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Archive pour la catégorie 'Littérature générale'

L’homme qui voulait vivre sa vie – Douglas Kennedy

Posté : 21 août, 2008 @ 11:59 dans Littérature générale, Livres | 4 commentaires »

L'homme qui voulait vivre sa vie - Douglas KennedyBen Bradford a tout pour être heureux, aussi bien au niveau professionnel que privé : associé dans un cabinet d’avocats réputé de Wall Street, il gagne très bien sa vie. Suffisamment bien pour que son épouse, Beth, ait pu arrêter de travailler pour se consacrer pleinement à sa passion : l’écriture. Ils ont deux adorables bambins : Jack, quatre ans, et Josh, cinq mois. Que demander de mieux ?

Mais bien sûr, Ben n’est pas heureux. D’abord, il n’a jamais souhaité devenir avocat. Il n’a entrepris des études de droit que contraint et forcé par son père, qui se préoccupait de l’avenir du jeune homme à un niveau plus matérialiste que romantique… De crainte de se voir couper les vivres, le jeune homme n’a eu d’autre choix que de renoncer à sa seule vraie passion : la photographie. Arrivé à l’aube de la quarantaine, et bien des années après la mort de son père, Ben rage encore d’avoir sacrifié son hobby et ses ambitions artistiques au profit du confort matériel.

Son mariage ne se porte guère mieux : Beth et lui ne s’entendent plus guère. Elle semble même lui reprocher de l’avoir encouragée à cesser son activité professionnelle au profit de l’écriture, sous prétexte qu’elle n’est jamais parvenue à faire publier un seul de ses romans. Pour le punir de Dieu sait quoi, elle se réfugie régulièrement dans un mutisme absolu qui l’affecte encore plus que leurs disputes. Et Ben n’est pas encore au bout de ses peines, loin de là ! Quand il découvrira à quel point son avenir conjugal est compromis, sa réaction viscérale fera basculer sa vie en quelques minutes…

Ce billet ne vous apprendra rien de plus sur la suite de l’histoire, pour éviter de la « spoiler », c’est-à-dire de vous gâcher l’effet de surprise. Malheureusement l’éditeur a eu moins de scrupules à ce sujet… C’est pourquoi si ce résumé vous donne envie d’acheter ou d’emprunter L’homme qui voulait vivre sa vie, un bon conseil : ne lisez pas le quatrième de couverture, qui en révèle beaucoup trop !

Comme son titre l’indique, l’ambivalence entre nos aspirations de jeunesse et les dures réalités de la vie active constitue le thème principal de ce roman. Les personnages ne sont pas des martyrs, et ils ont bien conscience que beaucoup de leurs compatriotes aimeraient être à leur place. En même temps, ils ont perdu toutes leurs illusions de jeunesse et savent que s’ils ne font pas « quelque chose » pendant qu’il est encore temps, ils finiront totalement aigris. On leur a empêché de vivre leur vie comme ils le souhaitaient, et ils tentent désespérément de redresser la barre – au moins en partie…

L’homme qui voulait vivre sa vie est un très bon roman, facile et agréable à lire – sans les lourdeurs qu’on pouvait reprocher au Charme discret de la vie conjugale – mais sans sacrifier à la facilité : en racontant une histoire qui mêle habilement chronique familiale et thriller, Douglas Kennedy dénonce au passage pas mal des « vices » de la société dans laquelle il vit, et où personne n’est jamais tout à fait bon ni tout à fait mauvais. Les « méchants » et les « gentils » semblent ne pas exister de son point de vue, il n’y a que des gens normaux qui se débrouillent comme ils peuvent avec leur situation familiale, sociale et professionnelle. Ce sens de la nuance fait de ses romans des oeuvres riches à plus d’un titre, qui soulèvent bon nombre de questions sur la société américaine… et sur la nôtre puisque, en dépit d’un préjugé tenace, nous vivons tout de même sur la même planète !

A lire pour se distraire, s’évader dans des contrées que même les Américains méconnaissent souvent, et pour réfléchir – un peu…

Les charmes discrets de la vie conjugale – Douglas Kennedy

Posté : 28 juin, 2008 @ 6:39 dans Littérature générale, Livres | 1 commentaire »

Les charmes discrets de la vie conjugaleHannah n’a que 15 ans quand son père est arrêté et brièvement incarcéré pour ses activités militantes contre la guerre du Vietnam, incident qui le rend célèbre du jour au lendemain. Et elle n’a que 19 ans quand elle rencontre Dan, son futur mari, à l’université où elle étudie. Contrairement à son père, elle n’a aucun goût pour la contestation sociale et politique : épouser son bel étudiant en médecine constitue son idéal de vie, au grand dam de son artiste de mère qui lui reproche amèrement son conformisme.

