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Critiques littéraires, cinématographiques et musicales

Tabarly – Yann Queffélec

Classé dans : Livres — 21 juillet, 2008 @ 16:18

Tabarly - Yann QueffélecEric Tabarly existait vraiment : Yann Queffélec l’a rencontré. Il a même eu l’insigne honneur de naviguer toute une journée avec lui, à l’âge de 14 ans. Eric n’avait pas encore gagné sa première Transat (il s’en fallait de dix ans !), il n’était donc pas encore une vedette internationale, ni même nationale, mais à un niveau local il avait déjà une certaine réputation, du genre : « ce petit jeune ira loin ! ». Et en effet…

Eric Tabarly a tout gagné : la fameuse transat anglaise, nommée Ostar à l’époque, avec Pen Duick II ; le Fastnet (et tant d’autres !) avec Pen Duick III ; Los Angeles-Honolulu avec Pen Duick IV ; la Transpacifique avec Pen Duick V, avec 10 jours d’avance sur le second, si bien qu’à son arrivée personne ne l’attendait ; la transat anglaise pour la deuxième fois avec Pen Duick VI, un ketch conçu pour être manoeuvré par 14 équipiers… costauds ; il a battu le record de traversée de l’Atlantique avec Paul Ricard, détenu par un certain Charlie Barr depuis… 1905 !

A l’instar de la majorité des Français, Yann Queffélec aime et admire Eric Tabarly, et il ne se prive pas de l’écrire. Car plus encore que ses exploits sportifs, c’est le caractère atypique du champion qui étonne, attire, amuse parfois, fascine toujours. Qui n’a pas souri en « entendant » les longs silences d’Eric au cours d’une interview ? Ricané en remarquant le regard inquiet du journaliste télévisé qui honnit les « blancs », dont Tabarly s’était fait une spécialité ? Et qui n’a pas admiré la modestie du bonhomme qui, arrivé en tête d’une course avec plusieurs jours d’avance sur le second, commente sobrement : « Ça s’est bien passé… » ?

Au-delà de son admiration pour le personnage, Yann Queffélec ne se contente pas d’en dépeindre la biographie. Il n’est pas romancier pour rien, même dans ce témoignage-hommage éloigné de ses oeuvres habituelles. Les propos sont lyriques, parfois un peu trop, mais la plupart du temps ils aident bien à appréhender le caractère mystérieux du marin, ne serait-ce que parce que l’auteur est lui aussi breton, et a lui aussi rêvé d’exploits maritimes dans sa prime jeunesse. Mais comme il le précise lui-même, la comparaison s’arrête là. Et pour mieux nous en convaincre, l’auteur entrecoupe sa biographie de récits autobiographiques, mettant en parallèle les exploits de Tabarly et ses propres aventures juvéniles. Effectivement, il n’y a pas photo : autant tout réussissait à Eric, même jeune, autant le futur écrivain avait un don pour attirer sur ses bateaux, ses coéquipiers et lui-même toutes les catastrophes que la mer peut dispenser ! Certaines anecdotes évoquent d’ailleurs plus un film avec Pierre Richard qu’un récit vécu, et ces coupures, un peu irritantes au début, sont finalement bienvenues, dans la mesure où elles tranchent avec l’histoire presque trop idéale des exploits tabarlyens. Presque, puisque, selon la belle expression de Queffélec, le 13 juin 1998, « quelque chose lui arriva… ».

Le « Tabarly » de Yann Queffélec est un superbe hommage, peut-être plus destiné aux lecteurs qui connaissent déjà la carrière d’Eric Tabarly – même superficiellement – qu’à ceux qui souhaiteraient la découvrir. Mais ce livre est à conseiller aux uns et aux autres, dans la mesure où il permet d’appréhender un être vraiment exceptionnel, un des rares sans doute dont la légende n’est pas usurpée.

2 commentaires »

  1. Georges F. dit :

    Joli billet qui donne envie de prendre la mer avec ce bouquin. Puis d’attendre la nuit, et de prendre le quart avec ce bouquin, et puis….

  2. lourinki dit :

    Merci beaucoup ! :-)

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