qui influent douloureusement sur leur vie d’adulte. Les détails nous sont distillés au compte-gouttes jusqu’à la révélation finale, surprenante et très réussie. Cet aspect du roman m’a semblé plus intéressant que l’action proprement dite, qui évoque un peu trop à mon goût celle d’une série B américaine.

Le Jeu aborde au passage des questions très actuelles :  théorie du complot, usage abusif des nouvelles technologies, effets néfastes d’une starisation rapide et incontrôlée sur une personne un peu immature…

J’ai été un peu déçue par ce roman, dont j’attendais autre chose ; mais il n’en reste pas moins un thriller agréable à lire, que j’ai suivi sans passion mais sans ennui non plus.

Qui ? – Jacques Expert

Posté : 30 juillet, 2013 @ 11:10 dans Livres, Polar / thriller | Pas de commentaires »

Qui ? - Jacques Expert dans Livres qui1-190x300Quatrième de couverture :

1994, Carpentras, résidence pavillonnaire du Grand Chêne. Un lotissement où tout le monde connaît tout le monde, calme et sans histoires. Jusqu’à ce jour de mars, où la petite Laetitia Doussaint, est retrouvée violée et assassinée dans les bois alentours. Crime crapuleux dont l’auteur ne sera jamais identifié.

2013 : Quatre hommes s’apprêtent à regarder à la télé l’émission « Affaires non résolues », dont le thème, ce soir là, est le meurtre de Carpentras. Quatre hommes hantés par l’affaire depuis ce jour où ils ont retrouvé le corps de Laetitia. Tous étaient voisins à cette époque, tous habitaient la résidence du Grand Chêne. Durant l’heure que va durer l’émission, avec son lot de questions et de révélations, ceux-ci se souviennent. Leurs épouses également. Certains secrets reviennent à la surface, des suspicions anciennes, des non-dits. Au terme de l’heure que dure l’émission, le voile sera levé. L’un de nos quatre hommes est en effet bel et bien le coupable du viol et du meurtre de Laetitia. Mais qui ?

Ma critique :

Il est très difficile d’évoquer Qui ? devant d’éventuels futurs lecteurs sans en dire trop. C’est le cas de la plupart des romans de ce genre, mais dans ce cas précis l’opération est rendue particulièrement périlleuse par l’option choisie par son auteur :  du tout début jusqu’à la fin de l’histoire, c’est lui-même qui « en dit trop », révélant une somme d’informations excessive en apparence, si bien que le lecteur pense avoir découvert le coupable dès le deuxième chapitre. Puis, au troisième, pense s’être trompé : le coupable, c’est le protagoniste de ce chapitre… Ah non, en fait c’est celui du chapitre suivant !

La construction du roman est assez limpide, on la comprend dès les tous premiers chapitres : tout au long de cette soirée de 2013 où la télévision diffuse un numéro de « Affaires résolues » consacré à l’affaire Carpentras, on suit chacun des quatre suspects principaux au moyen de courts chapitres qui leur sont consacrés un par un. Chacun d’eux réagit d’une façon qui peut sembler « anormale » – voire suspecte – mais quoi de plus naturel ? Le drame qui a frappé la communauté presque 20 ans plus tôt continue encore de leur pourrir la vie.

En-dehors des chapitres consacrés à ces quatre personnages bien identifiés – ou huit si on compte leurs épouses respectives, beaucoup plus en retrait – il y a aussi les chapitres « Lui » et les chapitres « Elle », respectivement l’assassin et sa femme, qui eux ne sont jamais nommés. « Lui » est un des quatre protagonistes identifiés, et « Elle » a compris que son mari est le monstre qui a assassiné la petite fille. Les chapitres mêlant personnages nommés et anonymes se succèdent et tournent en boucle, donnant le vertige au pauvre lecteur qui essaye de recueillir des indices par lui-même mais se perd en route, confond les personnages, les anecdotes, ne sait plus qui a fait quoi et quand…

Bien que chaque nouvel indice semble apporter la révélation finale, il est bien sûr impossible de deviner l’identité du coupable avant que l’auteur nous l’ait désigné explicitement. Jacques Expert se livre à un petit jeu sadique avec son lecteur, en agitant la solution sous son nez (ou plutôt ses yeux écarquillés), puis en la lui retirant dès que sa victime croit l’avoir entraperçue ! Sadique, mais efficace : l’effet addictif est garanti, il semble humainement impossible de reposer ce livre avant d’en avoir fini la lecture ! C’est du grand art.

