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Critiques littéraires, cinématographiques et musicales

Archive pour la catégorie 'Livres'

No et moi – Delphine de Vigan

Posté : 21 janvier, 2012 @ 7:18 dans Littérature générale, Livres | 5 commentaires »

No et moi - Delphine de Vigan dans Littérature générale No_et_moi-185x300Quatrième de couverture :

No et moi, c’est une rencontre merveilleuse avec Lou, adolescente surdouée de 13 ans. Coincée entre une mère à la dérive et un père qui force la bonne humeur, elle aborde sa 1ère année de lycée avec réticence et timidité jusqu’à sa rencontre avec No…

Un regard nouveau sur le monde des SDF, un mélange de clairvoyance et de naïveté sur la pauvreté. Une bulle de douceur.

Ma critique :

On s’attache immédiatement à Lou, cette petite fille surdouée mais trop intelligente pour entretenir de bonnes relations avec les enfants de son âge. Et on ne peut que compatir au malheur de No qui, à peine plus âgée que Lou, vit au jour le jour la dure réalité de la rue. Enfin, il y a Lucas, le camarade de classe de Lou, l’adolescent presque adulte qui connaît aussi un certain manque affectif, même si son isolement semble moins tragique que celui de No. Ces trois-là sont amis pour… la vie ? C’est du moins ce qu’ils pensent. Mais qu’est-ce que l’amitié à leur âge ? Ils le découvriront au cours de leur expérience commune.

En arrière-plan, il y a les parents de Lou : après le drame qui a frappé leur famille quelques années avant que ne démarre l’histoire, ils tentent laborieusement de surmonter leur chagrin, avec plus de réussite pour le père que pour son épouse. La rencontre avec No sera déterminante pour la cohésion de leur famille.

Le principal intérêt de ce roman réside en la relation complexe qui va se développer entre les cinq protagonistes principaux : amitié, amourette, désir, amour conjugal, parental et filial, voire empathie et / ou pitié… Chacun va découvrir les autres et se découvrir des sentiments et des ressources insoupçonnés jusqu’alors. Ces interactions vont permettre à chacun d’évoluer individuellement et collectivement.

On a beaucoup comparé ce roman à L’élégance du hérisson de Muriel Barbery, sans doute en référence au personnage principal : une surdouée d’une douzaine d’années et mal dans sa peau dans les deux cas. Mais No et moi fait plus enfantin, voire naïf, et pour tout dire on croit moins aux personnages qui, à l’exception de Lou, paraissent un peu transparents. Les différentes péripéties (dont on ne dévoilera rien) semblent parfois assez tirées par les cheveux, à la limite du crédible. Mais la lecture de ce roman reste agréable et sympathique, et donne à réfléchir sur divers sujets de société – dont bien sûr celui des sans-abris.

Le cas Sneijder – Jean-Paul Dubois

Posté : 14 janvier, 2012 @ 11:33 dans Littérature générale, Livres | Pas de commentaires »

Le cas Sneijder - Jean-Paul Dubois dans Littérature générale cas_sneijder2-204x300Quatrième de couverture :

Victime d’un terrible, et rarissime, accident d’ascenseur dans une tour de Montréal, Paul Sneijder découvre, en sortant du coma, qu’il en est aussi l’unique survivant : sa fille bien-aimée, Marie, est morte avec les autres passagers. Commence alors pour Paul Sneijder une étrange retraite spirituelle qui le conduit à remettre toute son existence en question. Tout lui devient peu à peu indifférent jusqu’au jour où, à la recherche d’un job, il tombe sur l’annonce qui va lui sauver la vie…

Ma critique :

Ce roman baigne dans une étrange atmosphère : l’horrible accident qui fait basculer la vie de Sneijder est tragique sans ambiguïté, et on s’attend à assister à la lente résurrection psychologique d’un homme brisé, aux deux sens du terme.

Le « cas Sneijder » est beaucoup plus complexe. Avant même l’accident, certains éléments de la vie de ce personnage renseignent sur la faiblesse de son caractère, notamment au détriment de sa fille. On ne devrait donc pas être étonné que, après le drame, son deuil prenne une tournure aussi… atypique : au lieu de développer une phobie des ascenseurs, il se passionne pour l’histoire et la technique de cet accessoire urbain, qu’il semble peu à peu idolâtrer plutôt que rejeter. Puis il se reconvertit professionnellement d’une façon pour le moins surprenante, et semble y trouver un certain plaisir teinté de dégoût.

