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Critiques littéraires, cinématographiques et musicales

Archive pour la catégorie 'Films'

Seven – David Fincher

Posté : 13 août, 2008 @ 7:03 dans Films | 2 commentaires »

SevenL’inspecteur William Somerset (Morgan Freeman) n’est plus qu’à 7 jours de la retraite. Après 31 ans de bons et loyaux services, il a vu toutes les horreurs possibles et imaginables. Du moins le croit-il…

L’inspecteur David Mills (Brad Pitt), lui, fait figure de novice avec ses 5 ans d’expérience dans la police criminelle, et – circonstance agravante – en province. Ambitieux, il frétille d’impatience à l’idée de remplacer Somerset, qui visiblement ne l’apprécie guère. Son épouse Tracy (Gwyneth Paltrow) est nettement moins enthousiaste : l’ambiance de la grande ville l’angoisse et la déprime. Mais, considèrant que la carrière de son mari passe avant tout, elle prend son mal en patience.

Pour ses premiers pas dans ce nouveau contexte, Mills est servi : Somerset et lui doivent enquêter sur un meurtre particulièrement répugnant. La victime est éléphantesque, et son agonie, longue et douleureuse, semble être liée à la fois à son embonpoint et à la notion de gourmandise, inscrite comme une signature auprès du cadavre.

D’autres meurtres tout aussi atroces suivront, tous en rapport avec un des 7 péchés capitaux : paresse, orgueil, gourmandise, luxure, avarice, colère, envie. Les inspecteurs sont bien conscients que cette série macabre ne s’interrompra qu’après la 7ème victime. Ils doivent donc retrouver le serial killer au plus vite.

Seven mérite plus qu’aucun autre film le titre de « thriller » : l’angoisse, déjà bien présente au début de l’histoire, croît à mesure que de nouveaux meurtres sont commis, sans que la tension nerveuse ne retombe jamais – même au cours des scènes les plus calmes en apparence. La dernière partie, dont on croit deviner le contenu assez vite, se révèle totalement inattendue et provoque un profond sentiment de malaise qui perdure bien après l’apparition du générique de fin.

La violence est bien sûr omniprésente tout au long du film, mais d’une façon plus psychologique que visuelle : les images vraiment difficiles à supporter sont rares, proportionnellement à l’horreur des actes évoqués.

Les acteurs contribuent beaucoup à la réussite du film : Morgan Freeman, égal à lui-même, campe un personnage riche et complexe, qui a perdu ses illusions mais a conservé pour les victimes une empathie digne d’un débutant, sous son masque de vieux flic blasé. Brad Pitt est très convaincant aussi en jeune loup aux dents longues qui découvre le quotidien d’un inspecteur de police dans une grande ville américaine… Le binôme fonctionne parfaitement avec ces deux acteurs dénués de cabotinage malgré leur célébrité, qui ne tentent jamais de tirer la couverture à soi.

Seven est donc un excellent thriller, à déconseiller aux âmes trop sensibles, mais qu’on recommandera vivement à tout amateur de ce genre, dans la mesure où il en constitue un des meilleurs représentants !

Memento – Christopher Nolan

Posté : 17 juillet, 2008 @ 5:53 dans Films | 5 commentaires »

MementoLeonard Shelby (Guy Pearce) souffre d’une amnésie « antérograde », c’est-à-dire d’une perte de la mémoire courte. Sa maladie est dûe à un drame qui a brisé sa vie : sa femme a été violée et tuée par deux agresseurs. Alors qu’il essayait de lui porter secours, l’un d’eux l’a violemment frappé à la tête. A son réveil, sa femme agonisait, et lui-même sombrait dans le chagrin et la maladie.

Il n’a plus qu’une raison de vivre : retrouver les assassins de sa femme et les tuer. Il mène l’enquête lui-même, mais à grand-peine, en raison de son handicap qui lui fait tout oublier en quelques minutes à peine : ce qu’il voit, entend, les gens qu’il rencontre, les lieux qu’il visite… Dans ces conditions, comment suivre le fil des événements, au cours de cette chasse à l’homme qui serait déjà délicate pour une personne « normale » ?