Je dois préciser que depuis que j’ai découvert les Éditions Sonatine, assez spécialisées dans le polar / thriller, je dévore leurs romans les uns après les autres et je suis très rarement déçue. Le Qui ? de Jacques Expert est pour le moment un de mes tout préférés, c’est dire !

Oh, my dear ! – T. J. Middleton

Posté : 26 juillet, 2013 @ 8:36 dans Humour, Livres, Polar / thriller | Pas de commentaires »

Oh, my dear ! - T. J. Middleton dans Humour oh_my_dear-188x300Quatrième de couverture :

Al Greenwood, 50 ans, est taxi dans un paisible petit village côtier d’Angleterre. C’est un homme qui a tout pour être heureux, et qui le serait certainement s’il n’était pas marié à l’encombrante Audrey. Aussi décide-t-il tout simplement un jour de s’en débarrasser en commettant le crime parfait. Le scénario est vite trouvé : profitant d’une des promenades quotidiennes de sa femme, il la précipitera du haut d’une falaise. Aussitôt dit, aussitôt fait, Al s’embusque sur le parcours habituel d’Audrey, surgit à son passage et la précipite dans le vide. Tout se passe comme prévu sauf… sauf qu’en rentrant chez lui, il tombe nez à nez avec sa femme qui lui annonce avoir exceptionnellement renoncé à sa petite ballade.

Si il n’a pas tué Audrey, qui est donc sa victime ? Et comment va-t-il déjouer la perspicacité des enquêteurs, dans cette petite communauté où tout le monde se connaît ? Quant à sa femme, qui commence à trouver son comportement étrange, ne faut-il pas qu’il s’en débarrasse très vite, avant qu’elle ne nourrisse trop de soupçons ? Mais cela ne fera-t-il pas de lui un tueur en série ? Commence alors pour Al un long cauchemar, dont il est encore très loin de soupçonner l’issue.  

Avec ce premier roman jubilatoire, T. J. Middleton nous propose un condensé d’humour noir très british doublé d’une intrigue palpitante.

Ma critique :

Crime (presque) parfait, humour noir, contexte anglais… Les promesses contenues dans le quatrième de couverture ne pouvaient que me tenter, en réunissant quelques unes des caractéristiques qui m’attirent le plus. La couverture est déjà tout un programme dans les genres humour noir et ambiance « so british » ! Sans même parler de la situation de départ, plus burlesque que terrifiante, malgré un aspect un peu hitchcockien…

Je dois dire que l’aspect humoristique du roman m’a un peu déçue : en partant d’une idée très percutante, l’auteur semble avoir hésité entre la parodie de polar et le polar tout court, avec une enquête criminelle plus ou moins sérieuse, et un personnage moins cynique qu’il n’y paraît au début.

Car Al va réagir fortement au semi-échec de son crime puisque, s’il s’est trompé de cible, il a bel et bien assassiné quelqu’un, une femme selon toute apparence. Il va suivre l’enquête de près, ne serait-ce que parce qu’il n’a pas le choix : il sera interrogé et sans doute soupçonné, à l’instar de ses concitoyens ; mais aussi parce qu’il est torturé par la crainte d’avoir tué une personne précise, qui a disparu depuis la nuit du drame, et à laquelle il était très attaché.

Dès lors, le roman prend une tournure plus psychologique : les craintes et remords de Al le poussent à évoluer quant à sa perception de son entourage, notamment en ce qui concerne son épouse rescapée.