Ce dernier point résume à lui tout seul le dernier roman de Jean-Paul Dubois : le personnage principal semble « incompréhensible », aussi bien pour son entourage que pour le lecteur. On ne comprend ni sa passivité excessive, ni ses choix souvent masochistes en apparence – comme s’il voulait se punir de la mort de sa fille alors que lui-même a survécu -, en tous les cas ses motivations demeurent mystérieuses. C’est sans doute la raison pour laquelle on a du mal à s’intéresser à son sort : le seul sentiment fort qu’il inspire au lecteur est une énorme envie de le secouer pour qu’il se défende contre un entourage abject – trop abject, d’ailleurs, pour qu’on y croie vraiment – qui ne fait que l’enfoncer dans son malheur. La mollesse du « héros » et le caractère extrême des autres personnages empêchent une réelle immersion dans le roman, qui par ailleurs ne manque pas d’intérêt de façon ponctuelle.

Ne les crois pas – Sebastian Fitzek

Posté : 7 janvier, 2012 @ 10:24 dans Livres, Polar / thriller | 3 commentaires »

Ne les crois pas - Sebastian Fitzek dans Livres 9782253158370-185x300Quatrième de couverture :

Yann May, un célèbre psychologue berlinois, est au téléphone avec Leoni, sa fiancée. La liaison est mauvaise. Pourtant il l’entend dire : « Ne les crois pas. Quoi qu’ils te disent… ne les crois pas… » Alors qu’il est encore en ligne, un policier sonne et lui annonce la mort accidentelle de Leoni, une heure plus tôt…

Huit mois ont passé. Ira Samin, une psychologue de la police, a décidé d’en finir. Mais, alors qu’elle s’apprête à passer à l’acte, un de ses collègues vient la chercher pour l’emmener dans une station de radio. Un forcené s’est retranché dans un studio et menace d’abattre ses otages.

Ma critique :

Le pitch est alléchant, les premiers chapitres ne le sont pas moins : écrit à la manière rapide et nerveuse d’un scénario, le roman nous embarque dès le départ dans une histoire qui mérite bien son appellation de thriller. La forme correspond d’ailleurs à ce genre : les chapitres sont assez courts et sautent d’un personnage à l’autre, dans la plus pure tradition des pages-turners. De plus, les personnages vivent des drames humains qui créent une certaine empathie pour eux et donnent d’autant plus envie de les suivre jusqu’au bout.

Mais à mesure que l’histoire se déroule, un certain nombre d’invraisemblances sautent aux yeux du lecteur, qui aura de plus en plus de mal à y croire. Le phénomène ne fait que s’aggraver, si bien qu’on finit le livre surtout par curiosité, pour voir comment l’auteur va « s’en sortir » plutôt que par intérêt réel pour le destin des protagonistes. Les scènes d’actions s’enchaînent à une telle allure vers la fin qu’on a plus l’impression de regarder un film hollywoodien que de lire un roman… allemand en l’occurrence !

Il n’en reste pas moins que Ne les crois pas offre un bon plaisir de lecture, parfait pour se détendre sans trop fatiguer ses neurones.

L’homme qui voulait vivre sa vie – Douglas Kennedy

Posté : 21 août, 2008 @ 11:59 dans Littérature générale, Livres | 4 commentaires »

L'homme qui voulait vivre sa vie - Douglas KennedyBen Bradford a tout pour être heureux, aussi bien au niveau professionnel que privé : associé dans un cabinet d’avocats réputé de Wall Street, il gagne très bien sa vie. Suffisamment bien pour que son épouse, Beth, ait pu arrêter de travailler pour se consacrer pleinement à sa passion : l’écriture. Ils ont deux adorables bambins : Jack, quatre ans, et Josh, cinq mois. Que demander de mieux ?

