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Critiques littéraires, cinématographiques et musicales

« Arrête avec tes mensonges » – Philippe Besson

Classé dans : Littérature générale,Livres — 20 février, 2017 @ 11:22

arrete_mensongesQuatrième de couverture :

Quand j’étais enfant, ma mère ne cessait de me répéter : « Arrête avec tes mensonges ». J’inventais si bien les histoires, paraît-il, qu’elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J’ai fini par en faire un métier, je suis devenu romancier.

Aujourd’hui, voilà que j’obéis enfin à ma mère : je dis la vérité. Pour la première fois. Dans ce livre.

Autant prévenir d’emblée : pas de règlement de comptes, pas de violence, pas de névrose familiale.
Mais un amour, quand même.
Un amour immense et tenu secret.
Qui a fini par me rattraper.

À travers le récit autobiographique d’un amour de jeunesse, Philippe Besson met en scène un combat implacable entre vérité et mensonge.

Au cours d’une interview dans un lieu public, le narrateur aperçoit un jeune homme qu’il pense reconnaître. Il se précipite pour le rattraper et vérifier son identité. L’homme se retourne, et…

Ce narrateur, c’est Philippe Besson lui-même, comme il nous l’indique avec élégance dès les premières lignes  :

Un jour, je peux dire quand exactement, je connais la date, avec précision, un jour je me trouve dans le hall d’un hôtel, dans une ville de province, un hall qui fait office de bar également, je suis assis dans un fauteuil, je discute avec une journaliste, entre nous une table basse, ronde, la journaliste m’interroge au sujet de mon roman, Se résoudre aux adieux, qui vient de sortir, (…)

Se résoudre aux adieux est bien un roman de Philippe Besson, paru aux éditions Julliard en juillet 2006. Le lecteur curieux ou connaisseur pourra donc authentifier l’événement et même le dater avec une relative précision. Dès lors, l’aspect autobiographique du récit ne fait plus aucun doute.

A moins bien sûr qu’il ne s’agisse d’un subterfuge pour nous donner l’illusion de la réalité. L’auteur serait alors très joueur et se donnerait beaucoup de peine pour donner le change, car tout au long du roman, de nombreuses précisions biographiques et bibliographiques émailleront le récit, qui nous permettront de le « pister » au cours de sa carrière. Nous admettrons donc que cet opus, désigné officiellement comme un roman, est en fait un récit autobiographique assumé, le premier du genre pour Philippe Besson.

Il s’agit d’une histoire d’amour entre deux lycéens. Deux garçons. Vers le milieu des années 80. En 2017, et particulièrement pour les très jeunes gens, il n’est sûrement pas facile de briser la barrière des préjugés. A cette époque, dans un village, cela devait paraître insurmontable.

En 1984, le jeune Philippe est un élève modèle qui fait la fierté de ses parents. Pourtant il ne semble pas avoir une image de lui-même très valorisante. Même avec le recul, l’adulte semble porter un regard désabusé et un peu cruel sur l’adolescent qu’il était :

J’ai dix-sept ans.
Je ne sais pas que je n’aurai plus jamais dix-sept ans (…)

Je suis élève en terminale C au lycée Élie-Vinet de Barbezieux.
Ça n’existe pas, Barbezieux. (…)

Enfin, qui se rappelle les terminales C ? On dit S aujourd’hui, je crois. Même si ce sigle ne recouvre pas la même réalité. (…)

Donc je suis d’une époque révolue, d’une ville qui meurt, d’un passé sans gloire.

Cette année-là, il tombe amoureux d’un élève de son lycée, un garçon ténébreux, « taiseux », beau, mystérieux, auquel il n’a jamais eu l’occasion d’adresser la parole. Il sait juste son nom : Thomas Andrieu. Il ne peut même pas imaginer que le jeune homme puisse s’intéresser à lui, dans le cas improbable où celui-ci aurait la même orientation sexuelle que lui.

Ce garçon, à l’évidence, n’est pas pour moi. Et même pas parce que je ne serais pas assez séduisant, pas assez attirant. Simplement parce qu’il est perdu pour les garçons. Il n’est pas fait pour eux, pour ceux comme moi. Ce sont les filles qui le gagneront.

Et pourtant l’impensable se produit : Thomas lui donne rendez-vous à la pause de midi, dans un bistro éloigné du lycée. Leur relation évoluera très vite, avec la spontanéité, la violence, les non-dits et les maladresses de l’adolescence. Particulièrement quand la relation adolescente doit demeurer secrète, comme une maladie honteuse. Que penseraient les parents, les autres élèves, la communauté du village ? Comment réagiraient-ils ? Pour Thomas, la question ne se pose même pas : dès le départ, il impose le secret comme une condition absolue, lui qui paraissait pourtant si détaché, si sûr de lui. Philippe, lui, a accepté son homosexualité dès qu’il en a pris conscience, à l’âge de onze ans, et en tire même une certaine fierté :

Je ne suis pas du tout catastrophé par cette révélation. Au contraire, elle m’enchante. D’abord, parce qu’elle se joue à l’abri des regards et que les enfants raffolent des jeux secrets, de la clandestinité qui renvoie les adultes à l’écart. (…) Enfin, parce que je devine que cette situation scelle ma différence. Ainsi, je ne ressemblerai pas à tous les autres. (…) Je cesserai d’être l’enfant modèle.

Cet aspect assumé se retrouve tout au long du récit : l’homosexualité n’en est pas le thème central, elle est à la fois omniprésente et reléguée à l’arrière-plan. Il s’agit avant tout d’une histoire d’amour, qui pourrait tout aussi bien avoir lieu entre un homme et une femme pour peu que cette relation soit contrariée, quelle qu’en soit la raison. On est plus proche de la problématique de Roméo et Juliette que de ce qu’on appelle aujourd’hui la « littérature gay », pour autant que ce terme ait le moindre sens.

« Arrête avec tes mensonges » est avant tout un superbe roman, qui prend littéralement aux tripes. Je ne suis pas très portée sur les histoires d’amour en littérature, parce qu’elles me semblent souvent soit mièvres, soit inutilement érotiques, parfois carrément glauques. Dans ce dernier opus de Philippe Besson, rien n’est escamoté : ni la sexualité, décrite parfois de façon très explicite, ni la force des sentiments. Mais on ne sombre jamais dans le mélo ni dans le voyeurisme. On vit avec l’auteur son bonheur, ses craintes, ses angoisses, son chagrin, son espoir, on ressent ses émotions comme s’il était notre meilleur ami et qu’il se confiait à nous directement.

