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Critiques littéraires, cinématographiques et musicales

Le contrat – Donald Westlake

Classé dans : Livres,Polar / thriller — 6 juillet, 2008 @ 12:44

Le contrat - Donald WestlakeBryce Proctorr, auteur à succès riche et célèbre, fait des recherches en bibliothèque pour son prochain roman. Plus exactement, il sèche sur ce nouvel opus dont il n’a pas encore écrit une ligne, et pour lequel il n’a même pas une idée exploitable. La source de son inspiration s’est tarie à cause de ses problèmes personnels : il vit un divorce particulièrement pénible, par la faute de son épouse Lucie qui le harcelle par l’intermédiaire de son avocat, dans le but de récupérer un maximum de ses possessions.

Il rencontre Wayne Prentice, lui aussi romancier, mais qui n’a pas connu la même réussite : après avoir publié quelques livres qui se sont vendus modérément, il est en train de couler au niveau commercial. Les deux hommes se sont bien connus vingt ans auparavant, quand tous deux se lançaient dans l’écriture professionnelle. Puis leurs carrières respectives ont tant divergé qu’ils se sont perdus de vue.

Pourtant, les retrouvailles donnent lieu à des confidences réciproques sur leur situation actuelle, peu brillante : Bryce a un éditeur mais pas de manuscrit, Wayne a un manuscrit mais sait qu’il ne trouvera plus d’éditeur, étant donnés ses échecs commerciaux précédents. C’est Bryce qui proposera d’établir le « contrat » suivant : il récupèrera le manuscrit de Wayne et, après l’avoir adapté « à sa sauce » pour ne pas éveiller les soupçons, il le proposera à son propre éditeur, puis partagera avec Wayne l’à-valoir et les droits d’auteur – mirobolants. Seule petite condition supplémentaire, précise Bryce quand Wayne se déclare intéressé par la tractation : son épouse Lucie doit mourir, sinon les deux homme perdront à son profit la moitié des revenus engendrés par « leur » livre. Comment, par qui, quand, il ne veut pas le savoir. Ni intervenir. Mais c’est la condition sine qua non pour que la proposition de Bryce tienne.

Wayne, paisible romancier menant une vie bien calme avec son épouse, va-t-il accepter un marché aussi morbide ? Qu’en penserait sa propre femme – ou qu’en pensera-t-elle, s’il lui en parle ? Et, en admettant qu’il passe à l’acte, quelles seraient les conséquences pour les deux complices ? Notamment sur le plan psychologique ? Et dans quelle mesure cela affecterait-il leur créativité respective ?

Donald Westlake, connu pour son humour noir, traite ces questions d’une manière originale, avec beaucoup de cynisme la plupart du temps : aucun des personnages ne réagit comme on s’y attendrait en se basant sur son mode de vie antérieur, sa position sociale, son honnêteté apparente… La notion de « gentils » et de « méchants » n’existe pas chez cet auteur, chacun de ses personnages se révèlant beaucoup plus complexe qu’il n’y paraissait, et rarement à son avantage du point de vue de la morale… Ce parti pris donne lieu à des scènes étranges, très décalées, qui suscitent souvent un mélange de fou-rire et de malaise assez troublant.

L’immersion dans le monde peu connu des écrivains, des éditeurs et de la création littéraire constitue un autre aspect très intéressant de ce roman : là encore, rien n’est acquis, toute situation peut évoluer en très peu de temps, en bien ou en mal pour l’auteur qui, simple rouage dans un engrenage qu’il ne maîtrise pas, ne peut jamais se reposer sur ses lauriers. Quels que soient les rapports qui l’unissent à son éditeur, il doit produire, et « marcher » au niveau commercial, notion de moins en moins subjective dans un monde où l’ordinateur est devenu la référence suprême – et la plus dénuée d’états d’âme, naturellement. Et dans ce cadre, il doit faire abstraction des aléas de sa vie privée, aussi tragiques soient-ils, et rester créatif coûte que coûte.

Le contrat est un roman troublant, dont on a du mal à dire, une fois les dernière pages lues – et surtout les dernières lignes ! – s’il est humoristique ou angoissant, tant on est partagé entre rire et malaise tout au long de sa lecture. Un excellent roman, en tout cas, qui donne envie de découvrir les différentes facettes de Donald Westlake, surtout connu pour sa série avec John Dortmunder, un cambrioleur plus proche de Pierre Richard que d’Arsène Lupin, et « aidé » par des complices tout aussi peu dégourdis… Mais dans un registre plus cynique, rappelons que Westlake est aussi l’auteur du Couperet, adapté au cinéma avec José Garcia dans le rôle principal. Quant au Contrat, il a changé de titre dans sa version cinématographique, pour devenir Je suis un assassin, avec François Cluzet et Bernard Giraudeau dans les rôles principaux.

3 commentaires »

  1. Danièle dit :

    Je ne suis pas une grande lectrice de Thrillers mais ce texte me donne envie de découvrir cet auteur et ce livre en particulier.

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  3. Normand dit :

    Bonsoir,
    Pouvez vous me dire, comment se termine le Livre?
    Merci
    DN

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