Mais bien sûr, Ben n’est pas heureux. D’abord, il n’a jamais souhaité devenir avocat. Il n’a entrepris des études de droit que contraint et forcé par son père, qui se préoccupait de l’avenir du jeune homme à un niveau plus matérialiste que romantique… De crainte de se voir couper les vivres, le jeune homme n’a eu d’autre choix que de renoncer à sa seule vraie passion : la photographie. Arrivé à l’aube de la quarantaine, et bien des années après la mort de son père, Ben rage encore d’avoir sacrifié son hobby et ses ambitions artistiques au profit du confort matériel.

Son mariage ne se porte guère mieux : Beth et lui ne s’entendent plus guère. Elle semble même lui reprocher de l’avoir encouragée à cesser son activité professionnelle au profit de l’écriture, sous prétexte qu’elle n’est jamais parvenue à faire publier un seul de ses romans. Pour le punir de Dieu sait quoi, elle se réfugie régulièrement dans un mutisme absolu qui l’affecte encore plus que leurs disputes. Et Ben n’est pas encore au bout de ses peines, loin de là ! Quand il découvrira à quel point son avenir conjugal est compromis, sa réaction viscérale fera basculer sa vie en quelques minutes…

Ce billet ne vous apprendra rien de plus sur la suite de l’histoire, pour éviter de la « spoiler », c’est-à-dire de vous gâcher l’effet de surprise. Malheureusement l’éditeur a eu moins de scrupules à ce sujet… C’est pourquoi si ce résumé vous donne envie d’acheter ou d’emprunter L’homme qui voulait vivre sa vie, un bon conseil : ne lisez pas le quatrième de couverture, qui en révèle beaucoup trop !

Comme son titre l’indique, l’ambivalence entre nos aspirations de jeunesse et les dures réalités de la vie active constitue le thème principal de ce roman. Les personnages ne sont pas des martyrs, et ils ont bien conscience que beaucoup de leurs compatriotes aimeraient être à leur place. En même temps, ils ont perdu toutes leurs illusions de jeunesse et savent que s’ils ne font pas « quelque chose » pendant qu’il est encore temps, ils finiront totalement aigris. On leur a empêché de vivre leur vie comme ils le souhaitaient, et ils tentent désespérément de redresser la barre – au moins en partie…

L’homme qui voulait vivre sa vie est un très bon roman, facile et agréable à lire – sans les lourdeurs qu’on pouvait reprocher au Charme discret de la vie conjugale – mais sans sacrifier à la facilité : en racontant une histoire qui mêle habilement chronique familiale et thriller, Douglas Kennedy dénonce au passage pas mal des « vices » de la société dans laquelle il vit, et où personne n’est jamais tout à fait bon ni tout à fait mauvais. Les « méchants » et les « gentils » semblent ne pas exister de son point de vue, il n’y a que des gens normaux qui se débrouillent comme ils peuvent avec leur situation familiale, sociale et professionnelle. Ce sens de la nuance fait de ses romans des oeuvres riches à plus d’un titre, qui soulèvent bon nombre de questions sur la société américaine… et sur la nôtre puisque, en dépit d’un préjugé tenace, nous vivons tout de même sur la même planète !

A lire pour se distraire, s’évader dans des contrées que même les Américains méconnaissent souvent, et pour réfléchir – un peu…

Comme une tombe – Peter James

Posté : 4 août, 2008 @ 1:24 dans Livres, Polar / thriller | 3 commentaires »

Comme une tombe - Peter JamesMichael Harrison est un homme heureux : il a cinq copains toujours prêts à faire les 400 coups avec lui, la société qu’il a créée avec l’un d’eux est de plus en plus prospère, et surtout, surtout, dans quatre jours il va épouser la femme de sa vie. Que rêver de mieux ?

Pourtant, ce soir, une rude épreuve l’attend : il va enterrer sa vie de garçon avec quatre de ses meilleurs amis. Il ne manque que Mark, son associé et l’organisateur de cette soirée, dont l’avion est en retard. Rien de grave a priori, si ce n’est que Michael a toujours eu un don particulier pour inventer des tours pendables, et qu’il a mis tous ses talents à contribution pour inventer des bizutages… originaux quand ses potes se sont mariés. Et ce soir, il craint un peu qu’ils lui fassent payer son humour très particulier…

Effectivement, les copains n’y vont pas de main-morte : après avoir fait la tournée des pubs dans une camionnette empruntée pour l’occasion, ils le conduisent dans une forêt, le placent dans un cercueil et l’enterrent dans une tombe qu’ils ont creusée la veille. Puis ils repartent en hurlant de rire, décidés à le laisser mariner deux bonnes heures avant de revenir le libérer. Mais le destin et l’alcool en décident autrement : quelques minutes plus tard, leur véhicule percute à grande vitesse une bétonnière. Bilan : trois morts et un blessé (très) grave.