Philippe Besson a toujours su créer une forte empathie pour ses personnages. Dans ce roman où il incarne un des deux personnages principaux, celle-ci est portée à son comble. Peut-être parce qu’on sait dès le départ que l’histoire est réelle et par sympathie pour l’auteur, mais pas seulement. « Arrête avec tes mensonges » réunit et explique tous les thèmes récurrents dans ses précédents romans et leur donne une force supplémentaire.

Le grand Stephen King a écrit au sujet de sa saga-fleuve La Tour sombre qu’elle était « le Jupiter du système solaire de [son] imagination ». On pourrait en écrire autant de ce roman pourtant très court, pour l’œuvre de Philippe Besson. On peut en tout cas le qualifier de chef-d’œuvre sans hésiter.

Chance – Kem Nunn

Classé dans : Livres,Polar / thriller — 9 février, 2017 @ 10:21

chanceQuatrième de couverture :

À San Francisco, la vie bien ordonnée du docteur Eldon Chance est en train de partir à vau-l’eau. À bientôt cinquante ans, le brillant neuropsychiatre récemment divorcé commence à trouver son quotidien ennuyeux. Ce vide est bientôt comblé par la soudaine fascination qu’il éprouve pour une de ses patientes, la très séduisante mais très instable Jaclyn Blackstone. Hélas pour lui, le mari de celle-ci, un flic corrompu et dangereux de la brigade criminelle, est d’une jalousie féroce et personne ne souhaite l’avoir pour ennemi. Peu à peu, l’obsession que Chance nourrit pour Jaclyn va l’entraîner dans une histoire autrement plus sombre et complexe que ce qu’il avait imaginé…
 
Hommage à Sueurs froides d’Alfred Hitchcock, le nouveau thriller de Kem Nunn pousse le suspense à son paroxysme. On retrouve avec bonheur son style fait d’humour et de lyrisme, ainsi que son exceptionnelle acuité psychologique dans un récit dérangeant et obsédant.

« Don’t judge a book by its cover », conseille un proverbe anglais, littéralement : « Ne juge pas un livre à sa couverture », l’équivalent de notre expression « Les apparences sont trompeuses ». Et en effet, à en juger par sa couverture ce roman avait tout pour me plaire : je suis une adoratrice de San Francisco en général et du Golden Gate en particulier, qui évoque pour moi de merveilleux souvenirs touristiques. Le fait que Chance soit publié chez Sonatine m’a fortement influencée aussi : j’ai dû lire une vingtaine de romans de cette maison d’édition, et j’en ai adoré la grande majorité. J’aime les polars et les thrillers, et plus encore les polars psychologiques. Un roman dont le personnage principal est un psy ne pouvait que m’attirer.

Pourtant je n’ai jamais réussi à m’intéresser vraiment à l’histoire de Chance, le héros mal nommé qui donne son titre au roman. Sa personnalité en est sûrement la cause principale : d’une mollesse et d’une indécision incroyables, il reçoit sur la tête un déluge de calamités de toutes sortes qui obligerait toute personne « normale » à réagir.  Lui semble attendre que les tuiles lui tombent sur la tête en espérant qu’elles ne lui feront pas trop mal ! Les anti-héros complètement dépassés par les événements provoquent souvent la sympathie du lecteur, et ils ont leur dynamique propre. Un personnage dépressif peut inspirer la compassion, et on lui souhaite de trouver de l’aide dans son entourage. Chance, lui, suscite plutôt l’irritation par sa façon d’hésiter toujours entre deux (mauvaises) solutions, de choisir la pire, puis de la regretter aussitôt. Un comble pour un psychiatre, censé aider ses patients à surmonter leurs propres démons intérieurs. En même temps, comment lui reprocher son manque de dynamisme, dans la mesure où chacune de ses initiatives se solde par une catastrophe supplémentaire ?

Les personnages secondaires sont plus intéressants : Carl, le vieil antiquaire noir et gay, qui semble très doué aussi pour s’attirer des ennuis ; D, le colosse au passé trouble qui inspire autant de crainte que de pitié ; Jean-Baptiste, le concierge‑photographe qui fait des portraits de grands malades mentaux et les expose dans le cabinet de Chance (qui les accepte avec son fatalisme habituel) ; Jaclyn / Jackie, la patiente à la double personnalité, à l’origine de bien des problèmes ; Blackstone, son mari, le flic supposé ripou, pervers et sadique… Eux ont des personnalités beaucoup plus marquées, et de ce fait on peut regretter qu’ils ne soient pas plus fouillés : on aimerait en apprendre davantage sur eux.

L’intrigue elle-même est riche et bien construite : il y a plusieurs histoires dans l’histoire, ne serait-ce que parce que chacun des personnages a le don de créer des problèmes apocalyptiques pour soi-même et pour son entourage ! C’est le meilleur aspect du roman, qui fait souvent sourire ou même éclater de rire : on a droit soudain à des scènes un peu too much qui évoquent presque la bande dessinée, et qui, en formant un contraste saisissant avec une narration trop morne, relancent joyeusement l’intérêt du roman. La scène finale est très dynamique, mais elle clôt un peu trop rapidement le roman : la fin est assez elliptique et laisse un goût d’inachevé.

Mon impression est donc mitigée : Chance est typiquement le genre de romans que je lis sans passion, mais avec un certain plaisir et sans jamais avoir la tentation d’en interrompre la lecture. Il s’agit quand même d’un polar bien ficelé, avec une intrigue et des personnages originaux et qui donne envie de connaître le fin mot de l’histoire. Mais il manque un peu d’âme pour que celle-ci soit vraiment palpitante.

Article 353 du code pénal – Tanguy Viel

Classé dans : Littérature générale,Livres — 22 janvier, 2017 @ 12:28

article353Quatrième de couverture :

Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d’être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l’ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec.

Il faut dire que la tentation est grande d’investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu’il soit construit.

 

Il fallait oser. Attribuer un titre aussi technique et tristounet à une œuvre littéraire, a priori ça ressemblait à un suicide éditorial. Cette audace n’a pas empêché Article 353 du code pénal de faire partie des livres les plus attendus de cette rentrée de janvier, ni d’obtenir dès sa sortie un succès correspondant à cette attente.

Heureusement, l’incipit est intriguant et nous plonge – si on peut dire – dans une atmosphère plus proche du thriller que du document juridique :

Sur aucune mer du monde, même aussi près d’une côte, un homme n’aime se retrouver dans l’eau tout habillé – la surprise que c’est pour le corps de changer subitement d’élément, quand l’instant d’avant le même homme aussi bien bavardait sur le banc d’un bateau, à préparer ses lignes sur le balcon arrière, et puis l’instant d’après, voilà, un autre monde, les litres d’eau salée, le froid qui engourdit et jusqu’au poids des vêtements qui empêche de nager.

