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Critiques littéraires, cinématographiques et musicales

Archive pour août, 2013

Le sermon sur la chute de Rome – Jérôme Ferrari

Posté : 22 août, 2013 @ 5:07 dans Littérature générale, Livres | 2 commentaires »

Le sermon sur la chute de Rome - Jérôme Ferrari dans Littérature générale sermont_chute_rome-159x300Quatrième de couverture :

Dans un village corse perché loin de la côte, le bar local est en train de connaître une mutation profonde sous l’impulsion de ses nouveaux gérants. A la surprise générale, ces deux enfants du pays ont tourné le dos à de prometteuses études de philosophie sur le continent, pour, fidèles aux enseignements de Leibniz, transformer un modeste débit de boissons en « meilleur des mondes possibles ». Mais c’est bientôt l’enfer en personne qui s’invite au comptoir, réactivant des blessures très anciennes ou conviant à d’irréversibles profanations des êtres assujettis à des rêves indigents de bonheur, et victimes, à leur insu, de la tragique propension de l’âme humaine à se corrompre.

Entrant, par-delà les siècles, en résonance avec le sermon par lequel saint Augustin tenta, à Hippone, de consoler ses fidèles de la fragilité des royaumes terrestres, Jérôme Ferrari jette, au fil d’une écriture somptueuse d’exigence, une lumière impitoyable sur la malédiction qui condamne les hommes à voir s’effondrer les mondes qu’ils édifient et à accomplir, ici-bas, leur part d’échec en refondant sans trêve, sur le sang ou les larmes, leurs impossibles mythologies.

Ma critique :

Un homme âgé regarde une photo de famille où il ne figure pas, bien qu’elle représente sa mère et sa fratrie. Et pour cause : il n’était pas encore né au moment de la prise de vue. Cette observation minutieuse fait ressurgir dans son esprit des images de sa petite enfance, sous la forme bien particulière que revêtent les vieux souvenirs : sous une forme désordonnée en apparence, mais qui suit une logique personnelle pour le « penseur ».

Tel est le début de ce roman, et quel début ! Les dix premières pages donnent l’impression que l’auteur teste la résistance de son lecteur. Et, de fait, il faut une certaine opiniâtreté pour arriver au bout de cette longue introduction constituée d’un seul paragraphe. Le style évoque un peu Gabriel Garcia Marquez, voire Marcel Proust, autant dire qu’il peut rebuter de prime abord… Est-ce d’ailleurs un hasard si le vieillard se prénomme Marcel ?

On peut être tenté dans un premier temps de tourner les pages avec un peu d’avance sur la lecture, en espérant que la suivante verra la fin du pavé, voire de feuilleter rapidement le livre pour vérifier si le reste du roman est plus aéré. Et pourtant, un peu à notre insu, la magie opère en cours de route et on en vient à s’intéresser à la biographie et aux états d’âme de Marcel, le patriarche de cette famille que l’on va suivre tout au long du récit. Enfin, passée l’inquiétude que peut susciter son style particulier, on appréciera la beauté du langage de Jérôme Ferrari.

Puis on entre dans une narration plus classique – et plus facile à lire – qui décrit le présent : une femme nommée Hayet quitte discrètement le bar corse dans lequel elle travaillait, et disparaît sans explications. Du jour au lendemain, il faut lui trouver un remplaçant. Après quelques péripéties, le bistro va être sauvé par deux jeunes gens : Mathieu, le petit-fils de Marcel, un jeune homme élevé à Paris mais qui a passé toutes ses vacances en Corse, et son ami d’enfance Libéro qui, lui, a toujours vécu en Corse et a récemment émigré à Paris pour entrer à l’Université. Tous deux ont choisi d’abandonner leurs études de philosophie pour reprendre le bar. De leurs études avortées ils ont retenu surtout la notion de « meilleur des mondes » chère à Leibnitz, qu’il veulent recréer dans ce qu’ils considèrent comme étant le paradis sur Terre.

On devine dès le début qu’ils vont être déçus, comme le sont la plupart des idéalistes une fois confrontés à la réalité. Tout au long du roman on va suivre l’évolution psychologique, sociale, et sexuelle – entre autres – de ces deux jeunes gens particulièrement innocents à leur arrivée sur l’île. En parallèle, on va retrouver régulièrement Marcel, tantôt dans le présent du récit, tantôt sous forme de flash-backs qui vont nous aider à comprendre son comportement actuel, notamment au niveau des relations qui « l’unissent » à son petit-fils. Et on découvrira Aurélie, la soeur de Mathieu, une archéologue qui fait des fouilles en Algérie, plus précisément à Annaba. Le nom antique de cette ville est Hippone, la cité dont Saint Augustin était évêque au Ve siècle, et où il prononça son fameux « sermon sur la chute de Rome ».