Les chances de survie de Michael reposent désormais sur Mark, la seule personne vivante et consciente qui sache où se trouve le futur marié…

Comme une tombe est le premier roman de Peter James qui mette en scène le commissaire Roy Grace (le second étant La mort leur va si bien, également chroniqué sur ce blog). Doté par nature d’une grande empathie pour les victimes et leur famille, Grace est particulièrement sensible à la détresse d’Ashley, la fiancée de Michael : en effet, lui-même souffre depuis des années de la disparition soudaine de son épouse Sandy – toujours inexpliquée à la fin de La mort leur va si bien. Ce drame personnel, lié aux scrupules permanents du commissaire vis-à-vis des personnes qu’il doit interroger, en font un personnage vraiment charismatique, très loin de l’image souvent dure des « héros » de polars. Les personnages secondaires sont peut-être un peu moins convaincants, notamment son confrère et ami Glenn Branson, qui ressemble un peu trop au « meilleur copain du héros » typique des séries télévisées : superficiel, rigolo, un peu immature… et Black, comme pour respecter les quotas !

Mais ce roman est avant tout un thriller, et des meilleurs : bien rythmé, il tient en haleine du début à la fin, tout en respectant des temps de respiration pendant lesquels la psychologie des personnages est approfondie. Le pitch de départ, « attirant » dans la mesure où il correspond à une phobie récurrente, est bien développé et évolue d’une façon tout à fait inattendue.

Un excellent roman, supérieur peut-être à La mort leur va si bien. On attend avec impatience le troisième !

MàJ 25.07.13 : plusieurs mois après avoir lu ce livre et après l’avoir chroniqué, j’ai eu la chance de rencontrer Peter James au Salon du Livre de Paris. Ce monsieur est charmant, sympathique et très accessible. Au cours de notre discussion, il m’a raconté une anecdote assez terrifiante sur la conception de Comme une tombe : pour pouvoir décrire les angoisses d’un homme enterré vivant avec le maximum de réalisme possible, il s’est fait enfermer lui-même dans un cercueil pendant une demi-heure ! Je l’ai félicité pour son courage, précisant que je n’aurais jamais supporté une telle épreuve parce que je suis un peu claustrophobe, il m’a répondu : « Mais moi aussi je le suis ! Ça a été la pire demi-heure de ma vie ! ».

Quel courage et quel dévouement pour son art, quand même ! Rien que pour ça, il méritait le succès de son roman !

Shutter Island – Dennis Lehane

Posté : 30 juillet, 2008 @ 2:37 dans Livres, Polar / thriller | 2 commentaires »

Shutter Island - Dennis LehaneLes marshals Teddy Daniels et Chuck Aule se rendent en bateau sur Shutter Island. Cette île a pour particularité d’abriter l’hôpital psychiatrique Ashcliffe, qui a pour pensionnaires les malades mentaux les plus dangereux des Etats-Unis, la plupart ayant commis des meurtres atroces.

Une de ces malades, Rachel Solando, s’est évadée. Cette femme a noyé ses trois enfants, un à un, puis a installé leurs corps sur les chaises de la cuisine, comme si de rien n’était. Elle a toujours nié son acte, et même le fait que ses enfants soient morts.