Le narrateur révèle qu’il a poussé Lazenec par-dessus bord, l’a laissé se débattre dans l’eau glacée, puis est revenu au port « comme si de rien n’était », selon ses propres termes. Sans état d’âme. Avec le même flegme, il est rentré chez lui et a attendu tranquillement que la police vienne l’arrêter, à la suite de la découverte du cadavre de Lazenec. Enfin, interrogé par le juge, il ne nie rien. Au contraire il explique tout, comme si la possibilité qu’on lui offrait de s’exprimer enfin le soulageait, après des années de silence et de colère rentrée.

La construction de ce roman évoque vaguement un épisode de la série Columbo : dès le départ on sait qui est le meurtrier et comment il a assassiné sa « victime ». Aucun suspens à ce niveau-là. Il n’y a même pas vraiment d’enquête, puisque le « coupable » est tout de suite passé aux aveux. La majorité du roman se déroule donc dans le bureau du juge, où Kermeur rembobine le fil de l’histoire, des années avant cette sortie en mer fatidique, et raconte comment il en est arrivé à commettre un tel geste.

Si le langage de Kermeur évoque le langage parlé, il n’en est pas moins très littéraire, trop par moments pour qu’on puisse conserver cette illusion d’oralité. Pourtant en tant que lecteur on a plus l’impression d’écouter un témoignage que de lire un roman, comme si on assistait à ce huis clos derrière le mythique miroir sans tain cher au polar. Quand le juge interrompt le coupable pour poser une question, celle-ci correspond souvent à celle qu’on était en train de se poser, renforçant ainsi cette impression fascinante d’assister à la confrontation, voire d’y participer.

La taille, le style et la construction de ce roman invitent à le lire rapidement, d’une traite idéalement. On tourne les pages avec une certaine fébrilité, dans l’attente impatiente de toute nouvelle information susceptible de nous aider à comprendre comment cet homme qui semble plutôt candide et même un peu terne a pu se transformer en un assassin aussi dépourvu de scrupules.

C’est le deuxième roman de Tanguy Viel que je lis, après La disparition de Jim Sullivan qui m’avait déjà charmée par son originalité et son style. Je pense qu’à la suite de ces deux excellentes expérience cet auteur ne tardera pas à réapparaître dans ce blog !

 

La Maison des feuilles – Mark Z. Danielewski

Classé dans : Fantastique,Livres — 18 janvier, 2017 @ 6:24

maison-feuilles-couvQuatrième de couverture :

Johnny a trouvé un mystérieux manuscrit à la mort d’un vieil homme aveugle. Il décide de le mettre en forme et de l’annoter de façon très personnelle. Le texte se présente comme un essai sur un film, le Navidson Record, réalisé par Will Navidson, un photoreporter, lauréat du prix Pulitzer. Will, qui vient d’emménager avec sa famille dans une maison en Virginie, filme son installation, réalisant une sorte de «home movie». Tout s’annonce bien jusqu’à ce qu’il découvre une pièce qui n’existait pas. Passé l’étonnement, il se rend à une évidence troublante : la maison est plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur. Navidson tente d’explorer les lieux mais, après avoir manqué se perdre, il engage des explorateurs professionnels. L’horreur commence alors. Aussi bien pour les membres de l’expédition que pour le lecteur – lui-même égaré dans le dédale des notes qui envahissent les pages comme un lierre maléfique.

Que cache la maison ? Quel est ce grondement qu’elle émet de temps en temps ? Pourquoi Johnny a-t-il ces cicatrices ? Pourquoi le manuscrit de Zampanó semble-t-il le rendre fou ?

À la fois jeu de piste, récit fantastique, dérive personnelle, essai faussement académique, La Maison des feuilles a pour effet de changer progressivement le lecteur en apprenti sorcier, monteur de salle obscure, détective amateur, spectateur. Une lecture littéralement habitée.

Un film culte mais introuvable, sur un sujet a priori bien anodin : l’emménagement d’une famille classique dans une maison banale à première vue… mis à part le fait qu’elle « pousse » de l’intérieur, tout en conservant les mêmes dimensions et aspect extérieurs. Et si on fait abstraction d’un autre détail : certaines pièces sont présentes ou non suivant si on les observe depuis une autre pièce ou depuis le jardin…

Un vieil homme qui a consacré une partie de sa vie à enquêter sur ce film. Un homme beaucoup plus jeune qui n’a rencontré le vieillard qu’après son décès, s’est emparé de ses manuscrits et les étudie avec la même passion obsessionnelle que son prédécesseur, comme s’il était lui aussi happé par la maison

Une maison qui n’est mentionnée qu’en bleu tout au long du récit, y compris dans le titre…

Avant même d’ouvrir le livre, le lecteur pressent que La Maison des feuilles ne sera pas un roman comme les autres. Ni même un « roman-fantastique-ayant-pour-thème-une-maison-avec-des-phénomènes-surnaturels » comme les autres.  S’il a la curiosité de le feuilleter, ses soupçons se confirmeront très vite à la vue de pages de ce genre :

maison-feuilles-extrait-1

… ou de ce genre :

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Il sera rassuré de constater que certaines pages sont (presque) normales, et que d’autres ne comportent que quelques mots et se lisent donc très vite et facilement, comme celles-ci :

maison-feuilles-extrait-3

Et à l’instar de Navidson explorant sa propre maison, le lecteur pénètrera timidement dans ce pavé de plus de 700 pages, à la fois craintif et excité par la perspective de cette exploration. Son rythme de lecture sera très saccadé en raison de la mise en page irrégulière, qui le forcera parfois à revenir en arrière, à basculer ou tourner le livre de 180° pour suivre des bouts de textes disposés dans tous les sens, à chercher une note de bas de page dont il ne trouve pas la source dans le texte principal, si bien qu’à certains moments il aura plus l’impression de jouer que de lire au sens classique du terme. Et il ne s’agirait effectivement que d’un jeu si la forme ne dépendait pas aussi étroitement du fond, c’est-à-dire de l’action, de l’endroit où les personnages se trouvent, de leur état d’esprit, et autres circonstances que je ne dévoilerai pas ici. Il suffit peut-être de préciser que le père de l’auteur était un cinéaste indépendant, et qu’on en trouve des traces dans l’œuvre du fils : outre l’omniprésence du film Navidson record, on notera l’importance particulière accordée à l’aspect visuel, inhabituelle pour un roman, et bien sûr son aspect innovant et audacieux, très loin d’une écriture commerciale.