Leonard a trouvé le truc : il note tout, prend des tonnes de Polaroïds, et s’innonde lui-même de photos et de messages écrits, allant jusqu’à faire tatouer les plus importants d’entre eux sur sa peau. Mais peut-il avoir une totale confiance en ces documents ? Ainsi qu’en Teddy (Joe Pantoliano), son seul ami, qui l’aide dans sa quête ? Et même en ses souvenirs antérieurs à « l’incident », supposés intacts ?

La mémoire est un thème en or pour le cinéma, particulièrement pour les thrillers : quoi de plus troublant que l’impression que la réalité nous échappe, que nos souvenirs nous trahissent ? Les années 2000 ont d’ailleurs largement exploité ce filon, avec des films tels que La mémoire dans la peau (et ses suites), Mémoire effacée, Paycheck, Cypher et tant d’autres… Dans Memento, le sujet est exploité à fond, tant au niveau du fond que de la forme : non content de raconter l’histoire d’un amnésique dont les souvenirs sont – pour le moins – parcellaires, Christopher Nolan a choisi de nous présenter les faits sous forme de courtes scènes elle-mêmes fragmentaires, et dans un ordre… antechronologique.

Faut-il le préciser ?  Memento est un film qui demande beaucoup d’attention de la part du spectateur, particulièrement au cours du premier quart d’heure pendant lequel il se sentira sans doute « largué », avant de comprendre que les scènes se déroulent à l’envers ! Mais très vite le puzzle se met en place, les pièces s’agencent intelligemment, et c’est un régal de comprendre au fur et à mesure telle réplique qui paraissait insensée, telle action qu’on avait interprétée de travers, et surtout de suivre le cheminement de la pensée de cet homme, elle-même tout aussi morcellée et rétroactive. Saluons au passage l’excellente interprétation de Guy Pearce, sobre et expressive à la fois.

Memento est particulièrement réussi, de la première à la dernière minute… et cette formule va au-delà de la simple expression : si la première minute du film nous scotche immédiatement sur notre fauteuil, la dernière nous force à y demeurer un certain temps encore, pour reconstituer mentalement le scénario et mieux en apprécier toutes les ficelles. Un second visionnage – au moins – ne sera sans doute pas de trop pour y parvenir, étant donnée la complexité de l’histoire. Un film à voir et à revoir d’urgence !

Le charme discret de la bourgeoisie – Luis Buñuel

Posté : 15 juillet, 2008 @ 1:32 dans Films | 3 commentaires »

Le charme discret de la bourgeoisieMonsieur et Madame Thévenot (Paul Frankeur et Delphine Seyrig), Florence (Bulle Ogier), la soeur de cette dernière, et Don Rafael (Fernando Rey) sonnent à la porte d’une belle maison d’allure très bourgeoise. Ils sont « reçus » par Alice Sénéchal (Stéphane Audran), qui se déclare stupéfaite de cette visite impromptue. Les Thévenot le sont tout autant : les Sénéchal les avaient pourtant invités à dîner ce soir-là ! Mais non, assure Mme Sénéchal : c’était pour demain soir ! D’ailleurs, Monsieur Sénéchal (Jean-Pierre Cassel) n’est même pas présent ce soir, alors imaginez donc !

Ce quiproquo peu spectaculaire constitue pourtant le fil rouge du Charme discret de la bourgeoisie : tout au long de l’histoire, les six amis tenteront désespérément de manger ensemble, en principe chez les Sénéchal, mais aussi au restaurant, sans succès. Même boire un verre dans un salon de thé leur posera des problèmes insurmontables. Les raisons les plus improbables les empêcheront de se livrer à cette activité on ne peut plus banale : veillée funèbre, rupture de stock de thé et de café, intervention de l’armée, arrestation par la police, attaque à main armée par des terroristes… Entretemps, on aura fait la connaissance d’un évêque reconverti dans le jardinage, d’un lieutenant obsédé par le souvenir de sa mère trop tôt disparue, de trafiquants de drogue d’allure pourtant fort respectable, et surtout de grands rêveurs, dont les rêves se confondent avec le récit « réel »… pour autant que la réalité joue le moindre rôle dans ce film absurde à souhait.