Un des intérêts du roman réside d’ailleurs en la personnalité de son « héros », très difficile à cerner : Al se révèle parfois plus sensible qu’on ne l’aurait pensé puis, sans crier gare, commet des actes qui rappellent brusquement au lecteur sa véritable nature : il s’agit bien d’un être suffisamment cynique pour être capable de pousser sa femme du haut d’une falaise, juste pour « avoir la paix » – sans qu’on comprenne bien d’ailleurs ce que la pauvre Audrey a fait pour « mériter » une telle haine.

Autour du couple vedette, les voisins ne sont pas en reste : aucun d’eux n’a l’air « normal », et certains sembleraient plus à leur place dans un hôpital psychiatrique que dans un petit village anglais, si paisible en apparence ! Les connexions entre ces personnages hauts en couleur constituent un des meilleurs aspects du roman.

L’intrigue elle-même est bien faite, traînant un peu en longueur, mais pas au point de s’ennuyer et encore moins de se désintéresser de la révélation finale. Celle-ci est vraiment inattendue, et à mon avis très réussie : on y retrouve enfin le cynisme qu’on avait apprécié au début de l’histoire.

Oh, my dear ! est le premier roman de T. J. Middleton. On lui pardonnera donc ces quelques imperfections, d’autant que le résultat d’ensemble est suffisamment convaincant pour donner envie de suivre cet auteur qui semble très prometteur.

Les nymphéas noirs – Michel Bussi

Posté : 21 juillet, 2013 @ 1:53 dans Livres, Polar / thriller | Pas de commentaires »

Les nymphéas noirs - Michel Bussi dans Livres nympheas_noirs-186x300Quatrième de couverture :

Tout n’est qu’illusion, surtout quand un jeu de miroirs multiplie les indices et brouille les pistes. Pourtant les meurtres qui troublent la quiétude de Giverny, le village cher à Claude Monet, sont bien réels. Au cœur de l’intrigue, trois femmes : une fillette de onze ans douée pour la peinture, une institutrice redoutablement séduisante et une vieille femme aux yeux de hibou qui voit et sait tout. Et puis, bien sûr, une passion dévastatrice. Le tout sur fond de rumeur de toiles perdues ou volées, dont les fameux « Nymphéas noirs ». Perdues ou volées, telles les illusions quand passé et présent se confondent et que jeunesse et mort défient le temps. Un étonnant roman policier dont chaque personnage est une énigme.

Ma critique :

J’ai abordé la lecture de ce roman avec deux a priori très positifs : de Michel Bussi, son auteur, je n’avais lu qu’un roman - Un avion sans elle – qui m’avait fortement marquée. Ma seule crainte était que cet opus ne soit pas à la hauteur du précédent. Ensuite, j’aime beaucoup Monet,  l’impressionnisme, et plus généralement encore les romans centrés sur la peinture. J’avais donc toutes les chances d’apprécier Les nymphéas noirs.

J’étais encore loin du compte : j’ai adoré ce roman, au point de relire les premiers chapitres tout de suite après en avoir fini la lecture, pour rester encore un peu dans cette ambiance si particulière. Et un peu aussi pour aborder en connaissance de cause ce prologue assez mystérieux :

« Trois femmes vivaient dans un village. La première était méchante, la deuxième était menteuse, la troisième était égoïste. Elles possédaient pourtant un point commun, un secret en quelque sorte : toutes les trois rêvaient de fuir… »

Il s’agit d’une fillette de onze ans, d’une jolie institutrice et d’une vieille dame aux « yeux de hibou » qui voit tout, entend tout et raconte en partie le déroulement de l’intrigue. On se doute que toutes trois ont un lien avec le meurtre de Jérôme Morval, qui attire au village l’inspecteur Laurenç Salignac et son collègue Sylvio Bénavides. Mais il est particulièrement difficile d’en déterminer la nature, tant les informations sont distillées au compte-gouttes, ou plutôt par petites touches… impressionnistes.