Tout ce qui précède pourrait décourager par avance un candidat à la lecture, et pourtant ce n’est pas le but. D’abord, précisons qu’il s’agit avant tout d’un roman fantastique avec un suspens permanent, y compris dans ses passages les plus complexes à déchiffrer. Et même cette difficulté de progression rend l’histoire encore plus intéressante, parce que l’auteur sait ménager ses effets, nous ralentir quand nous sommes impatients de découvrir la suite, puis nous libérer en aérant au maximum ses pages quand nous étions sur le point d’abandonner la partie. De ce fait, on ne s’ennuie jamais, ou du moins pas longtemps, et chaque digression ou difficulté est récompensée par un rebondissement palpitant, si bien qu’on ne peut plus s’arrêter.

Si j’avais un réel reproche à faire à ce roman, ce serait sa fin qui à mon avis n’est pas à la hauteur du reste. Mais le trajet pour y parvenir est si bon qu’on s’en consolera, et en aucun cas on ne regrettera le voyage.

Pétronille – Amélie Nothomb

Classé dans : Littérature générale,Livres — 30 août, 2014 @ 7:46

PetronilleQuatrième de couverture :

« Au premier regard je la trouvai si jeune que je la pris pour un garçon de quinze ans. »

Ma critique :

Amélie Nothomb nous a habitués depuis longtemps à ces petites phrases énigmatiques, encadrées en principe de guillemets – citation oblige – en lieu et place des résumés fournis qui ornent habituellement les quatrièmes de couverture. Celle-ci nous présente le personnage qui donne son titre au roman : Pétronille, jeune femme  au physique et au look un peu androgynes, âgée de 22 ans au moment où débute l’histoire. Le lecteur découvrira vite que l’aspect physique n’est qu’un élément parmi tant d’autres qui rendent ce personnage plutôt inclassable.

La narratrice est une certaine… Amélie Nothomb, qui au début de l’histoire est confrontée à un grave problème : si elle adore le champagne, elle déteste le boire seule, et elle se cherche donc « un convignon ou une convigne », c’est-à-dire un compagnon qui, au lieu de partager avec elle le pain – comme le suggère l’étymologie du mot – l’aidera à consommer le produit de la vigne. Car la jeune Belge fraichement débarquée à Paris estime que « Dans la Ville lumière, il doit y avoir quelqu’un avec qui boire la lumière. »

Elle finira donc par trouver ce quelqu’un, en la personne de Pétronille. Les deux femmes deviennent vite amies, mais on ne serait pas dans un roman d’Amélie Nothomb si leur relation évoluait en un long fleuve tranquille. La jeune fille se révèle aussi « pittoresque » que son prénom, pour le moins décidée, avec une tendance dominatrice dont la narratrice, un peu trop accommodante, fera plus d’une fois les frais.

Il serait dommage d’en dévoiler plus, même s’il ne s’agit pas d’un thriller, ni même d’un roman qui repose essentiellement sur les rebondissements. Comme toujours, l’histoire est déjantée tout en gardant un côté vraisemblable, si bien qu’on se demande tout au long de la lecture quelle en est la part autobiographique – question d’autant plus évidente que la narratrice porte le nom de l’auteur, et lui correspond en de nombreux aspects connus. Mais ce qui fait le sel de ce « récit » (?), c’est le style inimitable d’Amélie Nothomb, constitué à la fois d’une fausse simplicité et d’une certaine préciosité sans jamais tomber dans la prétention, d’autant qu’il est souvent au service d’une féroce autodérision envers son auteur. On se surprend donc à rire à de nombreuses reprises, voire à éclater de rire à certains passages, situation particulièrement gênante quand on lit le roman, seule, dans un lieu public – c’est du vécu…

La fin de ce roman est un peu controversée, pour employer un terme à la mode. Personnellement je l’ai adorée, et elle m’a valu un fou rire et un grand moment de solitude à la terrasse d’un restaurant parisien… C’est la seule raison pour laquelle je ne remercie pas totalement Mme Nothomb pour ce roman, un de ses meilleurs à mon avis.

Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre

Classé dans : Littérature générale,Livres — 6 novembre, 2013 @ 3:13

Couverture de Au revoir là-hautQuatrième de couverture :

Rescapés du chaos de la Grande Guerre, Albert et Edouard comprennent rapidement que le pays ne veut plus d’eux.

Malheur aux vainqueurs ! La France glorifie ses morts et oublie les survivants.

Albert, employé modeste et timoré, a tout perdu. Edouard, artiste flamboyant devenu une « gueule cassée », est écrasé par son histoire familiale. Désarmés et abandonnés après le carnage, tous deux sont condamnés à l’exclusion. Refusant de céder à l’amertume ou au découragement, ils vont, ensemble, imaginer une arnaque d’une audace inouïe qui mettra le pays tout entier en effervescence… Et élever le sacrilège et le blasphème au rang des beaux-arts.

Bien au delà de la vengeance et de la revanche de deux hommes détruits par une guerre vaine et barbare, ce roman est l’histoire caustique et tragique d’un défi à la société, à l’État, à la famille, à la morale patriotique, responsables de leur enfer. Dans la France traumatisée de l’après guerre qui compte son million et demi de morts, ces deux survivants du brasier se lancent dans une escroquerie d’envergure nationale d’un cynisme absolu.

Ma critique :

J’ai entendu parler de ce roman bien avant sa sortie le 21 août, en fait dès le début de l’été. On le présentait déjà comme le livre événement de la rentrée littéraire, et même comme un favori potentiel pour le Goncourt ! Autant dire que j’attendais avec impatience de pouvoir le lire, tout en craignant d’être déçue après le battage médiatique qui en avait été fait. Ce ne fut pas le cas, loin s’en faut : je l’ai dévoré et me suis régalée d’un bout à l’autre. Puis j’ai suivi attentivement les sélections des prix de la rentrée – ce que je ne fais jamais habituellement – et enfin ce lundi 4 novembre j’ai sauté de joie devant mon poste de télé en entendant Didier Decoin prononcer le nom de Lemaitre en tant que nouveau prix Goncourt ! L’événement m’a encouragée à reprendre ce blog là où je l’avais (dé)laissé il y a plusieurs semaines…

Comme l’indique le quatrième de couverture, les personnages principaux de Au revoir là-haut sont deux rescapés de la guerre de 14-18. Enfin, rescapés… Pour Edouard, ce terme semble presque ironique, tellement les blessures qu’il a ramenées de la guerre sont lourdes : il est devenu ce qu’on n’appelle pas encore à cette époque une « gueule cassée ». Sa situation est d’autant plus douloureuse – dans tous les sens du terme – qu’il est issu d’une famille riche et n’a connu jusque là qu’une vie confortable et sans soucis, malgré des relations tendues avec son père. Albert, lui, a failli mourir tout à la fin du conflit et a été sauvé par Edouard, qui est devenu de ce fait son meilleur ami, un ami dont il se sent perpétuellement redevable.

