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Critiques littéraires, cinématographiques et musicales

Archive pour février, 2017

« Arrête avec tes mensonges » – Philippe Besson

Posté : 20 février, 2017 @ 11:22 dans Littérature générale, Livres | Pas de commentaires »

arrete_mensongesQuatrième de couverture :

Quand j’étais enfant, ma mère ne cessait de me répéter : « Arrête avec tes mensonges ». J’inventais si bien les histoires, paraît-il, qu’elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J’ai fini par en faire un métier, je suis devenu romancier.

Aujourd’hui, voilà que j’obéis enfin à ma mère : je dis la vérité. Pour la première fois. Dans ce livre.

Autant prévenir d’emblée : pas de règlement de comptes, pas de violence, pas de névrose familiale.
Mais un amour, quand même.
Un amour immense et tenu secret.
Qui a fini par me rattraper.

À travers le récit autobiographique d’un amour de jeunesse, Philippe Besson met en scène un combat implacable entre vérité et mensonge.

Au cours d’une interview dans un lieu public, le narrateur aperçoit un jeune homme qu’il pense reconnaître. Il se précipite pour le rattraper et vérifier son identité. L’homme se retourne, et…

Ce narrateur, c’est Philippe Besson lui-même, comme il nous l’indique avec élégance dès les premières lignes  :

Un jour, je peux dire quand exactement, je connais la date, avec précision, un jour je me trouve dans le hall d’un hôtel, dans une ville de province, un hall qui fait office de bar également, je suis assis dans un fauteuil, je discute avec une journaliste, entre nous une table basse, ronde, la journaliste m’interroge au sujet de mon roman, Se résoudre aux adieux, qui vient de sortir, (…)

Se résoudre aux adieux est bien un roman de Philippe Besson, paru aux éditions Julliard en juillet 2006. Le lecteur curieux ou connaisseur pourra donc authentifier l’événement et même le dater avec une relative précision. Dès lors, l’aspect autobiographique du récit ne fait plus aucun doute.

A moins bien sûr qu’il ne s’agisse d’un subterfuge pour nous donner l’illusion de la réalité. L’auteur serait alors très joueur et se donnerait beaucoup de peine pour donner le change, car tout au long du roman, de nombreuses précisions biographiques et bibliographiques émailleront le récit, qui nous permettront de le « pister » au cours de sa carrière. Nous admettrons donc que cet opus, désigné officiellement comme un roman, est en fait un récit autobiographique assumé, le premier du genre pour Philippe Besson.

Il s’agit d’une histoire d’amour entre deux lycéens. Deux garçons. Vers le milieu des années 80. En 2017, et particulièrement pour les très jeunes gens, il n’est sûrement pas facile de briser la barrière des préjugés. A cette époque, dans un village, cela devait paraître insurmontable.

En 1984, le jeune Philippe est un élève modèle qui fait la fierté de ses parents. Pourtant il ne semble pas avoir une image de lui-même très valorisante. Même avec le recul, l’adulte semble porter un regard désabusé et un peu cruel sur l’adolescent qu’il était :

J’ai dix-sept ans.
Je ne sais pas que je n’aurai plus jamais dix-sept ans (…)

Je suis élève en terminale C au lycée Élie-Vinet de Barbezieux.
Ça n’existe pas, Barbezieux. (…)

Enfin, qui se rappelle les terminales C ? On dit S aujourd’hui, je crois. Même si ce sigle ne recouvre pas la même réalité. (…)

Donc je suis d’une époque révolue, d’une ville qui meurt, d’un passé sans gloire.

Cette année-là, il tombe amoureux d’un élève de son lycée, un garçon ténébreux, « taiseux », beau, mystérieux, auquel il n’a jamais eu l’occasion d’adresser la parole. Il sait juste son nom : Thomas Andrieu. Il ne peut même pas imaginer que le jeune homme puisse s’intéresser à lui, dans le cas improbable où celui-ci aurait la même orientation sexuelle que lui.

Ce garçon, à l’évidence, n’est pas pour moi. Et même pas parce que je ne serais pas assez séduisant, pas assez attirant. Simplement parce qu’il est perdu pour les garçons. Il n’est pas fait pour eux, pour ceux comme moi. Ce sont les filles qui le gagneront.