Saint Augustin est bien sûr omniprésent tout au long du roman, bien au-delà du titre : chaque début de chapitre comporte une citation du philosophe, Mathieu et Libéro l’étudient à l’université, et les fouilles d’Aurélie fourniront des occasions supplémentaires de l’évoquer. Mais heureusement pour la plupart d’entre nous, il n’est pas obligatoire de connaître l’œuvre originale pour apprécier ce « Sermon sur la chute de Rome » du XXIe siècle, d’autant que Jérôme Ferrari, lui-même professeur de philosophie, se charge de combler nos lacunes. Le rapport entre l’histoire de cette famille, celle de la France contemporaine et le sermon du philosophe se dévoilera progressivement, pour apparaître d’une façon limpide à la fin du roman.

J’ai beaucoup apprécié Le sermon sur la chute de Rome, que j’avais pourtant abordé avec une certaine méfiance pour les raisons décrites au début de ce billet : je ne suis plus habituée à lire des textes aussi compacts, et surtout des phrases aussi longues, entrecoupées de simples virgules ; je craignais donc de ne pas tenir longtemps à ce rythme. Or, c’est exactement l’inverse qui s’est produit. J’ai réalisé en cours de lecture que mes passages préférés étaient les flash-backs qui évoquaient la vie de Marcel, d’une part en raison de l’aspect biographique particulièrement intéressant, mais aussi et surtout parce que j’ai fini par me prendre au jeu de ces phrases longues de plus d’une page parfois, celles-là même qui m’avaient rebutées dans un premier temps. Or, ce style est particulièrement présent dans ces flash-backs, tandis que le récit de l’histoire présente est écrit d’une façon plus « moderne », avec des phrases plus courtes et une ponctuation plus habituelle. J’ai trouvé très intéressant ce travail stylistique sur les différentes périodes de l’histoire de cette famille.

Le sermon sur la chute de Rome a obtenu le prix Goncourt 2012.

Chroniques de la fin du monde (trilogie) – Susan Beth Pfeffer

Posté : 12 août, 2013 @ 1:06 dans Jeunesse, Livres, Science-fiction | 4 commentaires »

Tome 1 : Au commencement

Chroniques de la fin du monde (trilogie) - Susan Beth Pfeffer dans Jeunesse chroniques_fin_monde_11-184x300Quatrième de couverture :

Enfin c’est le grand soir : l’astéroïde dont tout le monde parle va percuter la Lune ! Familles, voisins, amis, tous se rassemblent pour observer le phénomène. Mais les choses ne se passent pas comme prévu. L’impact a été si violent que la Lune a dévié de son orbite et s’est rapprochée de la Terre. Peu à peu tout se dérègle… L’électricité puis l’eau sont coupées et les vivres commencent à manquer. Miranda et sa famille vont devoir accepter que la vie telle qu’ils la connaissaient a disparu à jamais.

 

Tome 2 : L’exil

chroniques_fin_monde_21-187x300 dans LivresQuatrième de couverture :

Lorsqu’un astéroïde percute violemment la Lune, semant le chaos dans le monde entier, Alex Morales se retrouve seul avec ses deux soeurs. Il n’a pas dix-huit ans et doit se débrouiller dans New York, envahie par les flots.

Pour chercher ses parents disparus, trouver de quoi manger, de quoi se chauffer, et simplement pour survivre, Alex sera amené à faire des choix qui changeront son destin à jamais.

 

Tome 3 : Les survivants

chroniques_fin_monde_31-189x300 dans Science-fictionQuatrième de couverture :

Cela fait maintenant un an qu’un astéroïde a percuté la Lune et provoqué un bouleversement climatique sans précédent.Dans un monde ou tout s’écroule, Miranda tombe pourtant éperdument amoureuse d’Alex, qu’elle vient de rencontrer. Mais une terrible tornade approche : les deux jeunes gens parviendront-ils à s’aimer dans un tel chaos ? Leurs destins sont en suspens…

 

Ma critique :

J’ai choisi de traiter ces trois volumes ensemble en raison de l’homogénéité de cette trilogie : chacun des trois tomes peut être considéré comme un « livre » au sens où on l’entend dans la littérature classique, c’est-à-dire « partie » ou « gros chapitre » (Livres I, II et III).