Si les deux compères avaient rêvé d’un retour triomphal, ils vont en être pour leurs frais : ils comprendront très vite – avant même leur démobilisation – que les notions d’héroïsme, de patriotisme, de justice et de reconnaissance de la patrie sont des valeurs toutes relatives. En effet, la France qu’ils retrouvent après ces années de cauchemar est plus soucieuse de rendre hommage à ses défunts qu’à ses survivants, beaucoup plus encombrants, et bien moins présentables avec leurs blessures de guerres apparentes et souvent effrayantes. De plus, comment réintégrer professionnellement une telle quantité d’hommes actifs, dont beaucoup souffrent de handicaps et de traumatismes plus ou moins graves ? On leur rendrait bien les postes qu’ils ont dû quitter pour partir au combat, mais ce serait priver de travail leurs remplaçants, qui n’ont pas démérité en leur absence… Personne ne leur reproche d’avoir survécu, bien sûr, mais le comportement de la population à leur égard leur suggère qu’ils auraient peut-être mieux fait de ne pas revenir…

Edouard et Albert mettront un certain temps à prendre conscience de l’ambiguïté de leur situation, puis de sa gravité, avant de perdre leurs dernières illusions. Edouard aura alors une idée à la fois brillante et hérétique : puisque la Nation a profité d’eux jusqu’au sacrifice, ils profiteront de la Nation en retournant à leur avantage ces mêmes valeurs qu’on leur a tant serinées : patriotisme et reconnaissance de la Patrie envers ses soldats tombés au champ d’honneur. A la guerre comme à la guerre, en quelque sorte !

Ce résumé ne donne qu’une vague idée de l’atmosphère qui se dégage de Au revoir là-haut, qui m’a souvent fait penser à Victor Hugo, celui des Misérables et plus encore de L’homme qui rit. Je n’ai évoqué jusqu’ici qu’Edouard et Albert, mais les personnages « secondaires » sont tout aussi intéressants que les deux protagonistes, pittoresques à nos yeux de gens du XXIe siècle tout en restant réalistes, souvent outrés sans jamais en devenir caricaturaux. L’histoire elle-même – celle avec un petit h – semble parfois trop « hénaurme » pour qu’on y croie complètement, et pourtant elle repose sur une large part de vérité non seulement sur la Première Guerre Mondiale elle-même, mais aussi sur les malversations qui en ont découlé. Le mélange de cruauté et d’humour (noir) qui règne d’un bout à l’autre du roman ne font qu’ajouter à l’ambiguïté de l’histoire, à laquelle on serait bien en peine d’accoler une étiquette : roman historique, psychodrame, comédie dramatique, fable féroce ? Au revoir là-haut est tout ça à la fois, pour le plus grand bonheur du lecteur qui ne sait plus où donner de l’émotion !

Cerise sur le gâteau : Pierre Lemaitre a annoncé récemment qu’il prévoyait non seulement d’en écrire une suite, mais en plus de l’utiliser comme point de départ d’une fresque sur le XXe siècle, à la façon de Balzac ou Zola en leur temps. Si les prochains romans demeurent de cette qualité, on les attend de pied ferme !

Le sermon sur la chute de Rome – Jérôme Ferrari

Classé dans : Littérature générale,Livres — 22 août, 2013 @ 5:07

Le sermon sur la chute de Rome - Jérôme Ferrari dans Littérature générale sermont_chute_rome-159x300Quatrième de couverture :

Dans un village corse perché loin de la côte, le bar local est en train de connaître une mutation profonde sous l’impulsion de ses nouveaux gérants. A la surprise générale, ces deux enfants du pays ont tourné le dos à de prometteuses études de philosophie sur le continent, pour, fidèles aux enseignements de Leibniz, transformer un modeste débit de boissons en « meilleur des mondes possibles ». Mais c’est bientôt l’enfer en personne qui s’invite au comptoir, réactivant des blessures très anciennes ou conviant à d’irréversibles profanations des êtres assujettis à des rêves indigents de bonheur, et victimes, à leur insu, de la tragique propension de l’âme humaine à se corrompre.

Entrant, par-delà les siècles, en résonance avec le sermon par lequel saint Augustin tenta, à Hippone, de consoler ses fidèles de la fragilité des royaumes terrestres, Jérôme Ferrari jette, au fil d’une écriture somptueuse d’exigence, une lumière impitoyable sur la malédiction qui condamne les hommes à voir s’effondrer les mondes qu’ils édifient et à accomplir, ici-bas, leur part d’échec en refondant sans trêve, sur le sang ou les larmes, leurs impossibles mythologies.

Ma critique :

Un homme âgé regarde une photo de famille où il ne figure pas, bien qu’elle représente sa mère et sa fratrie. Et pour cause : il n’était pas encore né au moment de la prise de vue. Cette observation minutieuse fait ressurgir dans son esprit des images de sa petite enfance, sous la forme bien particulière que revêtent les vieux souvenirs : sous une forme désordonnée en apparence, mais qui suit une logique personnelle pour le « penseur ».

Tel est le début de ce roman, et quel début ! Les dix premières pages donnent l’impression que l’auteur teste la résistance de son lecteur. Et, de fait, il faut une certaine opiniâtreté pour arriver au bout de cette longue introduction constituée d’un seul paragraphe. Le style évoque un peu Gabriel Garcia Marquez, voire Marcel Proust, autant dire qu’il peut rebuter de prime abord… Est-ce d’ailleurs un hasard si le vieillard se prénomme Marcel ?

On peut être tenté dans un premier temps de tourner les pages avec un peu d’avance sur la lecture, en espérant que la suivante verra la fin du pavé, voire de feuilleter rapidement le livre pour vérifier si le reste du roman est plus aéré. Et pourtant, un peu à notre insu, la magie opère en cours de route et on en vient à s’intéresser à la biographie et aux états d’âme de Marcel, le patriarche de cette famille que l’on va suivre tout au long du récit. Enfin, passée l’inquiétude que peut susciter son style particulier, on appréciera la beauté du langage de Jérôme Ferrari.

