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Critiques littéraires, cinématographiques et musicales

Archive pour le 9 février, 2017

Chance – Kem Nunn

Posté : 9 février, 2017 @ 10:21 dans Livres, Polar / thriller | Pas de commentaires »

chanceQuatrième de couverture :

À San Francisco, la vie bien ordonnée du docteur Eldon Chance est en train de partir à vau-l’eau. À bientôt cinquante ans, le brillant neuropsychiatre récemment divorcé commence à trouver son quotidien ennuyeux. Ce vide est bientôt comblé par la soudaine fascination qu’il éprouve pour une de ses patientes, la très séduisante mais très instable Jaclyn Blackstone. Hélas pour lui, le mari de celle-ci, un flic corrompu et dangereux de la brigade criminelle, est d’une jalousie féroce et personne ne souhaite l’avoir pour ennemi. Peu à peu, l’obsession que Chance nourrit pour Jaclyn va l’entraîner dans une histoire autrement plus sombre et complexe que ce qu’il avait imaginé…
 
Hommage à Sueurs froides d’Alfred Hitchcock, le nouveau thriller de Kem Nunn pousse le suspense à son paroxysme. On retrouve avec bonheur son style fait d’humour et de lyrisme, ainsi que son exceptionnelle acuité psychologique dans un récit dérangeant et obsédant.

« Don’t judge a book by its cover », conseille un proverbe anglais, littéralement : « Ne juge pas un livre à sa couverture », l’équivalent de notre expression « Les apparences sont trompeuses ». Et en effet, à en juger par sa couverture ce roman avait tout pour me plaire : je suis une adoratrice de San Francisco en général et du Golden Gate en particulier, qui évoque pour moi de merveilleux souvenirs touristiques. Le fait que Chance soit publié chez Sonatine m’a fortement influencée aussi : j’ai dû lire une vingtaine de romans de cette maison d’édition, et j’en ai adoré la grande majorité. J’aime les polars et les thrillers, et plus encore les polars psychologiques. Un roman dont le personnage principal est un psy ne pouvait que m’attirer.

Pourtant je n’ai jamais réussi à m’intéresser vraiment à l’histoire de Chance, le héros mal nommé qui donne son titre au roman. Sa personnalité en est sûrement la cause principale : d’une mollesse et d’une indécision incroyables, il reçoit sur la tête un déluge de calamités de toutes sortes qui obligerait toute personne « normale » à réagir.  Lui semble attendre que les tuiles lui tombent sur la tête en espérant qu’elles ne lui feront pas trop mal ! Les anti-héros complètement dépassés par les événements provoquent souvent la sympathie du lecteur, et ils ont leur dynamique propre. Un personnage dépressif peut inspirer la compassion, et on lui souhaite de trouver de l’aide dans son entourage. Chance, lui, suscite plutôt l’irritation par sa façon d’hésiter toujours entre deux (mauvaises) solutions, de choisir la pire, puis de la regretter aussitôt. Un comble pour un psychiatre, censé aider ses patients à surmonter leurs propres démons intérieurs. En même temps, comment lui reprocher son manque de dynamisme, dans la mesure où chacune de ses initiatives se solde par une catastrophe supplémentaire ?

Les personnages secondaires sont plus intéressants : Carl, le vieil antiquaire noir et gay, qui semble très doué aussi pour s’attirer des ennuis ; D, le colosse au passé trouble qui inspire autant de crainte que de pitié ; Jean-Baptiste, le concierge‑photographe qui fait des portraits de grands malades mentaux et les expose dans le cabinet de Chance (qui les accepte avec son fatalisme habituel) ; Jaclyn / Jackie, la patiente à la double personnalité, à l’origine de bien des problèmes ; Blackstone, son mari, le flic supposé ripou, pervers et sadique… Eux ont des personnalités beaucoup plus marquées, et de ce fait on peut regretter qu’ils ne soient pas plus fouillés : on aimerait en apprendre davantage sur eux.

L’intrigue elle-même est riche et bien construite : il y a plusieurs histoires dans l’histoire, ne serait-ce que parce que chacun des personnages a le don de créer des problèmes apocalyptiques pour soi-même et pour son entourage ! C’est le meilleur aspect du roman, qui fait souvent sourire ou même éclater de rire : on a droit soudain à des scènes un peu too much qui évoquent presque la bande dessinée, et qui, en formant un contraste saisissant avec une narration trop morne, relancent joyeusement l’intérêt du roman. La scène finale est très dynamique, mais elle clôt un peu trop rapidement le roman : la fin est assez elliptique et laisse un goût d’inachevé.

Mon impression est donc mitigée : Chance est typiquement le genre de romans que je lis sans passion, mais avec un certain plaisir et sans jamais avoir la tentation d’en interrompre la lecture. Il s’agit quand même d’un polar bien ficelé, avec une intrigue et des personnages originaux et qui donne envie de connaître le fin mot de l’histoire. Mais il manque un peu d’âme pour que celle-ci soit vraiment palpitante.

 

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