Car l’impressionnisme est bien le fil rouge de ce roman, à plus d’un titre : la petite fille, Fanette, est obnubilée par Monet, l’institutrice encourage ses élèves à participer à un concours de peinture, et la vieille dame possède un tableau dont l’origine demeure mystérieuse. La victime elle-même était un collectionneur de tableaux, et rêvait de posséder un Monet. Dans ce village emblématique, la vie de chaque habitant semble conditionnée par l’ombre du grand peintre qui persiste à planer au-dessus de Giverny. De ce fait, il n’est pas surprenant que même le rythme de l’intrigue soit influencé par la peinture impressionniste…

Au cours du roman, on apprendra en outre bon nombre d’anecdotes sur Claude Monet et sur quelques autres peintres, notamment américains. L’auteur assure qu’elles sont toutes authentiques, seuls ses personnages sont fictionnels.

Il est impossible d’en dire plus sans déflorer la fin de l’histoire, ce qui constituerait un sacrilège ! Mais je ne peux que recommander la lecture de ce roman, et peut-être même sa relecture, pour des raisons que le lecteur ne comprendra qu’après avoir refermé son livre…

Hiver arctique – Arnaldur Indridason

Posté : 8 février, 2012 @ 9:30 dans Livres, Polar / thriller | 4 commentaires »

Hiver arctique - Arnaldur Indridason dans Livres Hiver_arctique-181x300Quatrième de couverture :

Comment peut-on poignarder un enfant ? Au cœur de l’hiver arctique, en Islande, un garçon d’origine thaïlandaise a été retrouvé assassiné. Il avait douze ans. Crime raciste ?

Le commissaire Erlendur mène l’enquête, s’acharne et s’embourbe. Il ne comprend plus ce peuple dur et égoïste qui s’obstine à survivre dans une nature hostile. L’absurdité du mal ordinaire lui échappe…

Ma critique :

Le titre de ce roman constitue déjà tout un programme : on ne s’attend pas à ce qu’il y règne chaleur, clarté et joie de vivre ! Et on n’est pas déçu : dans un contexte climatique extrême – un mois de janvier à Reykjavík, dans l’attente d’une tempête de neige – Erlendur tente de trouver le ou les meurtrier(s) d’un enfant de 10 ans que tout le monde semblait apprécier beaucoup. La seule caractéristique que l’on puisse « reprocher » au petit garçon est…  son origine : c’est un « étranger », en l’occurrence le fils d’un Islandais et d’une Thaïlandaise né en Islande.

Dès lors, l’enquête va s’orienter sur le crime raciste. En effet, dans l’entourage de la famille, certains voient d’un mauvais oeil la présence de tant de Thaïlandais. Parmi eux, un professeur de l’enfant assassiné, et certains élèves de son école.

Comme tout bon auteur de polar qui se respecte, Arnaldur Indridasson se sert de l’enquête fictive pour décrire son pays d’une façon particulièrement fine, aussi bien au niveau climatique que sociologique et politique. Tout en se sentant dépaysé, le lecteur du « continent » ne pourra s’empêcher de faire le lien avec son propre pays, quel qu’il soit, et reconnaîtra dans les réactions racistes de certains personnages des relents malheureusement tout aussi présents chez lui…

Ne les crois pas – Sebastian Fitzek

Posté : 7 janvier, 2012 @ 10:24 dans Livres, Polar / thriller | 3 commentaires »

Ne les crois pas - Sebastian Fitzek dans Livres 9782253158370-185x300Quatrième de couverture :

Yann May, un célèbre psychologue berlinois, est au téléphone avec Leoni, sa fiancée. La liaison est mauvaise. Pourtant il l’entend dire : « Ne les crois pas. Quoi qu’ils te disent… ne les crois pas… » Alors qu’il est encore en ligne, un policier sonne et lui annonce la mort accidentelle de Leoni, une heure plus tôt…

Huit mois ont passé. Ira Samin, une psychologue de la police, a décidé d’en finir. Mais, alors qu’elle s’apprête à passer à l’acte, un de ses collègues vient la chercher pour l’emmener dans une station de radio. Un forcené s’est retranché dans un studio et menace d’abattre ses otages.