Puis on entre dans une narration plus classique – et plus facile à lire – qui décrit le présent : une femme nommée Hayet quitte discrètement le bar corse dans lequel elle travaillait, et disparaît sans explications. Du jour au lendemain, il faut lui trouver un remplaçant. Après quelques péripéties, le bistro va être sauvé par deux jeunes gens : Mathieu, le petit-fils de Marcel, un jeune homme élevé à Paris mais qui a passé toutes ses vacances en Corse, et son ami d’enfance Libéro qui, lui, a toujours vécu en Corse et a récemment émigré à Paris pour entrer à l’Université. Tous deux ont choisi d’abandonner leurs études de philosophie pour reprendre le bar. De leurs études avortées ils ont retenu surtout la notion de « meilleur des mondes » chère à Leibnitz, qu’il veulent recréer dans ce qu’ils considèrent comme étant le paradis sur Terre.

On devine dès le début qu’ils vont être déçus, comme le sont la plupart des idéalistes une fois confrontés à la réalité. Tout au long du roman on va suivre l’évolution psychologique, sociale, et sexuelle – entre autres – de ces deux jeunes gens particulièrement innocents à leur arrivée sur l’île. En parallèle, on va retrouver régulièrement Marcel, tantôt dans le présent du récit, tantôt sous forme de flash-backs qui vont nous aider à comprendre son comportement actuel, notamment au niveau des relations qui « l’unissent » à son petit-fils. Et on découvrira Aurélie, la soeur de Mathieu, une archéologue qui fait des fouilles en Algérie, plus précisément à Annaba. Le nom antique de cette ville est Hippone, la cité dont Saint Augustin était évêque au Ve siècle, et où il prononça son fameux « sermon sur la chute de Rome ».

Saint Augustin est bien sûr omniprésent tout au long du roman, bien au-delà du titre : chaque début de chapitre comporte une citation du philosophe, Mathieu et Libéro l’étudient à l’université, et les fouilles d’Aurélie fourniront des occasions supplémentaires de l’évoquer. Mais heureusement pour la plupart d’entre nous, il n’est pas obligatoire de connaître l’œuvre originale pour apprécier ce « Sermon sur la chute de Rome » du XXIe siècle, d’autant que Jérôme Ferrari, lui-même professeur de philosophie, se charge de combler nos lacunes. Le rapport entre l’histoire de cette famille, celle de la France contemporaine et le sermon du philosophe se dévoilera progressivement, pour apparaître d’une façon limpide à la fin du roman.

J’ai beaucoup apprécié Le sermon sur la chute de Rome, que j’avais pourtant abordé avec une certaine méfiance pour les raisons décrites au début de ce billet : je ne suis plus habituée à lire des textes aussi compacts, et surtout des phrases aussi longues, entrecoupées de simples virgules ; je craignais donc de ne pas tenir longtemps à ce rythme. Or, c’est exactement l’inverse qui s’est produit. J’ai réalisé en cours de lecture que mes passages préférés étaient les flash-backs qui évoquaient la vie de Marcel, d’une part en raison de l’aspect biographique particulièrement intéressant, mais aussi et surtout parce que j’ai fini par me prendre au jeu de ces phrases longues de plus d’une page parfois, celles-là même qui m’avaient rebutées dans un premier temps. Or, ce style est particulièrement présent dans ces flash-backs, tandis que le récit de l’histoire présente est écrit d’une façon plus « moderne », avec des phrases plus courtes et une ponctuation plus habituelle. J’ai trouvé très intéressant ce travail stylistique sur les différentes périodes de l’histoire de cette famille.

Le sermon sur la chute de Rome a obtenu le prix Goncourt 2012.

Chroniques de la fin du monde (trilogie) – Susan Beth Pfeffer

Classé dans : Jeunesse,Livres,Science-fiction — 12 août, 2013 @ 1:06

Tome 1 : Au commencement

Chroniques de la fin du monde (trilogie) - Susan Beth Pfeffer dans Jeunesse chroniques_fin_monde_11-184x300Quatrième de couverture :

Enfin c’est le grand soir : l’astéroïde dont tout le monde parle va percuter la Lune ! Familles, voisins, amis, tous se rassemblent pour observer le phénomène. Mais les choses ne se passent pas comme prévu. L’impact a été si violent que la Lune a dévié de son orbite et s’est rapprochée de la Terre. Peu à peu tout se dérègle… L’électricité puis l’eau sont coupées et les vivres commencent à manquer. Miranda et sa famille vont devoir accepter que la vie telle qu’ils la connaissaient a disparu à jamais.

 

Tome 2 : L’exil

chroniques_fin_monde_21-187x300 dans LivresQuatrième de couverture :

Lorsqu’un astéroïde percute violemment la Lune, semant le chaos dans le monde entier, Alex Morales se retrouve seul avec ses deux soeurs. Il n’a pas dix-huit ans et doit se débrouiller dans New York, envahie par les flots.

Pour chercher ses parents disparus, trouver de quoi manger, de quoi se chauffer, et simplement pour survivre, Alex sera amené à faire des choix qui changeront son destin à jamais.

 

Tome 3 : Les survivants

chroniques_fin_monde_31-189x300 dans Science-fictionQuatrième de couverture :

Cela fait maintenant un an qu’un astéroïde a percuté la Lune et provoqué un bouleversement climatique sans précédent.Dans un monde ou tout s’écroule, Miranda tombe pourtant éperdument amoureuse d’Alex, qu’elle vient de rencontrer. Mais une terrible tornade approche : les deux jeunes gens parviendront-ils à s’aimer dans un tel chaos ? Leurs destins sont en suspens…

 

Ma critique :

J’ai choisi de traiter ces trois volumes ensemble en raison de l’homogénéité de cette trilogie : chacun des trois tomes peut être considéré comme un « livre » au sens où on l’entend dans la littérature classique, c’est-à-dire « partie » ou « gros chapitre » (Livres I, II et III).

Tout commence par un événement astronomique qui, d’après les médias, promettait d’être intéressant, spectaculaire et… sans danger : la collision d’un astéroïde contre la Lune. La catastrophe qui en résulte choque d’autant plus les protagonistes – et les lecteurs – que les heures qui la précèdent baignent dans une atmosphère bon enfant : au début du premier tome (Au commencement), les voisins de Miranda, la jeune narratrice, se réunissent pour profiter à l’unisson du spectacle. Mais celui-ci se transforme en cauchemar quand la force de l’impact fait sortir la Lune de son orbite. Elle se rapproche alors sensiblement de la Terre, avant de se stabiliser. Ce ne sera pas le cas de notre planète qui, elle, va se trouver complètement déstabilisée par l’attraction lunaire désormais beaucoup plus forte qui produira des catastrophes en chaîne.

