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Divine providence – Donald Westlake

Classé dans : Livres,Polar / thriller — 29 juillet, 2008 @ 14:39

Divine providence - Donald WestlakeFred Fitch, paisible documentaliste new-yorkais, est un spécialiste de l’arnaque. Non, ce n’est pas un escroc : malheureusement pour lui, il se trouve dans le mauvais camp, celui des arnaqués. Sa crédulité est pathologique, si bien qu’il distribue son argent sans compter à toute personne qui lui en fait la demande sous les prétextes les plus invraisemblables. Le pire, c’est qu’il est suffisamment intelligent pour avoir pleinement conscience de ses tares…

Sur ce, il apprend un jour qu’il vient d’hériter de la somme de… trois cent dix-sept mille dollars, de son oncle Matt. Le problème, c’est qu’il ne connaît pas cet oncle Matt, et n’en a même jamais entendu parler. Néanmoins, il accepte l’héritage et devient riche du jour au lendemain.

Il apprend alors que son oncle n’est pas mort (seulement) d’un cancer, comme on le lui avait dit, mais « aussi » d’un coup derrière la tête avec un objet contondant… Ce détail biographique, plus quelques autres liés à la réputation sulfureuse de son parent commencent à semer le doute dans l’esprit de Fitch : était-ce une bonne idée d’accepter une telle somme d’argent d’une personne dont il ne soupçonnait même pas l’existence ? Le doute ne fait que croître quand il est victime de divers incidents inédits (même) pour lui, comme se faire mitrailler par des gangsters, perdre l’amie qui l’hébergeait pour cause d’enlèvement, être suivi par une limousine quand il marche dans la rue, puis poursuivi par des gens à la mine patibulaire, au point de devoir jouer les cascadeurs pour les semer… Heureusement que ses amis sont là pour le soutenir ! Mais peut-on vraiment avoir des amis quand on est doté d’un compte en banque aussi fourni ? Et dans l’affirmative, comment séparer le bon grain de l’ivraie ?

Divine providence est avant tout une comédie : le personnage de Fred Fitch est à peu près aussi réaliste que celui de François Pignon dans nos latitudes, et sa principale ambition est de nous faire rire à ses dépens. La série d’arnaques dont il est victime, surtout au début de l’histoire, est impensable, au point que le lecteur est tenté de lui crier : « Mais ne lui donne pas d’argent, imbécile, c’est un escroc ! ». Les réflexions de Fitch, qui ne se fait plus aucune illusion sur lui-même, sont souvent savoureuses :

Désormais, quoi qu’il advienne, je ne pouvais compter que sur moi-même.
Ce n’était pas une pensée rassurante. J’avais conscience de mes capacités et de mes limites, et je savais laquelle des deux listes était la plus longue.
(p. 120)

Ou, quand il reçoit un tract lui demandant :

Avez-vous jamais été la victime d’un des dix-huit mille escrocs qui se livrent annuellement à leur néfaste activité aux Etats-Unis ?

Il répond en son for intérieur :

Ce n’était pas d’un des dix-huit mille escrocs que (moi, Fred Fitch, crétin honoraire) j’avais été victime, mais des dix-huit mille, sans compter ceux qui n’avaient pas été recensés ! (p. 223)

De son propre aveu, il est tout aussi dégourdi avec les femmes. Quand l’une d’elles s’installe chez lui sans lui demander son avis, il redoute la nuit qui arrive :

Je ne pensais qu’à mon lit, imaginant les dispositions qu’elle avait décidé de prendre pour la nuit. Je ne me considérais pas particulièrement puritain et si techniquement je n’étais pas puceau, mon abstinence durait depuis si longtemps que j’en étais revenu – du moins, à titre honorifique – à un état tout à fait virginal. Aussi, l’idée de sauter entre les draps en compagnie d’une ancienne strip-teaseuse (…) que je ne connaissais que depuis quelques heures (…) me paralysait. (p. 72)

Ce roman comporte donc beaucoup de scènes – d’action ou de réflexion – très amusantes. Mais la succession de gags finit par lasser un peu, d’autant que l’intrigue est assez mince. On sent que l’auteur lui-même la considère comme tout à fait secondaire par rapport aux portraits qu’il dresse de ses personnages, lesquels semblent sortir tout droit d’une BD, à l’instar du « héros ».

Une lecture agréable et sympathique, donc, mais qui ne laisse pas un souvenir impérissable, si ce n’est celui d’un bon moment de détente.

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