Ma critique :

Le pitch est alléchant, les premiers chapitres ne le sont pas moins : écrit à la manière rapide et nerveuse d’un scénario, le roman nous embarque dès le départ dans une histoire qui mérite bien son appellation de thriller. La forme correspond d’ailleurs à ce genre : les chapitres sont assez courts et sautent d’un personnage à l’autre, dans la plus pure tradition des pages-turners. De plus, les personnages vivent des drames humains qui créent une certaine empathie pour eux et donnent d’autant plus envie de les suivre jusqu’au bout.

Mais à mesure que l’histoire se déroule, un certain nombre d’invraisemblances sautent aux yeux du lecteur, qui aura de plus en plus de mal à y croire. Le phénomène ne fait que s’aggraver, si bien qu’on finit le livre surtout par curiosité, pour voir comment l’auteur va « s’en sortir » plutôt que par intérêt réel pour le destin des protagonistes. Les scènes d’actions s’enchaînent à une telle allure vers la fin qu’on a plus l’impression de regarder un film hollywoodien que de lire un roman… allemand en l’occurrence !

Il n’en reste pas moins que Ne les crois pas offre un bon plaisir de lecture, parfait pour se détendre sans trop fatiguer ses neurones.

Comme une tombe – Peter James

Posté : 4 août, 2008 @ 1:24 dans Livres, Polar / thriller | 3 commentaires »

Comme une tombe - Peter JamesMichael Harrison est un homme heureux : il a cinq copains toujours prêts à faire les 400 coups avec lui, la société qu’il a créée avec l’un d’eux est de plus en plus prospère, et surtout, surtout, dans quatre jours il va épouser la femme de sa vie. Que rêver de mieux ?

Pourtant, ce soir, une rude épreuve l’attend : il va enterrer sa vie de garçon avec quatre de ses meilleurs amis. Il ne manque que Mark, son associé et l’organisateur de cette soirée, dont l’avion est en retard. Rien de grave a priori, si ce n’est que Michael a toujours eu un don particulier pour inventer des tours pendables, et qu’il a mis tous ses talents à contribution pour inventer des bizutages… originaux quand ses potes se sont mariés. Et ce soir, il craint un peu qu’ils lui fassent payer son humour très particulier…

Effectivement, les copains n’y vont pas de main-morte : après avoir fait la tournée des pubs dans une camionnette empruntée pour l’occasion, ils le conduisent dans une forêt, le placent dans un cercueil et l’enterrent dans une tombe qu’ils ont creusée la veille. Puis ils repartent en hurlant de rire, décidés à le laisser mariner deux bonnes heures avant de revenir le libérer. Mais le destin et l’alcool en décident autrement : quelques minutes plus tard, leur véhicule percute à grande vitesse une bétonnière. Bilan : trois morts et un blessé (très) grave.

Les chances de survie de Michael reposent désormais sur Mark, la seule personne vivante et consciente qui sache où se trouve le futur marié…

Comme une tombe est le premier roman de Peter James qui mette en scène le commissaire Roy Grace (le second étant La mort leur va si bien, également chroniqué sur ce blog). Doté par nature d’une grande empathie pour les victimes et leur famille, Grace est particulièrement sensible à la détresse d’Ashley, la fiancée de Michael : en effet, lui-même souffre depuis des années de la disparition soudaine de son épouse Sandy – toujours inexpliquée à la fin de La mort leur va si bien. Ce drame personnel, lié aux scrupules permanents du commissaire vis-à-vis des personnes qu’il doit interroger, en font un personnage vraiment charismatique, très loin de l’image souvent dure des « héros » de polars. Les personnages secondaires sont peut-être un peu moins convaincants, notamment son confrère et ami Glenn Branson, qui ressemble un peu trop au « meilleur copain du héros » typique des séries télévisées : superficiel, rigolo, un peu immature… et Black, comme pour respecter les quotas !

Mais ce roman est avant tout un thriller, et des meilleurs : bien rythmé, il tient en haleine du début à la fin, tout en respectant des temps de respiration pendant lesquels la psychologie des personnages est approfondie. Le pitch de départ, « attirant » dans la mesure où il correspond à une phobie récurrente, est bien développé et évolue d’une façon tout à fait inattendue.