A partir de cet événement très science-fictionnesque, on va suivre deux familles dans leur quotidien respectif : celle de Miranda, 16 ans, lycéenne d’une petite ville de Pennsylvannie (Au commencement) ; et celle d’Alex, 17 ans, lycéen aussi, qui habite à New-York (L’exil). Les deux premiers romans commencent pratiquement au même moment, peu de temps avant la collision fatale.

Si les deux adolescents vont être confrontés au même drame de départ avec des conséquences identiques – qu’ils partageront avec le reste de l’humanité – leur condition familiale n’est pas la même : Miranda gardera son statut d’adolescente vis-à-vis de sa mère et son frère aîné, tandis qu’Alex, dont les parents ont disparu, devra endosser brutalement les responsabilités d’un chef de famille auprès de ses deux sœurs cadettes, respectivement âgées de 12 et 14 ans. Leur environnement géographique respectif, différent lui aussi, génèrera des problèmes distincts même s’ils doivent faire face au même genre de catastrophes : famine, épidémies, et autres réjouissances… Au niveau formel, après avoir « vécu » la période post-apocalyptique à travers le journal intime de Miranda – avec tout ce qu’il comporte de réflexions caractéristiques de son âge, parfois en décalage avec la gravité de la situation – on suit Alex d’une façon plus classique : son histoire est racontée par un narrateur extérieur. On n’en ressent pas moins d’empathie pour le jeune homme, dont le sort semble encore moins enviable que celui de Miranda…

Ces nuances constituent une partie de l’intérêt de ces deux romans : on ne peut s’empêcher de comparer les deux jeunes gens, leurs réactions parfois extrêmes aux situations tout aussi extrêmes qu’ils sont amenés à affronter et auxquelles rien ne les avait préparés. Tous deux forcent l’admiration par leur courage, mais l’auteur ne tombe jamais dans l’écueil qui consisterait à en faire des super-héros : leur maturité soudaine est due à des circonstances dont ils se seraient bien passés et, si elle a modifié leur comportement, elle ne les empêche pas d’avoir peur et d’être pétris de doutes ; il leur arrive de craquer, voire de redevenir momentanément les adolescents qu’ils n’auraient jamais dû cesser d’être. Tous deux sont en tout cas très humains et attachants, et on suit avec passion leur évolution dans ce contexte cauchemardesque.

Comme on peut l’imaginer, les (histoires) parallèles vont finir par se rejoindre… dans le troisième tome (Les survivants), dont je ne parlerai pas plus pour éviter de spoiler. Je me contenterai de préciser que ce roman est celui que j’ai le moins aimé des trois : plus poussif que les deux premiers, il finit à mon avis un peu en queue de poisson. Un quatrième tome était d’ailleurs prévu, mais l’auteur et l’éditeur ont décidé d’y renoncer, d’un commun accord. Dommage qu’ils n’aient pas demandé l’avis de leurs lecteurs, personnellement j’aurais voté pour son maintien ! Il est dommage qu’une histoire d’une telle qualité n’ait pas la conclusion qu’elle mérite : Chroniques de la fin du monde est une excellente trilogie, qui tient en haleine le lecteur (pratiquement) d’un bout à l’autre de son millier de pages. Il est aussi lisible par des adultes de tous âges que par des adolescents ; par contre je ne le mettrais pas entre les mains des plus jeunes : certaines scènes sont étonnamment trashs pour un roman jeunesse !

MàJ 23.08.13 : En fait je viens de m’apercevoir que ce quatrième tome est sorti en anglais ! Il s’intitule The shade of the moon et commence deux ans après l’événement qui clôt le troisième tome. Je n’ose pas imaginer où ils en sont, étant donné que la situation ne cesse de se dégrader depuis le début du premier tome…

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee

Classé dans : Littérature générale,Livres — 8 août, 2013 @ 3:19

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur - Harper Lee dans Littérature générale ne-tirez-pas-sur-l-oiseau-moqueur-184x300Quatrième de couverture :

Dans une petite ville d’Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche.

Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 – au cœur de la lutte pour les droits civiques -, connut un tel succès. Il ne suffit pas en revanche à comprendre comment ce roman est devenu un livre culte aux Etats-Unis et dans bien d’autres pays. C’est que, tout en situant son sujet en Alabama à une époque bien précise – les années 1930 -, Harper Lee a écrit un roman universel sur l’enfance confrontée aux préjugés, au mensonge, à la bigoterie et au mal. Racontée par Scout avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la court story américaine et du roman initiatique. Couronné par le Prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur s’est vendu à plus de 30 millions d’exemplaires dans le monde entier.

Ma critique :

Ce roman fait partie de ces classiques qu’on a l’impression de connaître avant même d’en avoir lu la première ligne, alors qu’il a été publié il y a une cinquantaine d’années « seulement », et que son auteur est toujours de ce monde. Il est donc difficile de l’aborder sans préjugés, d’ailleurs largement positifs dans ce cas précis : on sait surtout qu’il traite du ségrégationnisme dans le sud des Etats-Unis au début des années 30, et que l’histoire est vue à travers le regard d’une petite fille.

L’aspect enfantin est présent dès le début : la petite Scout, devenue adulte, mentionne un événement qui n’aura lieu qu’à la fin du roman et, pour en déterminer les causes profondes, revient sur les trois années qui ont précédé l’incident en une sorte de double flash-back. Elle nous raconte sa vie de petite fille aux côtés de son frère aîné et d’un père aimant, avec les jeux, les disputes, les petits drames et surtout avec l’éveil de la conscience qui caractérise cet âge.

La notion de ségrégation raciale arrive très tard dans le roman, et tout en douceur : à peine apprend-on que le père, avocat, va défendre un Noir, que tout de suite on repasse aux préoccupations enfantines. On n’entre dans le vif du sujet qu’à la moitié du roman, qui dépeint le procès et ses conséquences.