Tout commence par un événement astronomique qui, d’après les médias, promettait d’être intéressant, spectaculaire et… sans danger : la collision d’un astéroïde contre la Lune. La catastrophe qui en résulte choque d’autant plus les protagonistes – et les lecteurs – que les heures qui la précèdent baignent dans une atmosphère bon enfant : au début du premier tome (Au commencement), les voisins de Miranda, la jeune narratrice, se réunissent pour profiter à l’unisson du spectacle. Mais celui-ci se transforme en cauchemar quand la force de l’impact fait sortir la Lune de son orbite. Elle se rapproche alors sensiblement de la Terre, avant de se stabiliser. Ce ne sera pas le cas de notre planète qui, elle, va se trouver complètement déstabilisée par l’attraction lunaire désormais beaucoup plus forte qui produira des catastrophes en chaîne.

A partir de cet événement très science-fictionnesque, on va suivre deux familles dans leur quotidien respectif : celle de Miranda, 16 ans, lycéenne d’une petite ville de Pennsylvannie (Au commencement) ; et celle d’Alex, 17 ans, lycéen aussi, qui habite à New-York (L’exil). Les deux premiers romans commencent pratiquement au même moment, peu de temps avant la collision fatale.

Si les deux adolescents vont être confrontés au même drame de départ avec des conséquences identiques – qu’ils partageront avec le reste de l’humanité – leur condition familiale n’est pas la même : Miranda gardera son statut d’adolescente vis-à-vis de sa mère et son frère aîné, tandis qu’Alex, dont les parents ont disparu, devra endosser brutalement les responsabilités d’un chef de famille auprès de ses deux sœurs cadettes, respectivement âgées de 12 et 14 ans. Leur environnement géographique respectif, différent lui aussi, génèrera des problèmes distincts même s’ils doivent faire face au même genre de catastrophes : famine, épidémies, et autres réjouissances… Au niveau formel, après avoir « vécu » la période post-apocalyptique à travers le journal intime de Miranda – avec tout ce qu’il comporte de réflexions caractéristiques de son âge, parfois en décalage avec la gravité de la situation – on suit Alex d’une façon plus classique : son histoire est racontée par un narrateur extérieur. On n’en ressent pas moins d’empathie pour le jeune homme, dont le sort semble encore moins enviable que celui de Miranda…

Ces nuances constituent une partie de l’intérêt de ces deux romans : on ne peut s’empêcher de comparer les deux jeunes gens, leurs réactions parfois extrêmes aux situations tout aussi extrêmes qu’ils sont amenés à affronter et auxquelles rien ne les avait préparés. Tous deux forcent l’admiration par leur courage, mais l’auteur ne tombe jamais dans l’écueil qui consisterait à en faire des super-héros : leur maturité soudaine est due à des circonstances dont ils se seraient bien passés et, si elle a modifié leur comportement, elle ne les empêche pas d’avoir peur et d’être pétris de doutes ; il leur arrive de craquer, voire de redevenir momentanément les adolescents qu’ils n’auraient jamais dû cesser d’être. Tous deux sont en tout cas très humains et attachants, et on suit avec passion leur évolution dans ce contexte cauchemardesque.

Comme on peut l’imaginer, les (histoires) parallèles vont finir par se rejoindre… dans le troisième tome (Les survivants), dont je ne parlerai pas plus pour éviter de spoiler. Je me contenterai de préciser que ce roman est celui que j’ai le moins aimé des trois : plus poussif que les deux premiers, il finit à mon avis un peu en queue de poisson. Un quatrième tome était d’ailleurs prévu, mais l’auteur et l’éditeur ont décidé d’y renoncer, d’un commun accord. Dommage qu’ils n’aient pas demandé l’avis de leurs lecteurs, personnellement j’aurais voté pour son maintien ! Il est dommage qu’une histoire d’une telle qualité n’ait pas la conclusion qu’elle mérite : Chroniques de la fin du monde est une excellente trilogie, qui tient en haleine le lecteur (pratiquement) d’un bout à l’autre de son millier de pages. Il est aussi lisible par des adultes de tous âges que par des adolescents ; par contre je ne le mettrais pas entre les mains des plus jeunes : certaines scènes sont étonnamment trashs pour un roman jeunesse !

MàJ 23.08.13 : En fait je viens de m’apercevoir que ce quatrième tome est sorti en anglais ! Il s’intitule The shade of the moon et commence deux ans après l’événement qui clôt le troisième tome. Je n’ose pas imaginer où ils en sont, étant donné que la situation ne cesse de se dégrader depuis le début du premier tome…

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee

Posté : 8 août, 2013 @ 3:19 dans Littérature générale, Livres | 3 commentaires »

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur - Harper Lee dans Littérature générale ne-tirez-pas-sur-l-oiseau-moqueur-184x300Quatrième de couverture :

Dans une petite ville d’Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche.

Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 – au cœur de la lutte pour les droits civiques -, connut un tel succès. Il ne suffit pas en revanche à comprendre comment ce roman est devenu un livre culte aux Etats-Unis et dans bien d’autres pays. C’est que, tout en situant son sujet en Alabama à une époque bien précise – les années 1930 -, Harper Lee a écrit un roman universel sur l’enfance confrontée aux préjugés, au mensonge, à la bigoterie et au mal. Racontée par Scout avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la court story américaine et du roman initiatique. Couronné par le Prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur s’est vendu à plus de 30 millions d’exemplaires dans le monde entier.

Ma critique :

Ce roman fait partie de ces classiques qu’on a l’impression de connaître avant même d’en avoir lu la première ligne, alors qu’il a été publié il y a une cinquantaine d’années « seulement », et que son auteur est toujours de ce monde. Il est donc difficile de l’aborder sans préjugés, d’ailleurs largement positifs dans ce cas précis : on sait surtout qu’il traite du ségrégationnisme dans le sud des Etats-Unis au début des années 30, et que l’histoire est vue à travers le regard d’une petite fille.

L’aspect enfantin est présent dès le début : la petite Scout, devenue adulte, mentionne un événement qui n’aura lieu qu’à la fin du roman et, pour en déterminer les causes profondes, revient sur les trois années qui ont précédé l’incident en une sorte de double flash-back. Elle nous raconte sa vie de petite fille aux côtés de son frère aîné et d’un père aimant, avec les jeux, les disputes, les petits drames et surtout avec l’éveil de la conscience qui caractérise cet âge.

La notion de ségrégation raciale arrive très tard dans le roman, et tout en douceur : à peine apprend-on que le père, avocat, va défendre un Noir, que tout de suite on repasse aux préoccupations enfantines. On n’entre dans le vif du sujet qu’à la moitié du roman, qui dépeint le procès et ses conséquences.

Je l’avoue tout net : je me suis beaucoup ennuyée au cours de ma lecture, et dans l’ensemble je suis assez déçue par Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, dont j’attendais beaucoup plus. Je trouve déjà que la première partie, essentiellement consacrée au quotidien des enfants, est inutilement longue. Même si certaines notions essentielles pour la suite y sont abordées – notamment celle de la tolérance – elles ne suffisent pas à justifier qu’autant de pages soient consacrées à la vie de ces « mioches », qui n’a rien de passionnante. La postface d’Isabelle Haussier fournit peut-être un début d’explication : l’auteur aurait présenté plusieurs nouvelles à son agent littéraire, qui lui a conseillé d’en développer une en roman. On peut imaginer que cet artifice est lié à la sensation de déséquilibre que dégage l’ensemble du livre. Mais je dois dire, au risque de me faire lyncher par les nombreux admirateurs de ce roman, que la première moitié m’a plus fait penser à un épisode de La petite maison dans la prairie qu’à un ouvrage traitant d’un sujet extrêmement grave aux niveaux sociétal et historique ! (Aïe ! Non, pas la tête…)

La deuxième partie, qui entre enfin dans le vif du sujet avec le procès du jeune Noir, est bien sûr plus intéressante. Le procès lui-même est captivant, mais il s’étale sur moins d’une centaine de pages – sans doute la nouvelle d’origine – et le reste du roman, consacré aux répercussions de cet événement, m’a à nouveau un peu ennuyée.

Je pense que mon relatif désintérêt est dû surtout au décalage entre le contexte historique dans lequel ce livre a été publié – Etats-Unis, 1960 – et celui qui correspond à mon époque. En 1960, les états du Sud étaient encore partiellement régis par les lois Jim Crow, lois ségrégationnistes basées sur la doctrine « separate but equal » – « séparés mais égaux » -, qui sera reprise plus tard en Afrique du Sud sous le nom « Apartheid »… La dernière de ces lois ne sera abolie qu’en 1964… C’est dire comme ce genre de roman était à la fois courageux et indispensable en tant qu’outil pédagogique – il est d’ailleurs encore largement étudié dans les collèges et lycées américains. Il montre notamment à quel point dans cette formule déjà nauséabonde, seul l’adjectif « separate » était vraiment respecté, au détriment complet de la notion « equal »