Un excellent roman, supérieur peut-être à La mort leur va si bien. On attend avec impatience le troisième !

MàJ 25.07.13 : plusieurs mois après avoir lu ce livre et après l’avoir chroniqué, j’ai eu la chance de rencontrer Peter James au Salon du Livre de Paris. Ce monsieur est charmant, sympathique et très accessible. Au cours de notre discussion, il m’a raconté une anecdote assez terrifiante sur la conception de Comme une tombe : pour pouvoir décrire les angoisses d’un homme enterré vivant avec le maximum de réalisme possible, il s’est fait enfermer lui-même dans un cercueil pendant une demi-heure ! Je l’ai félicité pour son courage, précisant que je n’aurais jamais supporté une telle épreuve parce que je suis un peu claustrophobe, il m’a répondu : « Mais moi aussi je le suis ! Ça a été la pire demi-heure de ma vie ! ».

Quel courage et quel dévouement pour son art, quand même ! Rien que pour ça, il méritait le succès de son roman !

Shutter Island – Dennis Lehane

Posté : 30 juillet, 2008 @ 2:37 dans Livres, Polar / thriller | 2 commentaires »

Shutter Island - Dennis LehaneLes marshals Teddy Daniels et Chuck Aule se rendent en bateau sur Shutter Island. Cette île a pour particularité d’abriter l’hôpital psychiatrique Ashcliffe, qui a pour pensionnaires les malades mentaux les plus dangereux des Etats-Unis, la plupart ayant commis des meurtres atroces.

Une de ces malades, Rachel Solando, s’est évadée. Cette femme a noyé ses trois enfants, un à un, puis a installé leurs corps sur les chaises de la cuisine, comme si de rien n’était. Elle a toujours nié son acte, et même le fait que ses enfants soient morts.

Au-delà de l’ambiance angoissante, les deux marshalls sont intrigués : comment Solando a-t-elle réussi à s’échapper de sa cellule, bien évidemment verrouillée de l’extérieur ? Un tel « exploit » semble impossible sans la complicité d’un membre du personnel. Tous sont donc suspects aux yeux des enquêteurs. A commencer par le docteur Sheehan, qui a quitté l’île tôt le matin après l’arrivée des marshalls, au mépris de toutes les règles régissant une enquête. Mais il n’est pas le seul dont le comportement soit un peu trouble : le docteur Cawley, qui était le « thérapeute de première intervention » de Rachel Solando, ne semble pas très coopératif non plus. Et que penser du docteur Naehring, qui dès le premier contact provoque les deux hommes avec un discours décalé et agressif ? En fait, personne n’a l’air très content de la présence de Teddy et Chuck sur l’île. Ni très motivé pour retrouver la fugitive, d’ailleurs. Comme si des travaux plus importants occupaient les habitants de Shutter Island.

On ne peut pas dire que ce roman soit haletant : le rythme est assez lent, et beaucoup de passages semblent exagérément étirés. Voire inutiles, comme certains dialogues un peu interminables sur des sujets qui n’ont rien à voir avec l’intrigue. On s’ennuie donc parfois au cours de la lecture. Mais on est largement récompensé de notre patience grâce au dernier quart du roman, dont il est impossible de révéler le moindre élément sans gâcher complètement une fin éblouissante. Qui non seulement rachète les lenteurs du reste du roman, mais surtout les justifie !

Je n’en dirai pas plus, sinon : « Lisez ce roman, vous ne le regretterez pas ! »

Divine providence – Donald Westlake

Posté : 29 juillet, 2008 @ 2:39 dans Livres, Polar / thriller | Pas de commentaires »

Divine providence - Donald WestlakeFred Fitch, paisible documentaliste new-yorkais, est un spécialiste de l’arnaque. Non, ce n’est pas un escroc : malheureusement pour lui, il se trouve dans le mauvais camp, celui des arnaqués. Sa crédulité est pathologique, si bien qu’il distribue son argent sans compter à toute personne qui lui en fait la demande sous les prétextes les plus invraisemblables. Le pire, c’est qu’il est suffisamment intelligent pour avoir pleinement conscience de ses tares…

Sur ce, il apprend un jour qu’il vient d’hériter de la somme de… trois cent dix-sept mille dollars, de son oncle Matt. Le problème, c’est qu’il ne connaît pas cet oncle Matt, et n’en a même jamais entendu parler. Néanmoins, il accepte l’héritage et devient riche du jour au lendemain.