Au-delà de l’ambiance angoissante, les deux marshalls sont intrigués : comment Solando a-t-elle réussi à s’échapper de sa cellule, bien évidemment verrouillée de l’extérieur ? Un tel « exploit » semble impossible sans la complicité d’un membre du personnel. Tous sont donc suspects aux yeux des enquêteurs. A commencer par le docteur Sheehan, qui a quitté l’île tôt le matin après l’arrivée des marshalls, au mépris de toutes les règles régissant une enquête. Mais il n’est pas le seul dont le comportement soit un peu trouble : le docteur Cawley, qui était le « thérapeute de première intervention » de Rachel Solando, ne semble pas très coopératif non plus. Et que penser du docteur Naehring, qui dès le premier contact provoque les deux hommes avec un discours décalé et agressif ? En fait, personne n’a l’air très content de la présence de Teddy et Chuck sur l’île. Ni très motivé pour retrouver la fugitive, d’ailleurs. Comme si des travaux plus importants occupaient les habitants de Shutter Island.

On ne peut pas dire que ce roman soit haletant : le rythme est assez lent, et beaucoup de passages semblent exagérément étirés. Voire inutiles, comme certains dialogues un peu interminables sur des sujets qui n’ont rien à voir avec l’intrigue. On s’ennuie donc parfois au cours de la lecture. Mais on est largement récompensé de notre patience grâce au dernier quart du roman, dont il est impossible de révéler le moindre élément sans gâcher complètement une fin éblouissante. Qui non seulement rachète les lenteurs du reste du roman, mais surtout les justifie !

Je n’en dirai pas plus, sinon : « Lisez ce roman, vous ne le regretterez pas ! »

Divine providence – Donald Westlake

Posté : 29 juillet, 2008 @ 2:39 dans Livres, Polar / thriller | Pas de commentaires »

Divine providence - Donald WestlakeFred Fitch, paisible documentaliste new-yorkais, est un spécialiste de l’arnaque. Non, ce n’est pas un escroc : malheureusement pour lui, il se trouve dans le mauvais camp, celui des arnaqués. Sa crédulité est pathologique, si bien qu’il distribue son argent sans compter à toute personne qui lui en fait la demande sous les prétextes les plus invraisemblables. Le pire, c’est qu’il est suffisamment intelligent pour avoir pleinement conscience de ses tares…

Sur ce, il apprend un jour qu’il vient d’hériter de la somme de… trois cent dix-sept mille dollars, de son oncle Matt. Le problème, c’est qu’il ne connaît pas cet oncle Matt, et n’en a même jamais entendu parler. Néanmoins, il accepte l’héritage et devient riche du jour au lendemain.

Il apprend alors que son oncle n’est pas mort (seulement) d’un cancer, comme on le lui avait dit, mais « aussi » d’un coup derrière la tête avec un objet contondant… Ce détail biographique, plus quelques autres liés à la réputation sulfureuse de son parent commencent à semer le doute dans l’esprit de Fitch : était-ce une bonne idée d’accepter une telle somme d’argent d’une personne dont il ne soupçonnait même pas l’existence ? Le doute ne fait que croître quand il est victime de divers incidents inédits (même) pour lui, comme se faire mitrailler par des gangsters, perdre l’amie qui l’hébergeait pour cause d’enlèvement, être suivi par une limousine quand il marche dans la rue, puis poursuivi par des gens à la mine patibulaire, au point de devoir jouer les cascadeurs pour les semer… Heureusement que ses amis sont là pour le soutenir ! Mais peut-on vraiment avoir des amis quand on est doté d’un compte en banque aussi fourni ? Et dans l’affirmative, comment séparer le bon grain de l’ivraie ?

Divine providence est avant tout une comédie : le personnage de Fred Fitch est à peu près aussi réaliste que celui de François Pignon dans nos latitudes, et sa principale ambition est de nous faire rire à ses dépens. La série d’arnaques dont il est victime, surtout au début de l’histoire, est impensable, au point que le lecteur est tenté de lui crier : « Mais ne lui donne pas d’argent, imbécile, c’est un escroc ! ». Les réflexions de Fitch, qui ne se fait plus aucune illusion sur lui-même, sont souvent savoureuses :

Désormais, quoi qu’il advienne, je ne pouvais compter que sur moi-même.
Ce n’était pas une pensée rassurante. J’avais conscience de mes capacités et de mes limites, et je savais laquelle des deux listes était la plus longue.
(p. 120)

Ou, quand il reçoit un tract lui demandant :

Avez-vous jamais été la victime d’un des dix-huit mille escrocs qui se livrent annuellement à leur néfaste activité aux Etats-Unis ?