Au-delà des situations rocambolesques, tous les éléments concourent à renforcer l’aspect surréaliste de l’histoire : les dialogues, plats et convenus, semblent tout droit sortis d’une pièce de Ionesco, particulièrement de sa célèbre Cantatrice chauve. Les réflexions les plus banales engendrent au sein du petit groupe un intérêt qui semble disproportionné, voire un fou-rire tout aussi incongru. Le décor lui-même semble faux, parce que « trop vrai », trop cliché, comme celui d’un théâtre qui aurait été créé par un artiste manquant d’imagination. C’est d’ailleurs bien sur la scène d’un théâtre que les personnages se retrouveront tous, à leur insu, au cours d’un de leurs dîners ratés. Mais n’y étaient-ils pas depuis le début ? Où finit le rêve et où commence la réalité, dans cet univers où tous deux s’entrecroisent en permanence ?

Le charme discret de la bourgeoisie est bien sûr une satire sociale grinçante, mais c’est avant tout un chef-d’oeuvre d’humour souvent très noir - la mort y étant omniprésente, sous des formes très diverses. Un régal à redécouvrir d’urgence !

Et l’homme créa la femme (Stepford wives)

Posté : 7 juillet, 2008 @ 8:43 dans Films | Pas de commentaires »

Et l'homme créa la femme (Stepford's wives)Joanna Eberhart (Nicole Kidman) est une star de la télévision spécialisée dans les émissions de télé-réalité particulièrement trash. Au cours d’un enregistrement public, un jeune homme victime d’un de ses « concepts » tire sur la présentatrice, après avoir laissé quelques victimes derrière lui. Joanna est saine et sauve, mais elle est tenue pour responsable de cet incident, et congédiée séance tenante. A la suite de ce choc, elle tombe dans une profonde dépression.

Son mari Walter (Matthew Broderick) organise alors le déménagement de toute la famille dans la charmante petite ville de Stepford, un lieu de rêve où les maisons sont grandes et belles, où les pelouses sont impeccablement entretenues, et où la criminalité n’existe pas. Autre fait remarquable : les femmes de Stepford sont toutes jolies, sexys, perpétuellement souriantes ; elles ne vivent que pour faire les courses, cuisiner, ranger et nettoyer leur maison, et d’une façon générale pour faire la joie et la fierté de leurs maris respectifs. Ceux-ci passent tous leurs loisirs dans le Club des Hommes de Stepford, auquel ces dames n’ont évidemment pas accès.

Seuls trois habitants de Stepford semblent s’étonner de ce mode de vie d’un autre âge : Joanna elle-même, sa voisine Bobbie (Bette Middler), aussi piètre maîtresse de maison que brillant écrivain, et Roger (Roger Bart), qui vient de s’établir avec son compagnon avec lequel il forme le seul couple homosexuel de la communauté. A force de chercher à comprendre, les trois compères vont trouver des éléments de réponse… à leur détriment bien sûr.

Et l’homme créa la femme est une adaptation du roman Les femmes de Stepford d’Ira Levin, auteur entre autres de Rosemary’s baby (terreur à base de magie noire) et d’Un bonheur insoutenable (politique-fiction dans la veine de 1984). C’est dire que l’univers de ce romancier n’est pas particulièrement bucolique, et Les femmes de Stepford ne fait pas exception à la règle : l’atmosphère du roman est oppressante dès l’emménagement de la famille Eberhart à Stepford, et l’angoisse du lecteur croît avec celle du personnage principal. Rien de tel dans la version cinématographique : le suspens est remplacé par une farce grossière, si bien que le sort des personnages nous indiffère totalement. Par ailleurs, le thème des villes de banlieue américaines, avec leur façade asceptisée et leurs habitants nettement moins brillants, est traité avec une telle grossièreté que l’aspect « critique sociale » tombe complètement à plat. On est loin du film Edward aux mains d’argent ou de la série TV Desperate Housewives, dans lesquels ce thème était évoqué avec bonheur.

Il n’y a donc pas grand-chose à sauver dans ce film, si ce n’est le plaisir de retrouver de bons acteurs, tels Nicole Kidman, Christopher Walken, Bette Midler ou Glenn Close. On remarquera aussi la présence de Roger Bart, qui jouait le rôle du pharmacien amoureux de Bree dans Desperate Housewives. Mais on regrettera aussi que de si bons comédiens se commettent dans de tels navets…

 

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