Et pourtant l’impensable se produit : Thomas lui donne rendez-vous à la pause de midi, dans un bistro éloigné du lycée. Leur relation évoluera très vite, avec la spontanéité, la violence, les non-dits et les maladresses de l’adolescence. Particulièrement quand la relation adolescente doit demeurer secrète, comme une maladie honteuse. Que penseraient les parents, les autres élèves, la communauté du village ? Comment réagiraient-ils ? Pour Thomas, la question ne se pose même pas : dès le départ, il impose le secret comme une condition absolue, lui qui paraissait pourtant si détaché, si sûr de lui. Philippe, lui, a accepté son homosexualité dès qu’il en a pris conscience, à l’âge de onze ans, et en tire même une certaine fierté :

Je ne suis pas du tout catastrophé par cette révélation. Au contraire, elle m’enchante. D’abord, parce qu’elle se joue à l’abri des regards et que les enfants raffolent des jeux secrets, de la clandestinité qui renvoie les adultes à l’écart. (…) Enfin, parce que je devine que cette situation scelle ma différence. Ainsi, je ne ressemblerai pas à tous les autres. (…) Je cesserai d’être l’enfant modèle.

Cet aspect assumé se retrouve tout au long du récit : l’homosexualité n’en est pas le thème central, elle est à la fois omniprésente et reléguée à l’arrière-plan. Il s’agit avant tout d’une histoire d’amour, qui pourrait tout aussi bien avoir lieu entre un homme et une femme pour peu que cette relation soit contrariée, quelle qu’en soit la raison. On est plus proche de la problématique de Roméo et Juliette que de ce qu’on appelle aujourd’hui la « littérature gay », pour autant que ce terme ait le moindre sens.

« Arrête avec tes mensonges » est avant tout un superbe roman, qui prend littéralement aux tripes. Je ne suis pas très portée sur les histoires d’amour en littérature, parce qu’elles me semblent souvent soit mièvres, soit inutilement érotiques, parfois carrément glauques. Dans ce dernier opus de Philippe Besson, rien n’est escamoté : ni la sexualité, décrite parfois de façon très explicite, ni la force des sentiments. Mais on ne sombre jamais dans le mélo ni dans le voyeurisme. On vit avec l’auteur son bonheur, ses craintes, ses angoisses, son chagrin, son espoir, on ressent ses émotions comme s’il était notre meilleur ami et qu’il se confiait à nous directement.

Philippe Besson a toujours su créer une forte empathie pour ses personnages. Dans ce roman où il incarne un des deux personnages principaux, celle-ci est portée à son comble. Peut-être parce qu’on sait dès le départ que l’histoire est réelle et par sympathie pour l’auteur, mais pas seulement. « Arrête avec tes mensonges » réunit et explique tous les thèmes récurrents dans ses précédents romans et leur donne une force supplémentaire.

Le grand Stephen King a écrit au sujet de sa saga-fleuve La Tour sombre qu’elle était « le Jupiter du système solaire de [son] imagination ». On pourrait en écrire autant de ce roman pourtant très court, pour l’œuvre de Philippe Besson. On peut en tout cas le qualifier de chef-d’œuvre sans hésiter.

Chance – Kem Nunn

Posté : 9 février, 2017 @ 10:21 dans Livres, Polar / thriller | Pas de commentaires »

chanceQuatrième de couverture :

À San Francisco, la vie bien ordonnée du docteur Eldon Chance est en train de partir à vau-l’eau. À bientôt cinquante ans, le brillant neuropsychiatre récemment divorcé commence à trouver son quotidien ennuyeux. Ce vide est bientôt comblé par la soudaine fascination qu’il éprouve pour une de ses patientes, la très séduisante mais très instable Jaclyn Blackstone. Hélas pour lui, le mari de celle-ci, un flic corrompu et dangereux de la brigade criminelle, est d’une jalousie féroce et personne ne souhaite l’avoir pour ennemi. Peu à peu, l’obsession que Chance nourrit pour Jaclyn va l’entraîner dans une histoire autrement plus sombre et complexe que ce qu’il avait imaginé…
 
Hommage à Sueurs froides d’Alfred Hitchcock, le nouveau thriller de Kem Nunn pousse le suspense à son paroxysme. On retrouve avec bonheur son style fait d’humour et de lyrisme, ainsi que son exceptionnelle acuité psychologique dans un récit dérangeant et obsédant.