Comme prévu, Hannah va épouser Dan et s’efforcer d’être avant tout une bonne épouse, puis une bonne mère, souvent au détriment de ses aspirations personnelles. Les diverses concessions qu’elle sera amenée à faire lui porteront préjudice à plus d’un titre : mépris de sa mère, doutes existentiels et mélancolie chronique seront le lot quotiden de la jeune femme. Jusqu’au jour où elle se laisse aller à une unique incartade dont les conséquences, effrayantes sur le moment, se révèleront plus légères que prévu. Mais l’effet boomerang sera d’autant plus spectaculaire qu’il aura pris tout son temps pour se manifester… 

Les 200 premières pages de ce roman sont consacrées à la présentation des personnages, puis à une chronique douce-amère de leur quotidien familial et professionnel. Le premier événement vraiment « romanesque » survient au moment où le lecteur, résigné ou exaspéré –  selon son tempérament -, ne l’attendait même plus. On peut en effet reprocher à Douglas Kennedy une entrée en matière exagérément longue, même si l’abondance des informations fournies dans la première partie nous aide par la suite à comprendre les agissements des protagonistes, et plus particulièrement celui d’Hannah. Mais l’action retombe très vite après cet épisode, et on devra encore faire preuve d’un peu de patience avant que l’histoire explose en un crescendo spectaculaire, d’autant plus impressionnant qu’on avait fini par s’habituer à ce rythme « plan-plan » !

Malgré les apparences, on ne s’ennuie jamais vraiment en lisant ce roman, même si on est parfois agacé par sa lenteur : l’auteur a assez de talent pour maintenir notre attention en toutes circonstances, quel que soit l’événement – ou le non-événement – qu’il nous raconte par la  »voix » de sa narratrice Hannah. Mais l’intérêt principal de ce récit qui recouvre plusieurs décennies réside surtout dans le fait qu’à travers la famille Buchan, on assiste à l’évolution de la société américaine de la fin des années 60 aux années 2000. Sur un plan historique et politique, bien sûr, de la guerre du Vietnam aux années « Patriot Act » générées par les attentats du 11 septembre ; mais aussi sur le plan des mentalités, dans une société qui hésite entre conservatisme et désir de s’émanciper.

Un des aspects les plus réussis du roman est l’évocation du conflit des générations « à l’envers » auquel Hannah et ses parents sont confrontés : coincée entre un père célèbre pour ses prises de position contestataires et par une mère artiste peintre renommée pour son audace artistique, la rebellion de la jeune fille consiste à adopter un comportement désespérément classique. Hannah elle-même le reconnaît en ces termes : « Mes parents ne m’ont jamais imposé d’heures limites, ne m’ont jamais dit comment je devais m’habiller, n’ont jamais été après moi pour que je range ma chambre, mais il est vrai que je rentrais assez tôt, que le style hippie ne me disait rien, et que mes quartiers étaient bien plus en ordre que les leurs. » Quelques décennies plus tard, elle-même aura du mal à comprendre ses propres enfants, trop conformes aux idées engendrées par leur époque pour son goût.

« Les charmes discrets de la vie conjugale » est un bon roman dans l’ensemble qui, malgré ses défauts liés au rythme de la narration, laisse un souvenir suffisamment positif pour donner envie de découvrir le reste de l’oeuvre de Douglas Kennedy. Ceci n’est sans doute pas le dernier billet consacré à cet auteur !

Je l’aimais – Anna Gavalda

Posté : 18 juin, 2008 @ 10:17 dans Littérature générale, Livres | 3 commentaires »

gavalda.jpgAdrien est parti avec « une autre », laissant sa femme Chloé et leurs deux petites filles seules et désespérées. Les parents d’Adrien semblent tout aussi malheureux pour elles, et sans doute un peu confus de l’attitude de leur fils. Devant le  désarroi de sa belle-fille, Pierre décide de l’emmener avec ses enfants dans leur maison familiale, pour leur éviter de reprendre tout de suite contact avec la réalité, dans un quotidien parisien qui, désormais, se passera sans « lui ».

Isolé avec sa belle-fille et ses petites-filles, Pierre, habituellement bougon et taciturne, se met enfin à parler. D’abord pour aider Chloé à se confier, pour la consoler, parfois la houspiller un peu. Puis pour se confier lui-même. Le mutique devient rapidement moulin à paroles, et se révèlera sous un jour très différent de celui sous lequel sa famille croyait le connaître.

Ce roman se lit d’une traite, et pas seulement parce qu’il est court (150 pages écrites en gros caractères). L’histoire est linéaire, respectant presque l’unité de temps, de lieu et d’action, si on excepte les toutes premières pages. La forme, constituée essentiellement de dialogues, facilite la lecture et pousse le lecteur à progresser d’une façon continue.

D’autre part, ce huis-clos entre deux personnes qui n’avaient jusque là jamais eu de vrai contact est très prenant. On se doute dès le début que sous l’aspect monolithique de Pierre se cache une personnalité beaucoup plus intéressante qu’il n’y paraît, et on a envie de le découvrir peu à peu, au gré de ses confidences. Et on n’est pas déçu : si son « secret » est finalement assez banal, il s’intègre parfaitement dans le contexte ambiant, et apporte un éclairage fort différent sur le drame familial que vivent Chloé et ses enfants.

Je l’aimais constitue donc une lecture très agréable, parfois enrichissante et jamais ennuyeuse.

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