Il répond en son for intérieur :

Ce n’était pas d’un des dix-huit mille escrocs que (moi, Fred Fitch, crétin honoraire) j’avais été victime, mais des dix-huit mille, sans compter ceux qui n’avaient pas été recensés ! (p. 223)

De son propre aveu, il est tout aussi dégourdi avec les femmes. Quand l’une d’elles s’installe chez lui sans lui demander son avis, il redoute la nuit qui arrive :

Je ne pensais qu’à mon lit, imaginant les dispositions qu’elle avait décidé de prendre pour la nuit. Je ne me considérais pas particulièrement puritain et si techniquement je n’étais pas puceau, mon abstinence durait depuis si longtemps que j’en étais revenu – du moins, à titre honorifique – à un état tout à fait virginal. Aussi, l’idée de sauter entre les draps en compagnie d’une ancienne strip-teaseuse (…) que je ne connaissais que depuis quelques heures (…) me paralysait. (p. 72)

Ce roman comporte donc beaucoup de scènes – d’action ou de réflexion – très amusantes. Mais la succession de gags finit par lasser un peu, d’autant que l’intrigue est assez mince. On sent que l’auteur lui-même la considère comme tout à fait secondaire par rapport aux portraits qu’il dresse de ses personnages, lesquels semblent sortir tout droit d’une BD, à l’instar du « héros ».

Une lecture agréable et sympathique, donc, mais qui ne laisse pas un souvenir impérissable, si ce n’est celui d’un bon moment de détente.

Tabarly – Yann Queffélec

Posté : 21 juillet, 2008 @ 4:18 dans Livres | 2 commentaires »

Tabarly - Yann QueffélecEric Tabarly existait vraiment : Yann Queffélec l’a rencontré. Il a même eu l’insigne honneur de naviguer toute une journée avec lui, à l’âge de 14 ans. Eric n’avait pas encore gagné sa première Transat (il s’en fallait de dix ans !), il n’était donc pas encore une vedette internationale, ni même nationale, mais à un niveau local il avait déjà une certaine réputation, du genre : « ce petit jeune ira loin ! ». Et en effet…

Eric Tabarly a tout gagné : la fameuse transat anglaise, nommée Ostar à l’époque, avec Pen Duick II ; le Fastnet (et tant d’autres !) avec Pen Duick III ; Los Angeles-Honolulu avec Pen Duick IV ; la Transpacifique avec Pen Duick V, avec 10 jours d’avance sur le second, si bien qu’à son arrivée personne ne l’attendait ; la transat anglaise pour la deuxième fois avec Pen Duick VI, un ketch conçu pour être manoeuvré par 14 équipiers… costauds ; il a battu le record de traversée de l’Atlantique avec Paul Ricard, détenu par un certain Charlie Barr depuis… 1905 !

A l’instar de la majorité des Français, Yann Queffélec aime et admire Eric Tabarly, et il ne se prive pas de l’écrire. Car plus encore que ses exploits sportifs, c’est le caractère atypique du champion qui étonne, attire, amuse parfois, fascine toujours. Qui n’a pas souri en « entendant » les longs silences d’Eric au cours d’une interview ? Ricané en remarquant le regard inquiet du journaliste télévisé qui honnit les « blancs », dont Tabarly s’était fait une spécialité ? Et qui n’a pas admiré la modestie du bonhomme qui, arrivé en tête d’une course avec plusieurs jours d’avance sur le second, commente sobrement : « Ça s’est bien passé… » ?

Au-delà de son admiration pour le personnage, Yann Queffélec ne se contente pas d’en dépeindre la biographie. Il n’est pas romancier pour rien, même dans ce témoignage-hommage éloigné de ses oeuvres habituelles. Les propos sont lyriques, parfois un peu trop, mais la plupart du temps ils aident bien à appréhender le caractère mystérieux du marin, ne serait-ce que parce que l’auteur est lui aussi breton, et a lui aussi rêvé d’exploits maritimes dans sa prime jeunesse. Mais comme il le précise lui-même, la comparaison s’arrête là. Et pour mieux nous en convaincre, l’auteur entrecoupe sa biographie de récits autobiographiques, mettant en parallèle les exploits de Tabarly et ses propres aventures juvéniles. Effectivement, il n’y a pas photo : autant tout réussissait à Eric, même jeune, autant le futur écrivain avait un don pour attirer sur ses bateaux, ses coéquipiers et lui-même toutes les catastrophes que la mer peut dispenser ! Certaines anecdotes évoquent d’ailleurs plus un film avec Pierre Richard qu’un récit vécu, et ces coupures, un peu irritantes au début, sont finalement bienvenues, dans la mesure où elles tranchent avec l’histoire presque trop idéale des exploits tabarlyens. Presque, puisque, selon la belle expression de Queffélec, le 13 juin 1998, « quelque chose lui arriva… ».

