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Les charmes discrets de la vie conjugale – Douglas Kennedy

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Les charmes discrets de la vie conjugaleHannah n’a que 15 ans quand son père est arrêté et brièvement incarcéré pour ses activités militantes contre la guerre du Vietnam, incident qui le rend célèbre du jour au lendemain. Et elle n’a que 19 ans quand elle rencontre Dan, son futur mari, à l’université où elle étudie. Contrairement à son père, elle n’a aucun goût pour la contestation sociale et politique : épouser son bel étudiant en médecine constitue son idéal de vie, au grand dam de son artiste de mère qui lui reproche amèrement son conformisme.

Comme prévu, Hannah va épouser Dan et s’efforcer d’être avant tout une bonne épouse, puis une bonne mère, souvent au détriment de ses aspirations personnelles. Les diverses concessions qu’elle sera amenée à faire lui porteront préjudice à plus d’un titre : mépris de sa mère, doutes existentiels et mélancolie chronique seront le lot quotiden de la jeune femme. Jusqu’au jour où elle se laisse aller à une unique incartade dont les conséquences, effrayantes sur le moment, se révèleront plus légères que prévu. Mais l’effet boomerang sera d’autant plus spectaculaire qu’il aura pris tout son temps pour se manifester… 

Les 200 premières pages de ce roman sont consacrées à la présentation des personnages, puis à une chronique douce-amère de leur quotidien familial et professionnel. Le premier événement vraiment « romanesque » survient au moment où le lecteur, résigné ou exaspéré –  selon son tempérament -, ne l’attendait même plus. On peut en effet reprocher à Douglas Kennedy une entrée en matière exagérément longue, même si l’abondance des informations fournies dans la première partie nous aide par la suite à comprendre les agissements des protagonistes, et plus particulièrement celui d’Hannah. Mais l’action retombe très vite après cet épisode, et on devra encore faire preuve d’un peu de patience avant que l’histoire explose en un crescendo spectaculaire, d’autant plus impressionnant qu’on avait fini par s’habituer à ce rythme « plan-plan » !

Malgré les apparences, on ne s’ennuie jamais vraiment en lisant ce roman, même si on est parfois agacé par sa lenteur : l’auteur a assez de talent pour maintenir notre attention en toutes circonstances, quel que soit l’événement – ou le non-événement – qu’il nous raconte par la  »voix » de sa narratrice Hannah. Mais l’intérêt principal de ce récit qui recouvre plusieurs décennies réside surtout dans le fait qu’à travers la famille Buchan, on assiste à l’évolution de la société américaine de la fin des années 60 aux années 2000. Sur un plan historique et politique, bien sûr, de la guerre du Vietnam aux années « Patriot Act » générées par les attentats du 11 septembre ; mais aussi sur le plan des mentalités, dans une société qui hésite entre conservatisme et désir de s’émanciper.

Un des aspects les plus réussis du roman est l’évocation du conflit des générations « à l’envers » auquel Hannah et ses parents sont confrontés : coincée entre un père célèbre pour ses prises de position contestataires et par une mère artiste peintre renommée pour son audace artistique, la rebellion de la jeune fille consiste à adopter un comportement désespérément classique. Hannah elle-même le reconnaît en ces termes : « Mes parents ne m’ont jamais imposé d’heures limites, ne m’ont jamais dit comment je devais m’habiller, n’ont jamais été après moi pour que je range ma chambre, mais il est vrai que je rentrais assez tôt, que le style hippie ne me disait rien, et que mes quartiers étaient bien plus en ordre que les leurs. » Quelques décennies plus tard, elle-même aura du mal à comprendre ses propres enfants, trop conformes aux idées engendrées par leur époque pour son goût.

« Les charmes discrets de la vie conjugale » est un bon roman dans l’ensemble qui, malgré ses défauts liés au rythme de la narration, laisse un souvenir suffisamment positif pour donner envie de découvrir le reste de l’oeuvre de Douglas Kennedy. Ceci n’est sans doute pas le dernier billet consacré à cet auteur !

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Un commentaire

  1. Danièle

    6 juillet, 2008 à 17:20

    En lisant ce livre je suis passée par différentes phases.j’ai bien aimé certains passages et parfois j’ai ressenti un peu d’ennui,mais dans l’ensemble je l’ai beaucoup apprécié.

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