« Don’t judge a book by its cover », conseille un proverbe anglais, littéralement : « Ne juge pas un livre à sa couverture », l’équivalent de notre expression « Les apparences sont trompeuses ». Et en effet, à en juger par sa couverture ce roman avait tout pour me plaire : je suis une adoratrice de San Francisco en général et du Golden Gate en particulier, qui évoque pour moi de merveilleux souvenirs touristiques. Le fait que Chance soit publié chez Sonatine m’a fortement influencée aussi : j’ai dû lire une vingtaine de romans de cette maison d’édition, et j’en ai adoré la grande majorité. J’aime les polars et les thrillers, et plus encore les polars psychologiques. Un roman dont le personnage principal est un psy ne pouvait que m’attirer.

Pourtant je n’ai jamais réussi à m’intéresser vraiment à l’histoire de Chance, le héros mal nommé qui donne son titre au roman. Sa personnalité en est sûrement la cause principale : d’une mollesse et d’une indécision incroyables, il reçoit sur la tête un déluge de calamités de toutes sortes qui obligerait toute personne « normale » à réagir.  Lui semble attendre que les tuiles lui tombent sur la tête en espérant qu’elles ne lui feront pas trop mal ! Les anti-héros complètement dépassés par les événements provoquent souvent la sympathie du lecteur, et ils ont leur dynamique propre. Un personnage dépressif peut inspirer la compassion, et on lui souhaite de trouver de l’aide dans son entourage. Chance, lui, suscite plutôt l’irritation par sa façon d’hésiter toujours entre deux (mauvaises) solutions, de choisir la pire, puis de la regretter aussitôt. Un comble pour un psychiatre, censé aider ses patients à surmonter leurs propres démons intérieurs. En même temps, comment lui reprocher son manque de dynamisme, dans la mesure où chacune de ses initiatives se solde par une catastrophe supplémentaire ?

Les personnages secondaires sont plus intéressants : Carl, le vieil antiquaire noir et gay, qui semble très doué aussi pour s’attirer des ennuis ; D, le colosse au passé trouble qui inspire autant de crainte que de pitié ; Jean-Baptiste, le concierge‑photographe qui fait des portraits de grands malades mentaux et les expose dans le cabinet de Chance (qui les accepte avec son fatalisme habituel) ; Jaclyn / Jackie, la patiente à la double personnalité, à l’origine de bien des problèmes ; Blackstone, son mari, le flic supposé ripou, pervers et sadique… Eux ont des personnalités beaucoup plus marquées, et de ce fait on peut regretter qu’ils ne soient pas plus fouillés : on aimerait en apprendre davantage sur eux.

L’intrigue elle-même est riche et bien construite : il y a plusieurs histoires dans l’histoire, ne serait-ce que parce que chacun des personnages a le don de créer des problèmes apocalyptiques pour soi-même et pour son entourage ! C’est le meilleur aspect du roman, qui fait souvent sourire ou même éclater de rire : on a droit soudain à des scènes un peu too much qui évoquent presque la bande dessinée, et qui, en formant un contraste saisissant avec une narration trop morne, relancent joyeusement l’intérêt du roman. La scène finale est très dynamique, mais elle clôt un peu trop rapidement le roman : la fin est assez elliptique et laisse un goût d’inachevé.

Mon impression est donc mitigée : Chance est typiquement le genre de romans que je lis sans passion, mais avec un certain plaisir et sans jamais avoir la tentation d’en interrompre la lecture. Il s’agit quand même d’un polar bien ficelé, avec une intrigue et des personnages originaux et qui donne envie de connaître le fin mot de l’histoire. Mais il manque un peu d’âme pour que celle-ci soit vraiment palpitante.

 

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