Le « Tabarly » de Yann Queffélec est un superbe hommage, peut-être plus destiné aux lecteurs qui connaissent déjà la carrière d’Eric Tabarly – même superficiellement – qu’à ceux qui souhaiteraient la découvrir. Mais ce livre est à conseiller aux uns et aux autres, dans la mesure où il permet d’appréhender un être vraiment exceptionnel, un des rares sans doute dont la légende n’est pas usurpée.

Echo Park – Michael Connelly

Posté : 21 juillet, 2008 @ 11:02 dans Livres, Polar / thriller | 2 commentaires »

Echo Park - Michael ConnellyParmi toutes les enquêtes – résolues ou non – qu’il a effectuées, il en est une qui obsède particulièrement Harry Bosch : celle qui concerne la jeune Marie Gesto, disparue en 1993 à l’âge de 22 ans. L’inspecteur et son adjoint de l’époque, Jerry Edgar, n’ont retrouvé que sa voiture, abandonnée dans le box du garage d’un building. Sur le siège avant, ses vêtements, soigneusement pliés et empilés, renforcent encore le pessimisme des enquêteurs quant à leurs chances de retrouver la jeune fille saine et sauve…

Pour Harry, une seule évidence : la personne responsable de la disparition de Marie n’a pas choisi ce box au hasard. Le criminel savait qu’il correspondait à un appartement libre, et qu’ainsi la voiture ne serait pas retrouvée immédiatement. L’inspecteur a donc cherché en priorité parmi les gens qui pouvaient avoir connaissance de ce détail, et ses soupçons se sont assez vite portés sur un jeune homme d’une riche famille, ex-fiancé de la dernière locataire. Mais malgré tous ses efforts, Harry n’a jamais trouvé quoi que ce soit de probant à son encontre.

Treize ans plus tard, Bosch n’a pas baissé les bras au sujet de l’affaire Gesto, et ressort régulièrement son dossier pour le compulser en détail, espérant toujours y trouver l’indice qui lui aurait échappé les fois précédentes. Un appel téléphonique d’un de ses confrères fait renaître cet espoir : il a besoin de ce dossier pour le procureur Rick O’Shea, qui travaille sur le cas de Raynard Waits, un serial killer coupable de la mort de neuf personnes, dont sûrement celle de Marie Gesto. Le criminel est prêt à faire des aveux complets et à indiquer l’emplacement où il a enterré ses victimes, en échange d’une peine à perpétuité au lieu de la peine de mort.

Harry assiste à ces aveux qui ne le convainquent qu’à moitié, même quand Waits leur fournit des détails que seule la police connaissait. Même quand il leur propose de les conduire au lieu où il l’a enterrée treize ans plus tôt. Mais l’inspecteur ne s’abuse-t-il pas lui-même ? N’est-il pas aveuglé par le dépit de s’être focalisé pendant toutes ces années sur un seul suspect, au point d’avoir peut-être négligé des indices qu’il avait sous les yeux ?

Echo Park est un polar comme on les aime, avec tous les ingrédients qui nous scotchent à un livre jusqu’à la dernière page : l’enquête est parfaitement construite, avec des rebondissements nombreux mais qui semblent néanmoins réalistes (pas de Deus ex machina chez Connelly), et des personnages principaux auxquels on s’attache de plus en plus à mesure qu’on découvre leur personnalité, ainsi que des bribes de leur passé. Harry Bosch gagne encore en humanité dans ce roman, par son obsession pour ce dossier dont la résolution n’ajouterait rien à sa gloire. S’il s’acharne depuis treize ans à chercher l’assassin de la jeune Marie Gesto, c’est d’abord par empathie pour la jeune fille, mais aussi et surtout pour pouvoir un jour révéler la vérité à ses parents, quelle qu’elle soit, et leur permettre, le cas échéant, de commencer leur travail de deuil.