A notre époque et dans nos pays européens, la notion d’égalité raciale et ethnique fait partie des lois, et en principe est une évidence pour la majorité des citoyens. Pour la minorité restante il n’y a sans doute rien à faire, et ce n’est pas un roman aussi « limpide » et bien intentionné qui peut les amener à réfléchir – pour autant que ces gens réfléchissent…

Je m’attendais donc à une histoire plus complexe, moins « enfantine » si j’ose dire. Dans cette optique je prévois de lire bientôt Home de Toni Morrison – et quelques autres romans de cette grande dame -, puis sans doute un jour La couleur des sentiments de Kathryn Stockett, qui traitent plus ou moins du même sujet. J’ai choisi de commencer par Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur parce que c’est un peu « l’ancêtre » sur ce thème, j’ai hâte de découvrir maintenant des romans plus récents, et peut-être plus adaptés à notre époque !

Le jeu, t. 1 : Niveau 1 : Oserez-vous entrer ? – Anders De La Motte

Posté : 1 août, 2013 @ 12:22 dans Livres, Polar / thriller | 1 commentaire »

Le jeu, t. 1 : Niveau 1 : Oserez-vous entrer ?  - Anders De La Motte dans Livres jeu1-186x300Quatrième de couverture :

Henrik Pettersson, dit HP, la trentaine, vit de petits larcins en marge de la société suédoise. Lorsqu’il trouve dans le métro un portable dernier cri, son premier réflexe est de le revendre. Mais l’appareil affiche obstinément un message : « Tu veux jouer? » En cliquant sur « oui », Henrik ne se doute pas que ce « jeu » aux apparences innocentes va l’entrainer dans une escalade dont l’enjeu ultime pourrait être sa propre vie…

Rebecca Normén est l’exacte opposée de HP : sérieuse et rationnelle, elle a récemment été promue garde du corps. Tout irait pour le mieux dans sa vie si elle ne trouvait pas régulièrement des petits mots menaçants dans son casier. L’expéditeur en sait beaucoup trop long sur son passé. Mais que cherche-t-il? A jouer avec elle?

Les mondes de HP et Rebecca vont se rapprocher inexorablement. Mais si la réalité n’est qu’un jeu, qu’est ce qui est encore réel?

Ma critique :

J’aime bien les romans qui ont pour cadre un univers virtuel – jeu ou autre – parce qu’ils permettent souvent d’aborder des questions intéressantes sur la nature de la réalité : où commence-t-elle, où finit-elle, comment peut-on savoir si ce que l’on vit est bien réel ? Et surtout, quand on passe trop de temps dans un monde dit « irréel », ne finit-il pas par empiéter sur cette réalité ?

Ces questions ont été traitées abondamment dans la littérature de tous genres : un certain Platon évoquait déjà l’ambiguïté entre illusion et réalité dans son ouvrage La République (Ve s. av. J-C), avec son « allégorie de la caverne ». Beaucoup plus récemment, ce sujet a inspiré bon nombre d’auteurs de science-fiction, et ce bien avant que le monde virtuel devienne omniprésent dans notre quotidien au moyen d’outils de plus en plus sophistiqués. Philip K. Dick, décédé il y a plus de 30 ans, en était un grand spécialiste. Au cinéma, la trilogie Matrix abordait le même genre de questions.

En ce qui concerne Le jeu d’Anders De La Motte, la dernière phrase du quatrième de couverture suggère que cette ambiguïté est au centre de l’histoire. Or, il n’en est rien : elle se déroule entièrement dans un monde bien tangible, le téléphone ne servant que d’outil pour guider le jeune Henrik dans sa quête de reconnaissance. Car le jeune homme est un « adulescent » intelligent mais qui se cherche… mollement.

Rebecca a un caractère très différent mais ne semble pas plus apaisée : les deux personnages ont en effet vécu des événements pénibles au cours de leur enfance et de leur adolescence, qui influent douloureusement sur leur vie d’adulte. Les détails nous sont distillés au compte-gouttes jusqu’à la révélation finale, surprenante et très réussie. Cet aspect du roman m’a semblé plus intéressant que l’action proprement dite, qui évoque un peu trop à mon goût celle d’une série B américaine.

Le Jeu aborde au passage des questions très actuelles :  théorie du complot, usage abusif des nouvelles technologies, effets néfastes d’une starisation rapide et incontrôlée sur une personne un peu immature…

J’ai été un peu déçue par ce roman, dont j’attendais autre chose ; mais il n’en reste pas moins un thriller agréable à lire, que j’ai suivi sans passion mais sans ennui non plus.

 

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