Il apprend alors que son oncle n’est pas mort (seulement) d’un cancer, comme on le lui avait dit, mais « aussi » d’un coup derrière la tête avec un objet contondant… Ce détail biographique, plus quelques autres liés à la réputation sulfureuse de son parent commencent à semer le doute dans l’esprit de Fitch : était-ce une bonne idée d’accepter une telle somme d’argent d’une personne dont il ne soupçonnait même pas l’existence ? Le doute ne fait que croître quand il est victime de divers incidents inédits (même) pour lui, comme se faire mitrailler par des gangsters, perdre l’amie qui l’hébergeait pour cause d’enlèvement, être suivi par une limousine quand il marche dans la rue, puis poursuivi par des gens à la mine patibulaire, au point de devoir jouer les cascadeurs pour les semer… Heureusement que ses amis sont là pour le soutenir ! Mais peut-on vraiment avoir des amis quand on est doté d’un compte en banque aussi fourni ? Et dans l’affirmative, comment séparer le bon grain de l’ivraie ?

Divine providence est avant tout une comédie : le personnage de Fred Fitch est à peu près aussi réaliste que celui de François Pignon dans nos latitudes, et sa principale ambition est de nous faire rire à ses dépens. La série d’arnaques dont il est victime, surtout au début de l’histoire, est impensable, au point que le lecteur est tenté de lui crier : « Mais ne lui donne pas d’argent, imbécile, c’est un escroc ! ». Les réflexions de Fitch, qui ne se fait plus aucune illusion sur lui-même, sont souvent savoureuses :

Désormais, quoi qu’il advienne, je ne pouvais compter que sur moi-même.
Ce n’était pas une pensée rassurante. J’avais conscience de mes capacités et de mes limites, et je savais laquelle des deux listes était la plus longue.
(p. 120)

Ou, quand il reçoit un tract lui demandant :

Avez-vous jamais été la victime d’un des dix-huit mille escrocs qui se livrent annuellement à leur néfaste activité aux Etats-Unis ?

Il répond en son for intérieur :

Ce n’était pas d’un des dix-huit mille escrocs que (moi, Fred Fitch, crétin honoraire) j’avais été victime, mais des dix-huit mille, sans compter ceux qui n’avaient pas été recensés ! (p. 223)

De son propre aveu, il est tout aussi dégourdi avec les femmes. Quand l’une d’elles s’installe chez lui sans lui demander son avis, il redoute la nuit qui arrive :

Je ne pensais qu’à mon lit, imaginant les dispositions qu’elle avait décidé de prendre pour la nuit. Je ne me considérais pas particulièrement puritain et si techniquement je n’étais pas puceau, mon abstinence durait depuis si longtemps que j’en étais revenu – du moins, à titre honorifique – à un état tout à fait virginal. Aussi, l’idée de sauter entre les draps en compagnie d’une ancienne strip-teaseuse (…) que je ne connaissais que depuis quelques heures (…) me paralysait. (p. 72)

Ce roman comporte donc beaucoup de scènes – d’action ou de réflexion – très amusantes. Mais la succession de gags finit par lasser un peu, d’autant que l’intrigue est assez mince. On sent que l’auteur lui-même la considère comme tout à fait secondaire par rapport aux portraits qu’il dresse de ses personnages, lesquels semblent sortir tout droit d’une BD, à l’instar du « héros ».

Une lecture agréable et sympathique, donc, mais qui ne laisse pas un souvenir impérissable, si ce n’est celui d’un bon moment de détente.

12
 

Arcade |
valentine63 |
Le portrait de la femme en ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | mespetitsmotspourtoi
| جولة...
| Hédonisme et Existentialisme