L’enfance de l’inspecteur est évoquée à plusieurs reprises au cours de l’histoire, procédé qui contribue aussi à humaniser un personnage tout en attendrissant le lecteur – surtout quand cette enfance est aussi peu réjouissante : fils d’une prostituée, Harry a été placé en foyer dès son plus jeune âge ; au moment où sa mère avait enfin décidé de le récupérer, elle s’est fait assassiner. On n’avait pas retrouvé le coupable, avant qu’Harry Bosch lui-même, devenu adulte et policier, reprenne le dossier et résolve le mystère.

Cet opus nous fait le plaisir d’accueillir un personnage déjà connu  – et particulièrement charismatique, qui viendra aider Harry à s’y retrouver dans les méandres du dossier Gesto. On n’en dira pas plus, pour préserver la surprise…

La mort leur va si bien – Peter James

Posté : 12 juillet, 2008 @ 12:09 dans Livres, Polar / thriller | 164 commentaires »

La mort leur va si bien - Peter James

Janie Stretton, jeune stagiaire dans un cabinet d’avocat, sort du travail particulièrement stressée : elle doit amener son chat chez le vétérinaire, et être prête pour son rendez-vous de 20h30, avec un homme qu’elle connaît depuis peu de temps mais qui a beaucoup d’exigences…

Tom Bryce est un chef d’entreprise de 36 ans, marié avec deux petits enfants, dont la vie privée et professionnelle périclite un peu depuis quelque temps. En rentrant en train du travail, comme il le fait tous les jours, il est importuné par son voisin de banquette qui hurle dans son téléphone portable. A l’arrivée du train, le voyageur peu discret quitte les lieux rapidement, et oublie sur place un CD. Tom récupère le disque, et plus tard le visionne chez lui dans l’espoir de retrouver son propriétaire pour le lui rendre. Il va tomber sur un site web qui lui projette une vidéo d’une violence insoutenable. Tom veut croire qu’il ne s’agit que d’une bande-annonce d’un film particulièrement gore, mais il n’arrive pas à s’en convaincre tout à fait.

Le lendemain, au cours d’une promenade matinale, une dame reçoit de son chien une offrande dont elle se serait bien passée : l’animal lui rapporte, bien serrée dans sa gueule… une main. Plus tard, la police trouvera dans le même champ le reste du corps, en pièces détachées, dans un sac poubelle. Presque tout y est : il ne manque que la tête du cadavre. C’est le commissaire Roy Grace qui va mener l’enquête, un commissaire un peu sur la sellette, à la suite de quelques incidents dont la presse a fait ses choux gras. Il n’a désormais plus droit à l’erreur, sous peine de mise au placard…

« La mort leur va si bien » est un excellent thriller, dans la mesure où il remplit parfaitement le « cahier des charges » de ce genre de littérature : on lit le roman d’une traite avec une certaine avidité et beaucoup de plaisir, et il est très difficile de reposer le livre avant de l’avoir fini. Il a aussi les défauts de ce genre : les personnages sont assez superficiels, au point qu’on n’arrive jamais vraiment à ressentir de l’empathie pour le « héros » de l’histoire, Roy Grace, pourtant mis à rude épreuve tout au long du récit. Les personnages secondaires sont aussi trop esquissés et un peu clichés, à l’image de son collègue et ami Glenn Branson, un Noir décontracté et rigolard qui écoute du rap à fond dans sa voiture tout en conduisant comme un fou… On peut aussi reprocher un final spectaculaire mais sans réelle surprise, à l’image de beaucoup de films d’action. L’ensemble du roman évoque d’ailleurs un scénario, sans doute à dessein : quel auteur ne rêve pas de voir son roman adapté au cinéma ?

Un bilan très positif dans l’ensemble pour ce roman, qui remplit parfaitement sa mission : captiver le lecteur de la première à la dernière page, quitte à ne pas laisser un souvenir impérissable par la suite.

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