Je l’avoue tout net : je me suis beaucoup ennuyée au cours de ma lecture, et dans l’ensemble je suis assez déçue par Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, dont j’attendais beaucoup plus. Je trouve déjà que la première partie, essentiellement consacrée au quotidien des enfants, est inutilement longue. Même si certaines notions essentielles pour la suite y sont abordées – notamment celle de la tolérance – elles ne suffisent pas à justifier qu’autant de pages soient consacrées à la vie de ces « mioches », qui n’a rien de passionnante. La postface d’Isabelle Haussier fournit peut-être un début d’explication : l’auteur aurait présenté plusieurs nouvelles à son agent littéraire, qui lui a conseillé d’en développer une en roman. On peut imaginer que cet artifice est lié à la sensation de déséquilibre que dégage l’ensemble du livre. Mais je dois dire, au risque de me faire lyncher par les nombreux admirateurs de ce roman, que la première moitié m’a plus fait penser à un épisode de La petite maison dans la prairie qu’à un ouvrage traitant d’un sujet extrêmement grave aux niveaux sociétal et historique ! (Aïe ! Non, pas la tête…)

La deuxième partie, qui entre enfin dans le vif du sujet avec le procès du jeune Noir, est bien sûr plus intéressante. Le procès lui-même est captivant, mais il s’étale sur moins d’une centaine de pages – sans doute la nouvelle d’origine – et le reste du roman, consacré aux répercussions de cet événement, m’a à nouveau un peu ennuyée.

Je pense que mon relatif désintérêt est dû surtout au décalage entre le contexte historique dans lequel ce livre a été publié – Etats-Unis, 1960 – et celui qui correspond à mon époque. En 1960, les états du Sud étaient encore partiellement régis par les lois Jim Crow, lois ségrégationnistes basées sur la doctrine « separate but equal » – « séparés mais égaux » -, qui sera reprise plus tard en Afrique du Sud sous le nom « Apartheid »… La dernière de ces lois ne sera abolie qu’en 1964… C’est dire comme ce genre de roman était à la fois courageux et indispensable en tant qu’outil pédagogique – il est d’ailleurs encore largement étudié dans les collèges et lycées américains. Il montre notamment à quel point dans cette formule déjà nauséabonde, seul l’adjectif « separate » était vraiment respecté, au détriment complet de la notion « equal »

A notre époque et dans nos pays européens, la notion d’égalité raciale et ethnique fait partie des lois, et en principe est une évidence pour la majorité des citoyens. Pour la minorité restante il n’y a sans doute rien à faire, et ce n’est pas un roman aussi « limpide » et bien intentionné qui peut les amener à réfléchir – pour autant que ces gens réfléchissent…

Je m’attendais donc à une histoire plus complexe, moins « enfantine » si j’ose dire. Dans cette optique je prévois de lire bientôt Home de Toni Morrison – et quelques autres romans de cette grande dame -, puis sans doute un jour La couleur des sentiments de Kathryn Stockett, qui traitent plus ou moins du même sujet. J’ai choisi de commencer par Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur parce que c’est un peu « l’ancêtre » sur ce thème, j’ai hâte de découvrir maintenant des romans plus récents, et peut-être plus adaptés à notre époque !

Le jeu, t. 1 : Niveau 1 : Oserez-vous entrer ? – Anders De La Motte

Classé dans : Livres,Polar / thriller — 1 août, 2013 @ 12:22

Le jeu, t. 1 : Niveau 1 : Oserez-vous entrer ?  - Anders De La Motte dans Livres jeu1-186x300Quatrième de couverture :

Henrik Pettersson, dit HP, la trentaine, vit de petits larcins en marge de la société suédoise. Lorsqu’il trouve dans le métro un portable dernier cri, son premier réflexe est de le revendre. Mais l’appareil affiche obstinément un message : « Tu veux jouer? » En cliquant sur « oui », Henrik ne se doute pas que ce « jeu » aux apparences innocentes va l’entrainer dans une escalade dont l’enjeu ultime pourrait être sa propre vie…

Rebecca Normén est l’exacte opposée de HP : sérieuse et rationnelle, elle a récemment été promue garde du corps. Tout irait pour le mieux dans sa vie si elle ne trouvait pas régulièrement des petits mots menaçants dans son casier. L’expéditeur en sait beaucoup trop long sur son passé. Mais que cherche-t-il? A jouer avec elle?

Les mondes de HP et Rebecca vont se rapprocher inexorablement. Mais si la réalité n’est qu’un jeu, qu’est ce qui est encore réel?

Ma critique :

J’aime bien les romans qui ont pour cadre un univers virtuel – jeu ou autre – parce qu’ils permettent souvent d’aborder des questions intéressantes sur la nature de la réalité : où commence-t-elle, où finit-elle, comment peut-on savoir si ce que l’on vit est bien réel ? Et surtout, quand on passe trop de temps dans un monde dit « irréel », ne finit-il pas par empiéter sur cette réalité ?

Ces questions ont été traitées abondamment dans la littérature de tous genres : un certain Platon évoquait déjà l’ambiguïté entre illusion et réalité dans son ouvrage La République (Ve s. av. J-C), avec son « allégorie de la caverne ». Beaucoup plus récemment, ce sujet a inspiré bon nombre d’auteurs de science-fiction, et ce bien avant que le monde virtuel devienne omniprésent dans notre quotidien au moyen d’outils de plus en plus sophistiqués. Philip K. Dick, décédé il y a plus de 30 ans, en était un grand spécialiste. Au cinéma, la trilogie Matrix abordait le même genre de questions.

En ce qui concerne Le jeu d’Anders De La Motte, la dernière phrase du quatrième de couverture suggère que cette ambiguïté est au centre de l’histoire. Or, il n’en est rien : elle se déroule entièrement dans un monde bien tangible, le téléphone ne servant que d’outil pour guider le jeune Henrik dans sa quête de reconnaissance. Car le jeune homme est un « adulescent » intelligent mais qui se cherche… mollement.

Rebecca a un caractère très différent mais ne semble pas plus apaisée : les deux personnages ont en effet vécu des événements pénibles au cours de leur enfance et de leur adolescence, qui influent douloureusement sur leur vie d’adulte. Les détails nous sont distillés au compte-gouttes jusqu’à la révélation finale, surprenante et très réussie. Cet aspect du roman m’a semblé plus intéressant que l’action proprement dite, qui évoque un peu trop à mon goût celle d’une série B américaine.

Le Jeu aborde au passage des questions très actuelles :  théorie du complot, usage abusif des nouvelles technologies, effets néfastes d’une starisation rapide et incontrôlée sur une personne un peu immature…

J’ai été un peu déçue par ce roman, dont j’attendais autre chose ; mais il n’en reste pas moins un thriller agréable à lire, que j’ai suivi sans passion mais sans ennui non plus.

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